Une famille chinoisede Wang Xiashuai
In love we trust est sans aucun doute une histoire d'amours.
Le pitch du film laissait de la place pour un mélodrame sombre et pathétique. Dans la Chine contemporaine, la fièvre d'une petite fille grimpe, ses parents l'entourent, famille unie dont ont pressent les douleurs à venir au cœur des rires de l'enfant atteinte d'une leucémie. On rentre donc en salle mouchoirs en poche. Mais l'intrigue prend de l'ampleur quand on comprend que cette famille chinoise à enfant unique est une famille recomposée, que Hehe, la petite malade, a deux papas, que ses parents se sont tous deux remariés. Une bonne idée, et on peut le dire, un bon réalisateur.
Merci monsieur Wang Xiashuai de n'avoir filmé les larmes que de loin ou de dos. Merci pour cette pudeur dans la représentation de la douleur et de la maladie elle-même. Le réalisateur de Beijing bicycle prend son temps pour installer son histoire, ses personnages, un peu de leur quotidien, de leur amour et de leurs difficultés avec la vie. Et c'est sûrement pour cela que l'on embarque avec lui dans la simplicité de ces vies soudain tordues par l'anxiété, la montagne de responsabilités, la complexité des choix. Monsieur Xiashuai le dit lui-même, il voulait raconter une histoire humaine avant toute peinture sociale de la Chine. Et c'est ce qu'il fait. Il creuse les portraits de ses personnages d'une manière éclairée, il éloigne le tire larme et crée l'émotion par la simplicité. C'est le mélange des sentiments qui est touchant, quand, au sein d'une épreuve difficile, le rire fait irruption.
Le charme du film tient beaucoup au talent de mise en scène du cinéaste. Xiashuai filme Pékin, ses buildings uniformisés baignant dans un halo de lumières sales. Atmosphère étrangement éthérée d'une ville brumeuse, presque vide, une ville verticale comme les immeubles que fait visiter la mère de Hehe, et horizontale comme les trains qui lui font traverser la ville. L'image est travaillée, et restent en mémoire plusieurs scènes, jeux de miroirs ou silhouette fragile. Et pensons surtout, au lent dessin formé sur les draps rouges des anciens amants, comme en surimpression, par le mouvement des mains qui se rassemblent. Ce très beau plan résume peut-être le cinéma du réalisateur chinois, lui qui crée beauté et émotion dans la pudeur et le rire de situations décalées.
Il y a sans aucun doute de l'amour dans l'histoire de Wang Xiashuai. Il y en a aussi dans le cœur du réalisateur, pour ses personnages, ses acteurs, la vie, le cinéma.
Lucie Pedrola Jury du Pari de l'Avenir
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