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Young@heart

de Stephen Walker

 

Tout commence par un cri, une note qui va parcourir et faire frissonner tout le Royal Albert Hall de Londres. Une sorte de pulsion de vie tout droit sortie du cœur de cette femme au sourire édenté : « Should I stay or should I go » ou The Clash revisité par la chorale Young@Heart, 80 ans de moyenne d'âge.


Le film commence et se termine dans une salle de concert, de Londres à la Nouvelle-Angleterre, de l'Europe vers les Etats-Unis mais toujours devant le même public fasciné par une telle prouesse technique et physique, devant tant de travail. C'est ce travail précisément qu'orchestre depuis quelques années déjà Bob Cilman, suivi par la caméra fidèle, empathique, parfois intrusive du documentariste Stephen Walker. Le film va dès lors retracer les sept semaines de préparation d'un concert, le dernier pour certains, de la chorale dans leur ville de Northampton.
Stephen Walker va saisir la vie d'une troupe de seniors, tous différents mais tous mus par cette même envie de donner corps à ces standards du rock (Talking Heads, Sonic Youth...). La caméra se veut proche de ces gens, pas tant physiquement - malgré quelques plans rapprochés en grand angle -qu'émotionnellement. Le filmage capte plus qu'il ne décrit : des moments de doute et de tension comme lorsque Lenny bute sur telle phrase de James Brown (alors qu'il connaît par cœur les sonnets de Shakespeare) mais aussi des moments joyeux voire épiques comme la difficulté enfin surmontée de la chanson « Yes we can can » et ses « 71 can ». Et puis, encore des moments de deuil comme cette première mort, celle de Bob Salvini, dont on entend seulement l'annonce, la caméra étant priée de rester à l'écart. Cette scène, pour le moins ambigu est un moment-clé du film et pose une question : comment évoquer la mort ? Ou plutôt, que peut l'image face à la mort ? Rien. L'image ne peut ni ne fait rien ; c'est par la voix que transitent l'émotion, le souvenir de l'être cher. Non pas la voix-off qui est purement informative et descriptive mais la voix de ces chanteurs qui transcendent par leur charge affective des morceaux de James Brown ou de Sonic Youth.
Le meilleur exemple en est celui de Fred Knittle, baryton d'une rare prestance lorsqu'il interprète « Fix You » de Colplay. La légèreté de Chris Martin laissant place à la puissance ; affaiblie certes ; de l'octogénaire, Fix You devient une élégie, une ode au camarade disparu. Fred rend un dernier hommage à « cette chaise vide encore plus triste que son tombeau » comme l'écrivait Pagnol...
Young@Heart est un film-concert, pas dans le sens d'une captation comme Shine a Light, mais parce qu'il s'interesse au tout d'un concert : son avant et son instant.
Le film s‘intéresse aussi à sa raison d'être. Pourquoi chanter ? Au départ simple exercice physique, le chant s'avère comme dans les films de Fellini recréer un lien social perdu, prouver qu'on est encore en vie. Comme dans les Virtuoses (Mark Herman, 96) ou encore Block Party (Michel Gondry, 06), la musique retarde, voire empêche la mort, qu'elle soit symbolique ou physique. Ces films, et Stephen Walker en tente une variation, parlent de cette soif de fiction, ce goût intemporel des êtres humains pour l'art pour les arracher à un quotidien marqué par la maladie, le vieillissement, pour s'arracher à leur propre mortalité.


Kamel Bouknadel

Jury du Pari de l'avenir









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