Dorothyde Agnès Merlet
Difficile de présenter le dernier long métrage d'Agnès Merlet, l'intriguant Dorothy, sans une certaine appréhension. Car la réalisatrice nous emporte avec sa caméra sur une île irlandaise aussi étrange qu'hostile, dont il ne faut sous aucun prétexte révéler les secrets, aussi bouleversants soient-ils...
Carice Van Houten, magnifique actrice révélée par Black Book de Paul Verhoeven, interprète ici une jeune psychiatre à fleur de peau partie chercher sa rédemption dans la guérison de la jeune Dorothy. Et c'est Jenn Murray, la révélation féminine du Festival, dont on peine à déterminer l'âge véritable sous ses traits pâles et sa blondeur lumineuse, qui nous livre magistralement le personnage de Dorothy, petit être énigmatique, mi ange mi démon. Agnès Merlet nous entraîne à travers des paysages irlandais pluvieux et effrayants servant un scénario haletant, où s'entremêlent habilement fanatisme religieux, énigmes psychologiques et surnaturel décalé. Sans en dire trop, on peut tout de même souligner que le montage de ce thriller franco-anglais est plus qu'efficace, permettant au spectateur de se perdre agréablement dans un monde peuplé d'apparences, de faux semblants et de non dits... La réalisatrice s'amuse à nous effrayer au détour d'une cabine téléphonique, nous interpelle sur la nature profonde de l'être humain et nous confronte au deuil de façon complexe.
Agnès Merlet a son propre style et ne revendique aucun genre cinématographique particulier. Elle-même ne s'est aperçue qu'après le montage que son film possédait les atouts nécessaires à faire sursauter le public ! Et cela fonctionne.
Mais il est maintenant temps de laisser la magie du cinéma opérer, laissant le spectateur seul dans une salle obscure partir à la rencontre de l'inquiétante Dorothy...
Liloïe Cazorla
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