Vegas : Based on a True Storyde Amir Naderi
« I eventually became tired of the Vegas that we always hear about. I spent time going around the places on the outskirts - and I found that the true Vegas is there. Small casinos, small towns, people who were born and raised there. That was where I first heard about this story, about this family.» Amir Naderi.
Anecdote introductive :
Amir Naderi a joué les fonds de production du film dans des casinos de Las Vegas. Il a tout perdu, bien sûr, mais a réussi à faire refinancer son film par des joueurs du coin. Histoire d'argent, de pari, de liberté aussi qui préside à la fabrication du film et donne le ton. Les paris sont lancés et rien ne va plus.
Le point de départ du film est une histoire vraie, un fait-divers extravagant comme on en voit rarement : une famille précaire tombe sur un arnaqueur de première qui leur fait miroiter un trésor enterré dans leur jardin. Quand un shérif vient leur apprendre que l'homme est recherché, que tout est coup monté, il est déjà trop tard. La machine est lancée. L'équilibre de la famille s'est joué sur un « et si », et si c'était vrai...
Pour Amir Naderi, le fait-divers est une porte d'entrée dans la vérité quotidienne d'un lieu, d'une banlieue. Tracy, mère de famille, son mari Eddie et Mitch leur fils de douze ans habitent la banlieue ouvrière de Las Vegas. Par des économies de bouts de chandelle, ils tentent tant bien que mal d'amener un peu du rêve américain sur le pas de leur porte. Quand on est pauvre, endetté et ex accro aux jeux d'argent, même la plus simple des vies demande des efforts de tous les instants. La maison vit donc sous les règles de la mère qui met une foi sincère en une reconversion familiale fondée autour d'un conformisme doux, paisible et dans la mesure du possible, heureux. Le Vegas pour touristes, celui des paillettes, scintille à l'horizon comme un mirage (on est dans le désert après tout), comme une image repoussoir contre laquelle le film s'est créé. Tourné dans le désert avec une caméra DV, des acteurs non professionnels, en lumière naturelle et sans musique additionnelle, le film atteint par l'économie de ses moyens à la radicalité des premiers films du Dogme95. C'est d'abord un réalisme sans concession qui peint les contradictions de la société américaine. Comme par exemple ce plan où le Casino et l'Eglise, le dieu Dollar et Dieu lui-même cohabitent avec une étrange facilité.
Réalisme nous disons. Pourtant le film se construit par strates, par avancées successives dans le souterrain de la conscience, la peinture sociale cédant la place à la peinture psychologique, cédant la place à la représentation métaphysique d'un motif : l'obsession, la folie. Alors, sous des apparences de cinéma direct, Vegas revisite les grandes mythologies de la tragédie et du western. Des personnages chercheurs d'or, en prise avec les grands espaces et les éléments (la terre, le vent) rejouent à l'envers l'histoire de la conquête de l'Ouest : il faut décloisonner les espaces, détruire les pelouses policées, congédier femmes et enfants, faire sauter barrières et barbelés. Sous des dehors de film réaliste, Naderi met donc en scène une épopée de la folie. Dans les pas de Hamlet ou de Don Quichotte, Eddie déraisonne, s'invente sa propre réalité, creuse sa folie jusqu'à s'y effondrer.
Allégorie du massacre, du saccage, la terre remuée, creusée, dévastée exprime autant la trajectoire d'un personnage que l'obsession d'un réalisateur à construire son motif. L'auteur met à sac la narration au profit d'une folle répétition de sons et de mouvements : vent qui souffle, terre partie en poussière, tintement lancinent, halètement sans répit, visages terreux, corps nerveux, gestes compulsifs. Le cinéma se fera donc rythme et son avant tout pour donner la parole à la matière. C'est alors que la belle opération a lieu car la matière, extraite de son contexte concret par un Naderi alchimiste est portée vers des formes éthérées et des pensées abstraites. Pensons au carillon du jardin, doux et insidieux, évoquant à la fois le bonheur familial tant espéré et la musique douce à l'oreille du joueur de la monnaie tombée des machines à sous.
Elodie Tamayo
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