L'Autre MondeUne amitié en terrain miné
David et Julien ont cette amitié indéfectible que l'on a à 20 ans, mais des envies d'ailleurs. On est en 95. Pendant que David s'engage aux côtés des Casques bleus en Bosnie, Julien monte à Paris percer dans le cinéma.
L'Autre Monde, présenté en compétition courts métrages, a d'abord été une nouvelle épistolaire publiée au Seuil en 2006. Romain Delange, à la fois auteur et réalisateur, ne cache pas la dimension autobiographique « J'avais l'impression d'en avoir plus dit dans ce texte que dans mes précédents films. Au début j'ai voulu m'en protéger, mettre un peu de distance et puis je me suis rendu compte que c'était inutile. Quelque part il y avait une légitimité dans ces sentiments que j'avais déjà vécu ».
A l'écran l'adaptation devient un témoignage vivant du quotidien de ces deux garçons et d'un lien soudain devenu fragile. Un réalisme qui ne cède rien à l'esthétique (notamment les images superbes de Nicolas Duchêne), l'interprétation sobre et sensible de jeunes comédiens, l'écriture ciselée des lettres de Julien et une voix off en fil conducteur, tout est juste, placé, maîtrisé. Jusqu'à la dernière scène finale qui ne pouvait être autre.
Benjamin Tholozan, interprète de David raconte : « Pendant le casting on a fait deux versions, une parlée et l'autre muette. D'ailleurs pendant le tournage, dès que la parole venait c'était très difficile, il fallait refaire les scènes plusieurs fois. Déjà que je devais faire des manœuvres, si en plus il fallait parler ! Pour travailler il m'avait donné les lettres et les enregistrements. »
Le souci du détail toujours avec les leçons de tir et le port très réglementé de l'uniforme ! Pourtant rien n'était gagné « Au début ça m'a fait très peur. Je n'étais pas du tout préparé j'ai tout appris avant les prises » avoue le comédien.
Un tournage qui n'a pas été de tout repos : 15 jours partagés à équivalence entre la France et la Bosnie sur trois bases différentes. En Bosnie la base de Mostar a d'ailleurs été fermée depuis.
Rarement on a vu le milieu, pourtant hermétique de l'armée, aussi palpable, aussi concret surtout, dans le cadre d'un conflit dont on ne parle pas, ou plus. Une prise de conscience aussi pour Benjamin Tholozan : « Romain m'a beaucoup nourri avec la filmographie. Il m'a parlé du conflit. A l'époque j'étais enfant, je ne rendais pas du tout compte de ce qui se passait là bas.»
Le son de l'un et l'image de l'autre, la douceur de la caméra sur ce monde brutal, voilà un film sensitif pour un constat extralucide.
Ne pas rater la dernière projection de L'Autre Monde samedi 11 juillet à 15h30 !
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