Zion et son frère : sous le soleil d'Israël
« En Israël, on ne peut pas décider de faire un film sans se demander : « est-ce que je vais parler du conflit israëlo-palestinien ? Pour ma part, j'ai choisi de parler du quotidien des israéliens sans évoquer directement le conflit, et c'est un choix que je n'aurais sans doute pas pu faire il y a encore quelques années ». Présenté en compétition, Zion et son frère raconte l'histoire de deux frères qu'un lourd secret sépare peu à peu. Et si Eran Merav n'évoque pas la guerre frontalement, son film n'en est pas moins d'une violence sourde et glaçante.
Aux côtés du réalisateur, après la séance, l'actrice Ronit Elkabetz qui tient l'un des rôles principaux du film enchérit : « En Israël, nous sommes tous nés au son des sirènes. La violence fait partie de notre quotidien, et nous poursuit même lorsque nous sommes loin de chez nous. » Rassemblant des acteurs professionnels et d'autres non professionnels (le jeune garçon qui joue Zion, notamment, n'avait jamais vu une caméra avant le tournage), Zion et son frère est aussi le portrait d'une femme, déchirée entre le désir de reconstruire sa vie et ses obligations de mère célibataire, impuissante face à une situation tragique qui rapidement la submerge. L'une de ces femmes qu'Eran Merav et Ronit Elkabetz connaissent bien, eux qui ont grandi dans la région d'Israël où le film a été tourné : ancienne reine de beauté, tombée dans les bras du mauvais numéro, vite cernée de solitude et d'angoisse dans une société mal faite pour les femmes seules...
« Je voulais faire un film très physique », explique encore Eran Merav, « je ne voulais pas faire trop de psychologie. Ce qui ne veut pas dire que je n'aie pas cherché une certaine profondeur ! ». Brûlant, omniprésent, le soleil surplombe les images, générant une torpeur mortifère. Le réalisateur et son actrice évoquent l'été israélien : « en été, il n'y a d'ombre nulle part, aucun endroit où se réfugier entre les masses de béton. Comme dans L'Etranger de Camus, il n'y a pas moyen d'échapper aux rayons du soleil. Le seul endroit où les enfants peuvent se réfugier pour réfléchir et penser à leur vie, c'est la mer. » Et Eran Merav de conclure : « dans tous les cas, j'ai voulu faire un film très simple. Comme dans Le Voleur de Bicyclette, il aurait suffi que la mère ait un tout petit peu plus d'argent pour que rien n'arrive... et je n'aurais rien eu à raconter. »
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Ronit Elkabetz et Eran Merav © Valérie Dupoy
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