La Rumeur gronde au Grand Action
Il fut un temps où William Wyler était considéré comme l'un des plus grands cinéastes hollywoodiens... Un peu malmené par la critique des années 60 qui lui préféra John Ford, Howard Hawks ou Alfred Hitchcock, le réalisateur de Ben Hur n'a plus aujourd'hui le crédit qu'il mérite, tout comme l'une de ses œuvres les plus percutantes, qui vient de passer presque cinquante ans aux oubliettes du cinéma pour ressortir enfin, cet été, en copie neuve : La Rumeur, avec Audrey Hepburn et Shirley Maclaine.
l'Amérique puritaine vue par William Wyler
Au Grand Action, où le film est présenté en avant-première, la salle est comble. Marc Olry, assistant-réalisateur et accessoiriste de plateau qui vient de créer une société de distribution dont il est l'unique membre, joliment baptisée « Lost Films », s'est donné comme premier objectif d'offrir une seconde vie à La Rumeur, et c'est cette aventure qu'il raconte à un public attentif. Comment a-t-on pu oublier ce film-là ? Adaptation d'une pièce à succès, portée par deux superstars, et abordant le sujet de l'homosexualité, scandaleux pour l'époque, avec une simplicité qui aurait dû faire date...
Aux côtés de Marc Olry, Didier Roth Bettoni, journaliste et auteur de L'homosexualité au cinéma, replace l'œuvre dans son contexte et offre un point de vue éclairant sur ses conditions de réception. Il évoque l'Hollywood d'avant 1934 (date à laquelle le Code Hays est entré en vigueur), âge d'or où l'on pouvait encore être « immoral » au cinéma, et dresse un bref descriptif de l'archétype du personnage gay dans le cinéma des années soixante : souvent puni, par lui-même ou par les autres, et dévoré de culpabilité. La Rumeur, remake d'un film que William Wyler avait déjà réalisé en 1936, ne fait pas exception à la règle : si le récit met surtout l'accent sur le poids de conventions dévastatrices et le pouvoir terrifiant de la calomnie, il dresse aussi le tableau d'une société sclérosée et puritaine, que Wyler donne à voir avec la précision d'un sociologue.
Et cinquante ans après, la rumeur court toujours...
La Rumeur raconte l'histoire (inspirée d'un fait divers trouvé dans des archives écossaises du XIXe siècle) d'une petite peste de bonne famille qui détruit les carrières et les vies de ses deux institutrices en les accusant d'entretenir une relation intime. Ringard en ce début de XXIe siècle, diront certains. Mais pour se persuader du contraire, et s'assurer de l'actualité étonnamment brûlante du récit un rien suranné de Wyler, il fallait être au Grand Action le 7 juillet au soir. Dans la salle, le public s'échauffait, visiblement très remué par ce qu'il venait de voir... Une femme se levait en s'écriant : « Mais c'est pas sale d'être lesbienne !! ». Et Marc Olry avait gagné son pari : ressusciter l'un des chef d'œuvres incontestables du patrimoine cinématographique.
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Audrey Hepburn et Shirley MacLaine
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