Icara, d'Alejandra RojoUne affaire de femmes
Les pleurs d'un enfant c'est toujours angoissant. De ce simple constat, Alejandra Rojo tisse un film étrange et surprenant sur l'instinct maternel. Comment devenir une bonne mère, pourquoi ce qu'on nous affirme être un lien naturel, charnel ne l'est pas toujours ? Voilà la question obsédante que se pose Marisol, jolie guatémaltèque, jusqu'au jour où elle décide d'embaucher une nounou, Icara. « C'est une pulsion qui met en branle le film. L'histoire de quelqu'un qui prend le mauvais chemin ». Tout aurait été plus simple en effet si Marisol avait pris son enfant dans ses bras, avait dépassé sa peur et ses inquiétudes pour trouver des gestes à priori anodins.
Au-delà de la relation intime entre Marisol et Icara, c'est tout un système de représentation sociale qui éclate, lorsque le pouvoir est soudain renversé. Icara réclame et impose, Marisol implore puis consent. Un rapport de force jusqu'à la dernière scène finale qui éteint finalement toute émancipation possible.
Loin du film à thèse, Alejandra Rojo explore les clichés d'une société bourgeoise et conventionnelle, à travers un savant jeu de références cinématographiques. Ainsi Marisol nous évoque une figure hitchkockienne à la fragilité à la fois inquiétante et émouvante.
« Je fais plus référence à des films qu'à la réalité pure. Trouver un équilibre entre la vérité, le réalisme de la situation et la place à un imaginaire. La maison aurait pu être aux Etats-Unis mais l'action se situe en France. » Quand au casting, un choix mûrement réfléchi. « J'ai choisi de représenter une nounou guatémaltèque. Je trouve que c'est un pays qui renvoie à quelque chose d'abstrait, beaucoup moins connoté que le Mexique. Le Guatemala est l'image d'un ailleurs inventé, un peu fantasmatique ».
Voilà un huis clos séduisant, où se mêlent intérêts des uns et des autres, dans un ballet à la tension palpable. Grâce à ces figures de femmes empêtrées dans leur condition, dans une société qui édicte ses lois, le poids des normes et le pouvoir de l'argent, le film prend une résonance universelle et subtilement politique.
Voir l'extrait
|