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Lake Tahoe

de Fernando Eimbke

 

 

Un plan large, très large même...Une voiture rouge fendant l'air lourd d'un paysage mexicain, puis fondu au noir, brutal. Un bruit d'accident nous parvient et c'est alors que l'on retrouve Juan, petit homme gringalet d'une quinzaine d'années, conducteur indemne de la Nissan. Va s'ensuivre une quête à la fois longue, tendre et loufoque de ce jeune garçon parti chercher de l'aide, tant mécanique que salvatrice.
Le jeune réalisateur invite le spectateur dans une sorte de rêve lointain se déroulant dans une ville quasiment fantôme, où le fameux boîtier d'allumage recherché prend des allures de Saint Graal. Les plans sont fixes, comme si le temps s'était figé autour de Juan, seul autorisé à bouger mais coincé dans ce monde immobile où rien ni personne ne semble être en mesure de l'aider. Tels de magnifiques tableaux, les plans se succèdent dans un objectif de « voyeur » selon les propres termes du réalisateur Fernando Eimbcke. Cela nous paraît amusant comme expression, car justement, les prises de vues sont larges, lointaines, jamais intrusives, même dans les instants intimes. Le héros nous est présenté dans un espace à la fois simple et complexe, et nous avons alors la liberté de suivre ses mouvements tout en observant l'environnement qui l'entoure. Il rentre par un côté, vit, et ressort par l'autre côté du plan, dans un labyrinthe sans fin semé de personnages hauts en couleurs et de situations coquasses, menant Juan pas à pas vers « sa réparation ».
Car plus qu'une voiture à faire redémarrer, c'est sa propre vie que ce petit homme cherche à ressentir à nouveau, car Juan est triste, seul et vide. « Mi padre esta muerto, puta madre » hurle t'il enfin devant son petit frère silencieux pendant que sa mère s'enfume l'esprit à grand renfort de cigarettes dans un bain froid depuis des heures... Une photo des quatre membres de la famille imitant les Beatles dans leur période Abbey Road procure cette étrange sensation que eux aussi viennent de perdre un membre de leur quatuor, et que sans ce père à jamais absent, la musique ne sera plus jamais la même. La musique justement, la bande son n'en contient quasiment pas, sauf exceptions lorsque la jeune demoiselle se met en tête de nous faire part de ses talents de chanteuse ! Peut être cela permet t'il d'ailleurs que l'on soit tant surpris par le son lorsque le jeune réalisateur nous emmène avec lui dans son monde entrecoupé de fondus au noirs, vivant alors au rythme de ces informations sonores efficaces.
Discret, donc, Monsieur Fernando Eimbcke, qui guide Juan toute une journée à travers différentes rencontres. Le vieux mécanicien est avar de paroles, et se dandine, clopint clopant, au milieu de tout son bazar. Mais il apprendra à Juan qu'il faut laisser partir les gens qu'on aime, parfois... Alors qu'à l'inverse, Lucià lui offrira le salut dans cette chambre d'enfants, où ces deux petits êtres adultes avant l'âge se sauvent mutuellement dans un corps à corps tendre et discret, près du berceau d'un bébé encore inconscient de sa vie à venir...Et grâce à David, jeune passionné de Kung Fu, notre héros se laissera enfin aller à la colère nécessaire à accéder au calme qui le ramènera chez lui retrouver sa mère endormie et son petit frère Joaquin drapé du maillot de base ball de leur papa.
La voiture est rentrée à bon port, et l'on en décolle cet autocollant de Lake Tahoe où finalement la famille n'aura jamais été, et n'ira jamais... Le deuil ne fait que commencer, mais il est temps pour nous de partir, et l'on remercie le réalisateur d'avoir su éteindre sa caméra au parfait moment. Fernando Eimbcke est humble, discret, empli d'une simplicité qui laisse présager le meilleur pour ses films à venir. Se considérant lui-même comme un étudiant de cinéma, encore et toujours, il ne s'embarrasse ni de dialogues existentiels ni de gros plans intrusifs et larmoyants, et nous lui en sommes reconnaissants.
Il ne reste qu'une chose à ajouter : Muchas gracias Fernando por su pelicula, et revenez nous vite !


Liloïe Cazorla
Jury du Pari de l'Avenir

 









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