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 Critiques Jury de l'Avenir

Breathless

Yank Ik-june

 

Dès la première scène du film on comprend que Yang Ik-June ne passera pas par quatre chemins pour se faire comprendre. Une femme se fait battre à coups de poing par un homme dans la rue. Sang-hoon intervient  et lui brise une bouteille contre le crâne, puis il se met à donner des claques à la fille, en pleurs, lui demandant pourquoi elle accepte, pourquoi elle se laisse faire. C'est finalement la synthèse de notre protagoniste qui ne peut pas s'exprimer sans recourir à la violence physique. Il rend parfois visite à son neveu dont la mère est souvent absente à cause de son travail et il lui voue une attention particulière avec des formes d'affection bien singulières. Mais un jour une jeune lycéenne, Yeon-hee lui tient tête et elle ne se laisse pas faire. D'un coup, Sang-hoon semble être confus par les réactions de cette dernière, à qui il répond comme aux autres : avec un bon coup de poing dans la figure. Mais cette démonstration de force ne semble pas la soumettre et le héros du film, interprété par le réalisateur, se rapproche de cette jeune fille comme un chien méchant attisé par curiosité vers quelqu'un qui lui est indifférent.

Breathless explore de long en large tous les paradoxes qui existent entre la violence et l'amour. Chaque personnage semble être habité d'une sensibilité et d'une affection sans fin, mais il en dégage une rage et une brutalité qui ressort du fait qu'ils ne peuvent pas ou ne savent pas extérioriser cet amour. La musique n'apparaît que pour accompagner des moments anodins comme pour dire que ce sont enfin des moments de détente. Yang Ik-June ne veut rien nous cacher et nous dévoile tout de suite leur passé, leur contexte familial, et la façon qu'ils ont d'affronter leurs problèmes. « la brute est toujours la brute jusqu'à ce qu'elle rencontre plus forte que lui ». Mais dans son cas, plus fort que lui n'émane pas d'un rapport physique, mais d'une véritable force mentale. Yeon-hee reste, à l'oeil du spectateur, une fille vulnérable et sensible, toujours aimante même lorsqu'elle est confrontée aux abus verbaux et physique de son entourage.

Breathless est un film parfaitement bien équilibré qui nous emporte du début à la fin. C'est une tragédie qui étonne et qui fait rire. On est toujours surpris par la réaction des personnages. Les rapports super violents qu'ils entretiennent paraissent absurdes, nous dépassent, et atteignant même des dimensions comique. L'œuvre se penche aussi sur le rapport entre les hommes et les femmes, et de ceux que peuvent entretenir une famille. Il faut dire que c'est un rapport un peu sado-masochiste. Et Yang Ik-June ne cesse de prouver que même si la force physique des hommes est capable de tuer, elle n'est rien à côté de la force qui habite le cœur des femmes. Les personnages n'ont plus de prénoms, ils deviennent tous « Salope » ou « Connard, » et la relation qu'ils ont entre eux est presque une relation de séduction, d'amour, de haine et de violence. C'est la symbiose d'Eros et Thanatos, du contact physique par rapport aux échanges spirituels, de l'amour et de la mort, de la pensée, de la passion et de la folie. Yang Ik-June ne tombe pas dans le cliché et dévoile avec une honnêteté déconcertante quelques traits de sa vie, de son milieu, de son entourage. Lorsqu'on regarde Breathless on se retrouve réellement à bout de souffle et dépassé par toute cette énergie physique, qui finit par déborder et qui ne peut pas laisser indifférent.

                                                                                                                  Charles Monnet

Jury de l'Avenir


Breathless

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