Un rêveViva Catalunya !
Soirée spéciale pour la création contemporaine espagnole au Nouveau Latina. Accompagné de son producteur Lluis Miñarro, l'un de nos invités d'honneur, Christophe Farnarier présente son premier film, Un rêve. Après avoir voyagé dans le monde entier il est projeté pour la première fois en France. L'occasion d'un débat passionné sur la Catalogne, le cinéma et le politiquement correct.
Christophe Farnarier : D'où vous est venu le désir de faire du cinéma ?
J'ai toujours été derrière la caméra. Je travaillais pour d'autres réalisateurs notamment Lluis Miñarro et Albert Serra. Au départ je ne devais pas faire ce film mais c'est un projet qui me tenait très à cœur, donc je me suis lancé. Je vis depuis 10 ans en Catalogne. J'ai un lien très intime avec cette région. Imposer la version catalane a d'ailleurs représenté un vrai risque mais il était très important pour nous de défendre la sauvegarde de cette langue. Même si vous ne comprenez pas les paroles, j'espère que vous serez sensible à la musicalité du film.
Travailler avec Lluis a été très facile. Il m'a laissé les mains libres. Je suis très fier de faire partie de ses productions et d'être associé dans ce festival au nom de Lisandro Alonso (réalisateur de Liverpool) qui est un exemple pour moi.
Comment a réagi Pipa (le personnage principal) au projet puis à la projection du film ?
Christophe Farnarier. Pipa a dit qu'on l'avait immortalisé. Il a accepté tout de suite le projet. Il a compris qu'il allait rester, que sa dernière transhumance serait un souvenir palpable, concret. Etre berger dans sa famille, c'est une histoire qui se perpétue de génération en génération. Au départ je devais le filmer une année et puis finalement j'ai décidé d'aller le refilmer l'année suivante dans son quotidien. Après le film, il s'est beaucoup pris au jeu, il est venu à des interviews,...
Lluis Miñarro. Le casting a été compliqué. Peu de bergers font encore la transhumance. On a rencontré plusieurs personnes mais Pipo était vraiment le meilleur. Il avait tellement de choses à raconter !
Les questions du public
Quelles ont été les réactions de bergers plus jeunes ?
Christophe Farnarier. La première projection, uniquement avec les bergers, a été la plus animée. Ils parlaient beaucoup pendant le film, faisaient des commentaires. Ils n'ont pas l'habitude qu'on parle d'eux et étaient très émus.
Ce film rappelle le trilogie de Raymond Depardon Profils Paysans et notamment son dernier film : La Vie moderne. Connaissez vous ce cinéaste et comment vous situez vous par rapport à lui ?
Christophe Farnarier. J'aime beaucoup son travail, notamment son utilisation de la photographie et du cadre mais je n'ai pas voulu voir ses deux derniers films pour ne pas être trop influencé.
Lluis Miñarro, Un rêve est un film qui joue beaucoup sur la lenteur, n'est ce pas un handicap pour le vendre ?
Un rêve est un poème sur l'écologie, l'anthropologie, la langue. Je pense que dans la vie deux choses peuvent nous sauver : l'art et la nature. Chaque année, il est de plus en plus difficile de produire des films sur ces thématiques là. Les gens n'ont pas la patience de voir un film lent car ils sont déformés par le cinéma américain, un autre cinéma ne les intéresse pas. Cependant les films que je produis marchent mieux en France qu'en Espagne. Si on avait attendu l'accord du ministère on ne l'aurait jamais fait mais il faut parfois prendre les devants.
En tant que producteur, quel regard portez-vous sur le cinéma ?
Je pense que le cinéma est « l'art de nos jours ». Quand on voit un tableau la perception qu'on en a est statique, alors que le cinéma est vivant. Il a une âme. Mais la société s'est endormie. On accepte tout. Il n'y a plus la liberté qu'on avait dans les années 70, alors dès qu'on fait quelque chose d'un peu spécial, on est immédiatement remarqué.
La soirée s'est poursuivie avec la projection de Liverpool de Lisandro Alonso, présenté également en avant-première. Rebaptisé « western crépusculaire » par un critique, le film laisse la part belle à l'interprétation du spectateur. Il sortira en salle le 5 août.
Voir la vidéo de Lluis Miñarro
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