Jean-Pierre Léaud par Lucas Belvaux
C'est avec une rare humilité que Lucas Belvaux, venu présenter Pour Rire ! (1996) au Reflet Médicis, aborde la séance. Pas un instant il ne semble songer à parler de lui, de son travail de réalisateur ou de ses partis-pris esthétiques et narratifs. Le cinéaste est là pour parler de Jean-Pierre Léaud, qui tient le rôle-titre du film ; et c'est ce qu'il fait, en un éloge émouvant, vibrant d'enthousiasme et d'admiration.
« Si je suis heureux de revoir mon film ce soir», commence le réalisateur, « c'est avant tout parce que ça me donne une occasion de parler de Jean-Pierre Léaud. Car sans lui, je n'aurais jamais fait Pour Rire !. Le film est né d'une immense envie de travailler avec lui, et c'est en pensant à lui que j'ai écrit chaque plan, et chaque séquence.
Jean-Pierre a un talent unique... il change les rôles en or. Il s'empare d'un personnage, et ce personnage gagne en ampleur, en fantaisie et en profondeur. Il l'habite avec une sincérité telle que quoi que ce personnage dise ou fasse, tout est juste, tout est humain, sans second degré. Jean-Pierre ne commente jamais, ne juge jamais ; il joue à fond et il s'amuse. Chaque fois que je le vois dans un film, il m'éblouit comme aucun acteur ne m'éblouit. Il n'y en a pas deux comme lui, et il n'y en aura sans doute plus jamais : personne n'est capable de provoquer cette émotion-là, qui mêle aussi parfaitement proximité et universalité. De sorte que tous les films dans lesquels il a joué sont inimaginables sans lui. »
Le cinéaste en vient ensuite à évoquer le travail avec le comédien : « Je crois que je n'ai jamais vu un acteur qui ait une telle concentration sur un plateau. Je n'avais jamais vu ça avant, et je n'ai jamais vu ça après. Le résultat, c'est que l'équipe doit être, elle aussi, extrêmement concentrée, pour ne surtout rien rater de ce qui se passe dans le champ. Jean-Pierre est un acteur qu'on ne dirige pas vraiment ! C'est un peu comme la relation entre un cornac et un éléphant... l'éléphant peut toujours, à tout moment, mettre un grand coup de trompe au cornac. Et le cornac doit faire confiance. Au fond, la plus grande difficulté c'est de le garder dans le cadre ! Il bouge tout le temps, de façon inattendue, impromptue... Mais c'est ce qu'il y a d'agréable quand on travaille avec lui... de devoir composer avec ça. »
« L'idée d'un film, conclut Lucas Belvaux, c'est souvent très ténu. Quand j'ai voulu écrire Pour Rire !, je n'ai tout d'abord écrit qu'une seule phrase : « un film avec Jean-Pierre Léaud ».
Voir la vidéo de la rencontre avec Jean-Pierre Léaud
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