Huitième film d'un cinéaste absolument passionné de cinéma, Une semaine de vacances, réalisé en 1980, représente la France au Festival de Cannes. Dans le cadre de l'hommage à Nathalie Baye, Bertrand Tavernier évoque le tournage d'un film sensible qui peint le portrait d'une société et d'une femme qui doute.
Bertrand Tavernier : « C'est un film sur les professeurs qui essayent de parler de leurs doutes. Enseignant, c'est un beau métier que l'on traite aujourd'hui de manière lamentable. Je m'identifie entièrement à cette profession car les réalisateurs, comme les professeurs sont en contact direct avec les personnes, ils tentent d'ouvrir les yeux, d'ouvrir l'esprit pour qu'il reste, au bout du compte, quelque chose à leurs interlocuteurs (les élèves dans un cas et les spectateurs dans l'autre). J'ai connu beaucoup de professeurs qui doutaient, à l'époque c'était presque tabou, on n'en parlait peu.
L'idée de faire ce film m'est venue du livre de Claude Duneton intitulé « Je suis comme une truie qui doute ». Ce fut pour moi l'étincelle qui me donna envie de faire ce film. Mais comme toute idée qui déclenche le désir de création, on ne retrouve pas le livre dans le produit final.
J'avais par ailleurs dans l'idée de faire travailler ma femme, Colo Tavernier. Elle avait un vrai talent de scénariste mais en doutait. Je lui ai proposé d'écrire parallèlement au scénario de Marie-Françoise Hans. Un jour Colo m'a apporté une scène où une élève dit : « je crois que je ne suis pas intelligente » et c'est là que j'ai pu lui montrer à quel point elle était douée !
Ce fut un bonheur inouï de travailler avec Nathalie Baye. Elle fait partie des actrices au parcours absolument incroyable qui a su prendre des risques, choisir des sujets audacieux, gonflés, des premiers films, et ça a payé à chaque fois. C'est une actrice physique ; elle a commencé par faire de la danse, ce qui lui donne à l'écran une vraie grâce. Elle est toujours merveilleuse à cadrer, elle est inspirante pour un metteur en scène. Nathalie fait partie des acteurs dans la lignée de Gabin, Torreton, Philippe Noiret ; ils vous donnent tant ! Quand Gabin passe devant une locomotive on a l'impression que ça fait trente ans qu'il en conduit. Nathalie Baye c'est pareil, quand elle passe dans les couloirs d'une école, on sait qu'elle les a entièrement arpentés, qu'elle les connaît par cœur... et tout ça sans un seul mot de dialogue. Le couple qu'elle forme à l'écran avec Gérard Lanvin (c'était pour eux deux leurs premiers rôles en tant que vedettes) est tellement merveilleux ; il s'est passé quelque chose entre eux deux de si fort qu'au montage, on s'est rendu compte que la fin que nous avions écrite, une fin malheureuse, ne collait pas. Il se dégageait un si grand besoin d'amour qu'on a réécrit une nouvelle fin !
La lumière de Pierre-William Glenn est somptueuse et la ville de Lyon est magnifiquement mise en valeur. La musique de Pierre Papadiamandis est l'une des seules qu'il ait écrite pour le cinéma. C'est au départ le compositeur des nombreux succès d'Eddie Mitchell. J'étais un fan et il a bien voulu réaliser pour moi la musique. C'est d'ailleurs en travaillant avec Eddie Mitchell sur la production de la musique de ce film que j'ai pensé à lui pour son rôle dans Coup de torchon. Jean Dasté qui joue le rôle du père, un personnage très émouvant, dans le film était le jeune premier dans le film de Jean Vigo : L'Atalante. J'ai aussi fait jouer mon pote Galabru. Dans ce film j'ai exploité ses mémoires de cancre. Il m'avait tellement parlé de la difficulté que ça avait été pour lui d'être cancre que je l'ai montré à l'écran. Le second assistant caméra était Michaël Coulter, un petit jeune qui est maintenant devenu un chef opérateur très célèbre en Angleterre et qui a fait les lumières de films à succès (Love Actually, Notting Hill, 4 mariages et un enterrement). J'ai le souvenir d'un tournage paisible qui m'a procuré un immense plaisir ! ».