Versaillesde Pierre Schoeller
Véritable coup de cœur du Festival, Versailles, le premier film du réalisateur Pierre Schoeller est un concentré d'émotions porté par des acteurs magistraux. Des heures après la projection, alors que l'on tente tant bien que mal de se remettre de ses émotions devant un chocolat chaud équivalent à notre madeleine de Proust, la force des mots, l'intensité des regards et le poids des images continuent à nous hanter tendrement. Parce qu'il n'y a rien de plus malheureusement vrai et absurde que cette affirmation hésitante prononcée par un Guillaume Depardieu magnifique d'humilité et de justesse à ce petit bonhomme qui le regarde de ses grands yeux interrogateurs : « L'école, c'est les copains, c'est la république ». Cette seule phrase résume tristement la situation dans laquelle évoluent Enzo, sept ans, et Nina, sa maman. Ils n'ont ni toit ni nourriture, et traînent leurs frêles carcasses de cartons en logements pour SDF, minime havre de paix le temps d'un shampoing et d'une histoire pour enfant...
Le réalisateur a choisi de placer sa caméra à Versailles, entre vie en forêt et rêve de château, laissant ainsi le spectateur se rendre compte par lui-même de l'absurdité et de l'urgence de la situation d'un phénomène de société ignoré par la plupart d'entre nous. Les plans larges sur des espaces semblant trop grands pour les personnages succèdent à des très gros plans sur les yeux d'un enfant contenant à eux seuls la force d'un monde de courage et de solitude. Et finalement, on a la surprise de se sentir plus à l'aise dans une cabane de fortune au milieu de ces bois regorgeant d'amis, de ressources naturelles et de sérénité, plutôt qu'en ville, entouré de pollution, de tribunaux et de paperasse à remplir.
Véritable ode à la nature et à la spontanéité, Pierre Schoeller maîtrise d'une main de maître les émotions de son scénario, ne tombant jamais dans la facilité d'un pathos larmoyant souvent de mise pour ce genre de sujets difficiles. Il est aidé en cela par un Guillaume Depardieu magnifique de pudeur, de révolte et de tendresse, dont le regard fatigué se perd dans les yeux innocents du jeune Max Baissette de Malglaive. Les dialogues sont rares, les images magnifiques, les émotions intenses. Le réalisateur nous permet le temps d'un film de retrouver notre humanité et de renouer avec nos instincts primaires, qui sont finalement les plus essentiels : survivre, s'aimer et s'aider à grandir. Et grandis, nous ne pouvons que l'être en sortant de cette épopée humaine...
La lumière se rallume mais la gorge reste serrée, et l'on peine à s'extraire de la vie de cette famille si improbable et pourtant tellement attachante. On voudrait serrer fort dans nos bras le réalisateur pour le remercier comme il se doit de ce magnifique moment. Car Versailles est un de ces films dont on ne se remet pas, alors MERCI Monsieur Schoeller, et à très bientôt pour une nouvelle aventure cinématographique en votre compagnie !
Liloïe Cazorla
Jury du Pari de l'Avenir
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