Vegas : Based on a True StoryAmir Naderi
Vegas : Based on a True Story réalisé par Amir Naderi débute sur une histoire très ordinaire, celle d'une famille modeste vivant dans la banlieue de Las Vegas. Le portrait rapidement dressé du quotidien de la famille par un montage à la fois fluide et lent dévoile rapidement que cette dernière repose sur un équilibre bien fragile avec un père joueur qui dissimule son incapacité à se contrôler par des demi-mensonges et une mère qui tente d'éloigner sa famille de l'excès et de la tentation de la ville de l'envie et du gain grâce à une maison accueillante et rassurante, un jardin verdoyant et des animaux domestiques qui apportent de la sérénité et de la fraîcheur à cet univers aride. En effet, la mère semble portée par un désir de revenir à l'authentique, au simple et au sain et canalise l'univers familial par ses efforts et sa force de caractère. Mais il en faut peu pour ébranler cet équilibre et peu à peu creuser des failles de plus en plus destructrices, à savoir la visite d'un étrange inconnu qui persuade le père que leur jardin cache un joli petit pactole.
La machine infernale est lancée et s'ensuit alors une progressive descente dans l'obsession avec cette quête entêtée, à laquelle succombe le père et le fils, puis la mère, d'un trésor qui apparaît de plus en plus inexistant mais qui, tout comme le trou de terre s'agrandit et empiète sur le jardinet idyllique, dévore l'esprit des membres de la famille et devient un fantasme fatal. Les parents et leur fils, dépassés par les évènements et complètement happés par cette chasse au trésor perverse voient peu à peu leur univers familial réduit à néant, comme le révèlent les nombreux plans de la maison en désordre, sale, du jardin massacré, des personnages fourbus de fatigue et à cran, leurs repères quotidiens perdus, comme la messe ou les repas en famille. La caméra gravite autour de cette famille avec angoisse et à la manière de Gus Van Sant, elle s'immisce dans l'intimité et dans la névrose de chaque personnage, mis à part le fils qui est plutôt spectateur de ce rejaillissement des failles de ses parents: la cupidité, le penchant pour l'alcool, le désir d'être riche... Une déstructuration méthodique est magistralement orchestrée, et Amir Naderi s'appuie en particulier sur de longs plan-séquences et des gros plans des personnages en plein travail et sur la succession de plans fixes des dégâts matériels commis pour traduire l'intensité malsaine et la foi aberrante, du père en particulier, pour ce qui se résume à une manipulation perverse de la part de parieurs impitoyables. Tout est réduit en poussière ou rendu informe, que ce soit la complicité des membres de la famille ou le pavillon saccagé et défiguré.
Rien ne survit à cette quête obsessionnelle d'une valise imaginaire fantasmée car quand la mère reprend ses esprits et comprend le gouffre dans lequel sa famille a plongé, les jeux sont fait et définitifs. On peut d'ailleurs insister sur la performance magistrale des acteurs, dont les personnages sont littéralement poussés dans leurs retranchement , et en particulier le père qui se transforme en bête de somme agressif et brutal et le plan final du visage de l'enfant impuissant et épuisé par la tournure des évènement (la mère disparaît carrément des plans dans la dernière partie) traduit avec simplicité et poésie mélancolique la victoire de l'appât du gain sur le bonheur modeste d'un famille populaire.
Ce film sombre et fascinant, qui s'appuie sur une mise en scène épurée, simple mais juste, sans rajouts de musique ou d'effets de style superflus si ce n'est le petit carillon qui est présent du début à la fin et qui porte en lui l'idée d'obsession et de repli oppressant d'une famille prise au piège, est une impitoyable mais très belle démonstration sur le pouvoir de l'argent, l'obsession et l'envie au sein d'une micro-communauté. Amir Naderi nous offre le récit, basé sur une histoire vraie, d'une famille de banlieue qui côtoie la ville des casinos et du gain, qui cherche à s'en échapper mais qui, pour finir, n'échappe pas au vice propre à Vegas : la cupidité. La machine à sous devient un jardin aménagé puis malmené et les tuyaux et amas de terre font écho aux échecs essuyés par les joueurs qui tentent leur chance... Ce film tire sa force d'un scénario original et prenant car il transpose la névrose propre à la ville de Las Vegas dans un univers modeste, empreint de nature et d'efforts pour créer une vie et un sens de la famille, qui, en résumé, ne cesse de rejeter Vegas et toute sa clique bling-bling.
Clémence Valadier
Jury de l'Avenir
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