True Grit où les frères Coen en mode mineur

True Grit

True Grit

Les frères Coen sortent l’artillerie pour offrir une nouvelle version de «True Grit». Malgré leur absurdité coutumière, le grand soin apporté aux dialogues et l’interprétation irréprochable, le récit se veut mineur et oubliable, tout cela à cause de son histoire qui manque de profondeur et de son rythme ankylosé. Mais un film qui célèbre le retour du mythique Dude ne peut pas être complètement mauvais.

Une fille de 14 ans (Hailee Steinfeld) désire venger la mort de son père. C’est pourquoi elle décide d’embaucher des hommes de loi pour retrouver et éliminer son assassin (Josh Brolin). Elle ne trouve toutefois rien de mieux qu’un vieux marshal alcoolique (Jeff Bridges) qui passe son temps à rouspéter. En compagnie d’un autre représentant de l’ordre récalcitrant (Matt Damon), ils débutent leur odyssée qui sera loin d’être fantastique.

Pendant que Zhang Yimou faisait un remake de leur surprenant premier film «Blood Simple» avec un résultat qui laissait grandement à désirer, les frères Coen s’attaquait à actualiser le divertissant mais oubliable «True Grit», d’abord un livre de Charles Portis, puis un long métrage à succès d’Henry Hathaway qui a pris l’affiche en 1969 (il y a également eu une version quelconque qui est sorti en 1978). Fidèle à leurs habitudes, les réalisateurs de «No Country For Old Men» s’approprie complètement cet univers singulier, créant des personnages encore plus fous, tordus et décalés, arrosant le tout de violence qui surgit à la vitesse de l’éclair. Une véritable boîte à surprises pour ce western plus humoristique que dramatique.

Alguacil Reuben

Alguacil Reuben

La création de 1969 est loin d’être un classique du genre. Il s’agit tout au plus d’un léger et divertissant dérivé de chef-d’oeuvres retentissants, dont le plus grand est sans aucun doute «The Searchers». Cela explique peut-être pourquoi cette nouvelle version a voulu s’en éloigner et revenir aux mots originaux. Autant les échanges verbaux font amplement sourire (les frères Coen sont des experts dans la création d’étonnantes sonorités qui jouent avec l’anglais pour le rendre presque inaudible), autant le scénario prend son temps pour se développer, et lorsqu’il le fait, c’est de façon superficielle. Malgré une jolie mise en scène un peu trop impersonnelle et l’agréable trame sonore de l’éternel complice Carter Burwell, l’ouvrage est toujours à un doigt de chuter dans la grosse farce, ridiculement savoureuse mais totalement inutile.

Ce n’est guère surprenant que les comédiens prennent toute la place, à tel point qu’ils éclipsent complètement les enjeux bien secondaires. À l’époque John Wayne avait remporté un Oscar pour cet être renfrogné qui avait des problèmes d’alcool et de jeux. Sans être son meilleur rôle en carrière (il est facile de lui préférer ceux dans «Rio Bravo» ou «Stagecoach»), c’était une occasion pour Hollywood de souligner son apport considérable au septième art américain. Ce ne sera sans doute pas le cas pour l’ours mal léché Jeff Bridges qui vient tout juste de mettre la main sur le célèbre prix grâce au doux-amer «Crazy Heart». Cela n’enlève toutefois rien à sa performance truculente, aussi pathétique que touchante, en phase avec son gentil de «Tron : Legacy». En fait l’ombre de son inoubliable Dude de «The Big Lebowski» se fait complètement ressentir, notamment dans sa façon de marmonner, de tout envoyer promener et de sortir une réplique surprenante et inattendue. Grâce à lui l’ouvrage demeure tout à fait recommandable, surtout qu’il est bien appuyé par une distribution irréprochable. Ce n’est toutefois pas Matt Damon, Josh Brolin ou même Barry Pepper qui l’obligent à se surpasser, mais bien la nouvelle venue Hailee Steinfeld qui deviendra sans doute la sensation de l’heure avec sa langue bien pendue.

Ce «True Grit» contemporain n’est pas un mauvais film. Il n’est seulement pas à la hauteur des nombreux talents en place. En s’attaquant à un essai déjà mineur, les frères Coen ne voulaient pas se casser la gueule comme Gus Van Sant sur «Psycho». Sauf qu’en prenant peu de risques, les concepteurs du marquant «Fargo» pondent leur vision la moins essentielle depuis «The Ladykillers» en 2004, qui était déjà un remake. Sans doute que les frangins avaient besoin d’évacuer un peu suite à leur nettement supérieur «Serious Man» et qu’ils vont revenir à la charge avec du nouveau matériel encore plus inspirant.

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