Puccini et la jeune fillePaola Baroni et Paolo Benvenuti
Entrer dans Puccini et la jeune fille, c'est admirer, contempler, s'abreuver de beauté. Le film propose un voyage esthétique à travers les sons, les lumières, les couleurs. Un véritable tableau vivant. L'histoire se base sur des faits historiques: c'est celle du compositeur d'opéra vériste Puccini et de la relation qu'on lui a attribuée avec sa servante, qui finit par se suicider. Où est la part de vérité ? S'appuyant sur les lettres qu'il écrivait à différentes personnes, l'énigme se résout peu à peu à travers les différents indices, mais celle-ci apparaît presque en toile de fond, car l'essentiel est là, devant nos yeux.
Puccini et la jeune fille est construit comme un morceau de musique, fait de contrastes et de variations, à la fois visuels et sonores. La caméra porte là une grande responsabilité et joue son rôle à merveille. Les tableaux se succèdent, liés par des fondus très doux, soignant la transition, nuançant le regard. Tel un peintre, la caméra travaille sur la beauté visuelle des tableaux. Et l'on atteint très vite la jouissance esthétique, cadres parfaits, couleurs profondes. Mais la caméra va au-delà du regard pictural, voire pittoresque, d'ensemble. Furtive, lancinante, curieuse, elle se fraie un chemin dans les moindres recoins et nous amène à découvrir, observer, élucider. Jeux de lumières et de miroirs. Montrer c'est aussi dévoiler, aller au-delà des apparences, des images. La beauté lumineuse et colorée s'assombrit et l'on va peu à peu vers le contraste, l'extrême. Le noir et le blanc, l'ombre et la lumière, le clair et l'obscur, brutalisant la douceur originelle de ce petit paradis. Et le son se mêle à la couleur, à la lumière. Les mains agiles du compositeur délaissent peu à peu les touches blanches pour se concentrer sur les noires : les bémols se multiplient, la tonalité mineure reprend le dessus. Le mesure est battue à travers tout le film avec une lenteur colorée, accords parfaits menés avec brio, un rythme chancelant, lancinant, douce mélodie de fond qui s'accentue peu à peu. Le tic tac des montres, les battements de l'horloge, les silences, les soupirs... mais surtout la mélodie puccinienne qui envahit tout l'espace.
Puccini et la jeune fille réussit merveilleusement à donner une nouvelle dimension à l'art cinématographique en le remettant en question, en le poussant au-delà de ses limites pour rejoindre les autres arts. Et les références sont nombreuses... (Vermeer, de La Tour, et bien d'autres) La théorie de "l'ut pictura poiesis" atteint ici son paroxysme. Le cinéma, art éternel, regroupe tous les arts, il est musique, il est peinture, sculpture, il est aussi littérature ou philosophie. Il est réflexion sur le monde. Il est interrogation. Les synesthésies baudelairiennes prennent ici tout leur sens et permettent d'approfondir la réflexion sur l'art... d'aller au-delà de ce que l'on voit, de cette sérénité, de questionner...
"Là-bas, tout n'est qu'ordre et beauté
Luxe, calme, et volupté"
Anne Monier
Jury de l'Avenir
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