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Milky Way

de Benedek Fliegauf

 


De la possibilité d'un plan éclot Milky Way film expérimental de Benedek Fliegauf, jeune cinéaste hongrois. Une dizaine de plans fixes composent les 1h20 de la séance, est ce assez pour en faire un film de cinéma ? Milky Way est une expérimentation, un spectacle sensoriel, contemplatif très proche d'une visite muséale, tant le travail s'apparente à celui d'un vidéaste. Il faudra laisser toute attente narrative, logique, de classicisme à la porte pour vous plonger dans ce film sans en faire une expérience traumatisante d'ennui. Une éolienne au loin, un champ avec des campeurs, une piscine avec des personnes âgées, un lac un landau et une barque, voici quelques unes des images proposées par Milky Way.

En photographe averti le cinéaste nous propose une dizaine de plans à la composition majestueuse et prodigieuse, la dimension temporelle qu'une simple photo n'a pas permet ici une redécouverte de l'espace par les déplacements des objets qui s'y trouvent. Par le son on s'imprègne de l'ambiance, de l'univers de chaque plan séquence, qu'on à très vite envie d'appeler tableau. Chaque tableau est une exploration maximale de son cadrage jusqu'à épuisement (?) des possibilités, l'harmonie règne de la première à la dernière seconde de chaque plan. Par exemple on découvrira la dimension horizontale d'un plan avant d'en découvrir la profondeur grâce aux actions et déplacements des personnages. Ce qui est prodigieux c'est d‘arriver à nous faire changer l'appréhension d'un image avec cette même image. Ainsi il me semble qu'un questionnement sur le regard est établi. Que vois je ? Suis-je capable de voir sans la proposition d'exploration de l'image offerte par le cinéaste ?

Ainsi d'un parti pris minimaliste naît un foisonnement intérieur à chaque plan. La lenteur est souvent considérée comme une contre proposition de cinéma, une provocation à l'ordre établie, il n'en est rien ici car il n'y a pas d'histoire chaque plan à son histoire. Chacun y voit ce qui le touche, y colle un sentiment. Il n'en reste pas moins un jeu avec le spectateur, lorsqu'on pense qu'il n'y a rien à voir ou plus rien le cinéaste nous surprend sans cesse, un nouveau mouvement commence, un aller, un retour, un nouveau son.

L'exercice en tant que spectateur me semble proche de la méditation zen, il s'agit de faire le vide dans ses pensées, ne penser à rien et l'accepter. Pour beaucoup il sera impossible de se prêter à l'exercice et vous vous lèverez a bout de cinq minutes.


Emilien Abibou
Jury du Pari de l'Avenir








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