Zion et son frèresEran Merav
« Bientôt j'aurais ma propre chambre, je n'ai besoin de rien de plus »
Zion et son frère ainé, Meir, vivent seuls avec leur mère au nord d'Israël. Les tensions entre les différents membres de cette famille sont constantes et la violence des échanges rythme leur vie quotidienne. Meir est beau, fort et use de ses points pour se faire respecter ou bien simplement pour défendre les siens. Zion, lui est plus craintif, plus conciliant. La présence de ce frère ainé est à la fois rassurante, protectrice et étouffante.
Premier long métrage d'Eran Merav, Zion et son frère révèle de la part du cinéaste une maitrise parfaite de son outil cinématographique et de la mise en scène. La cohérence entre les partis pris scénaristique et stylistique n'est qu'une illustration de cette qualité. Le rythme est effréné. A l'image de ses « héros », la caméra ne s'arrête jamais. Le plan fixe agit comme une ponctuation, mais toujours en suspens : un train passe au loin, réminiscence de cette nuit où la vie de Zion et son frère bascule. La répétition des plans rapprochés et des gros plans participe de cette proximité avec les personnages principaux qui nous embarquent dans cette aventure. Enfin, les images de Merav témoignent d'un rapport extrêmement sensuel aux corps, filmés de près, dans la pénombre ou en pleine lumière, mais avec la puissance charnelle d'un regard aimant, l'expression d'une attirance et d'une fascination. L'oeil du cinéaste nous entraine dans l'intimité de cette famille et nous montre jusqu'aux moindres pores de la peau des personnages.
La relation entre ces deux frères est au centre de ce film. L'amour fraternel est le plus fort ici et revêt des formes éparses : tantôt doux et caressant, tantôt agressif et violent. Mais il est celui qui survit à tout, rien ne peut le rompre, et le pardon y est roi. Car finalement, aucun protagoniste de cette histoire ne ressort innocent et indemne. L'absence de manichéisme donne à la relation fraternelle une vérité sans prix: la perfection n'existe pas, et même l'amour que l'on porte aux membres de sa famille ne protège pas des erreurs. Les relations extérieures à ce duo sont finalement les seuls vrais obstacles à la continuité de cette affection et le regard que portent les « autres » sur leur relation, témoigne de la pudeur qui masque l'attachement des deux. Les personnages féminins en particulier comme la mère des garçons, interprétée par Ronit Elkabetz, et la petite amie de Meir, Michèle représentent les menaces auxquels Zion et Meir doivent s'opposer pour se retrouver. Il serait peut-être dangereux d'analyser ce choix scénaristique comme l'expression de la misogynie de l'auteur. Sans aller jusque là, le lien qui unit Meir et Zion est sans cesse menacé par ces éléments extérieurs: l'ainé semble résigné à sa vie. Il est enfermé dans la reproduction d'un schéma paternel auquel il s'accroche volontairement : « il finira comme son père ». Zion, lui, espère plus. Il veut un autre « père », sa mère, une petite amie éventuellement, et « sa propre chambre ». Le poids de ce frère hyper protecteur mais auto destructeur est trop lourd pour le jeune garçon, qui tente de lui échapper. En vain... et c'est peut être là l'essence de ce film. Malgré la peur et la haine que lui inspire Meir à certains moments critiques de leur histoire, il est, en fin de compte, le seul qui reste et celui qui précisément, ne l'abandonnera jamais.
Laëtitia Pelé
Jury de l'Avenir
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