Le Festival L'équipe 2008 Rechercher un film Paris Cinéma en vidéo Les affiches Paris Cinéma 2007 Paris Cinéma 2006 Paris Cinéma 2005 Paris Cinéma 2004 Paris Cinéma 2003
Sélection internationale Les invités d'honneur Les Philippines Les événements Les ateliers et rencontres
Les salles 2008
Français English
Tout Paris Cinéma 2008 en direct Les photos du festival Les vidéos du festival Les événements du festival Les Paris CinéCampus Les critiques du jury de l'Avenir Bande annonce 2008



    
    

 En direct

Quelle place pour le cinéma dans la nouvelle télévision publique ?


Le diagnostic est sévère, pour certains il est même vital : la télévision publique va mal et l'annonce de Nicolas Sarkozy lors de ses vœux en janvier qui annonçait "réfléchir à la suppression totale de la publicité sur les chaînes publiques" n'a pas arrangé les choses. Tous s'accordent à dire que ce sujet brûlant est désormais arrivé à un point de non retour. Mais s'il n'est plus possible de revenir en arrière, quel sera l'avenir du cinéma financé à hauteur de 30% par les chaînes de télévision ?


C'est à ce débat portant sur la place du cinéma dans la nouvelle télévision publique qu'ont participé de nombreux intervenants : Françoise Benhamou (économiste de la culture), Jack Ralite (Sénateur de Seine-Saint-Denis et ancien ministre), Fabienne Servan Schreiber (présidente, directrice générale de Cinétévé, productrice, qui fut à l'initiative de l'appel du 2 juin « pour que vive la télévision »), Gérard Mordillat (romancier et cinéaste et documentariste), Claire Simon (réalisatrice de documentaires et de fictions) et Jean-Paul Salomé (un des premiers signataires de la pétition « Sauvons la culture : Audiovisuel, un avenir ni radieux, ni assuré » également réalisateur de films. Enfin, Julie Clarini et Brice Couturier, les deux journalistes de l'émission « Du Grain à moudre » sur France Culture animent le débat.


Rappelez-nous à quel point aujourd'hui, la production française dépend du service public.

Françoise Benhamou :
Le financement du cinéma dépend de la télévision pour les préachats. Il est donc question de l'investissement des chaînes, publiques et privées, dans le cinéma. L'année dernière, 288 films ont été agréés par le CNC, 104 ont été cofinancés par des chaînes en clair et 140 par Canal+. Il faut compter que de nombreux films ont été cofinancés par plusieurs chaînes, et qu'un quart des films sont des documentaires et des films expérimentaux qui ne reçoivent pas d'aides de la part des chaînes. La part des investissements des chaînes dans le cinéma représente un tiers du financement total des films français. Revenons sur quelques chiffres : TF1 produit une vingtaine de film, le service public au sens de France 2 et France 3 en cofinance 52, Arte 22 et M6 en finance 15. C'est évident que si les chiffres d'affaires des télévisions baissent, cela pèsera sur le cinéma.

Fabienne Servan-Schreiber :
Je ne suis même pas sûre d'être contre la publicité car c'est aussi selon moi, une forme de création. Ce qui commence par la suppression de la publicité va bientôt menacer l'ensemble de la création. Les télévisions publiques auront moins d'argent et les télévisions accepteront de verser de l'argent pour combler le déficit de la télévision publique à condition qu'ils soient débarrassés de toute obligation de production. France Télévision est touchée et ne va pas tarder à couler.

Claire Simon, quelles sont vos craintes en tant que réalisatrice si la pérennité du service publique n'est pas garantie?

Claire Simon :
En France, nous avons de très nombreux documentaristes, c'est exceptionnel par rapport au reste du monde, cela nous vient de la création de l'Ina et d'Arte. Pour le cinéma que je fais, il n'y a pas de place dans les télévisions mais jusqu'à aujourd'hui, je suis passée entre les gouttes car mon cinéma ne coûte pas cher. On pourrait se dire, c'est merveilleux, la télévision sera encore plus libre avec la disparition de la publicité mais la démocratie c'est le CNC. Contrairement à ce que tous les gens disent, le CNC n'est pas l'état, les personnes qui sélectionnent les projets sont renouvelées tous les trois ans. On ne peut pas en dire autant de France Télévision où les commissions de sélection sont en place depuis une trentaine d'années, c'est de l'ordre de la république bananière.

Gérard Mordillat :
Je suis aussi pessimiste que Claire Simon. Canal + préfère investir sur le foot. Les petits films sont financés par un système d'aumône qui leur permet de prouver qu'ils n'investissent pas que sur des grosses productions. D'ailleurs Patrick Lelay (ancien PDG de TF1) ne se cachait pas, il a toujours dit que le cinéma lui coûtait cher et ne rapportait peu. S'il n'y avait pas Arte, je ne serais plus cinéaste depuis longtemps ! C'est la seule chaîne qui a une capacité d'innovation, une liberté qui leur permet de ne pas nous forcer à faire un cinéma consensuel, c'est-à-dire les comédies qui passent à 20h30. La qualité n'est pas synonyme de service public ; un exemple personnel va vous le montrer ; France 3 s'était engagé pour un de mes films et s'est désengagé. Leur explication était la suivante : « cela nous gêne car c'est bien écrit ! ».

Fabienne Servan-Schreiber :
Le projet du Président de la république est de sous financer les télévisions publiques pour ne pas faire de l'ombre aux chaînes privées. Il a annoncé qu'il voulait laisser tomber la dictature de l'audimat dans les chaînes du service publique. Le public se lasse des films à la télévision c'est un fait. Arte n'est pas soumis à la concurrence et à la dictature de l'audimat et fait des choix audacieux. Il n'y a déjà pas assez d'argent pour financer tous les projets. La télévision est sous-financée. Arte ne peut faire que 20 films par an faute de moyens. N'oublions pas que le cinéma français est le troisième du monde et les films sont très différents, nous savons faire des films d'auteurs très pointus comme des grosses productions. Nous produisons 280 films pas an, les européens nous envient !

Gérard Mordillat :
Les européens nous envient effectivement le CNC et le système des droits d'auteurs qui protège contre le copyright. Le CNC n'est pas un système privilégié, c'est un système réglementé. Certes le cinéma français est de qualité, mais il n'est pas performant. Unifrance a du mal à vendre le cinéma français à l'étranger, car c'est un organisme qui ne dépend pas du ministère des affaires étrangères mais du ministère de l'intérieur.

Fabienne Servan-Schreiber :
Nous sommes à un tournant dans l'histoire, à un moment de révolution technologique car les jeunes préfèrent regarder les films sur des ordinateurs ou sur leur téléphone portable. L'arrivée de la TNT a aussi chamboulé la distribution car elle a pris 25% des parts de marché de toutes les chaînes confondues. Monsieur Sarkozy a décidé qu'il voulait être le président qui amènerait la télévision à l'ère du numérique mais il s'y prend à l'envers. Quand on réforme, il faut avoir un projet (qui a avorté dans l'œuf), de l'argent (il l'a coupé en annonçant la fin de la publicité), du temps (3 mois c'est si peu comparé à la BBC qui a mis 3 ans pour se réformer) et une équipe (qu'il maltraite, d'ailleurs certains en sont donc partis comme Jack Ralite).

Jean Paul Salomé :
Il faut rappeler que les gens continuent à regarder des films, seulement la diffusion est plus variée. Avant d'être projeté à la télévision, un film peut être diffusé 35 fois par Canal+ sans compter la Catch up Tv (films diffusé à la demande). L'arrivée de la TNT qui diffuse essentiellement des films et des séries offre également de nouveaux choix aux spectateurs. Le cinéma en tant que spectacle n'est pas en perte de vitesse. Le groupe Orange arrive cette année dans le monde du cinéma et injecte en première année 40 millions d'euros lorsque les chaînes publiques investissent 50 millions ! Les télévisions sont différentes et investissent différemment. C'est dommage que France 2 et France 3 se battent pour avoir les films que convoitent TF1 ou M6. En volume, le cinéma français est le plus fort en Europe et malgré tout, il continue à s'exporter. La Palme d'or française obtenue par Laurent Cantet a été vendue à 45 pays. Même en Chine et en Inde, la seule cinématographie qui parvient à se glisser entre le cinéma américain et la cinématographie locale est le cinéma français.

Jack Ralite :
Depuis 73, j'ai toujours entendu dire que le cinéma français était en crise. Le CNC est une belle invention qui date de la libération. Il a permis de mutualiser la gestion du cinéma et de reconnaître la culture comme bien commun. Il faut sauver le service public en le réinventant car nous ne pourrons plus en discuter quand il n'existera plus. Je suis particulièrement outré par la lettre du 1er août que Nicolas Sarkozy a adressée à sa ministre de la culture. Il dit qu'il faut faire ce que le peuple demande et ajoute qu'il nommera le directeur de cette télévision publique ce qui est un véritable renoncement à l'objectif du service public et à son indépendance. Enfin, il annonce la réforme aux côtés de la ministre de la culture et du président de France Télévision ; les premiers concernés n'étaient manifestement pas au courant de ce qu'il mijotait. D'autre part, la commission Copé a été crée sans aucun professionnel de la télévision et le problème de la radio n'est pas soulevé. La commission qui devrait amener à une réflexion est en fin de compte un moyen d'asseoir un projet idéologique qui vise la destruction du service public en général ! Ce n'est pas un hasard que l'on s'attaque à la télévision publique, cela fait partie d'un projet plus global de libéralisation. Si l'on veut que la loi ne soit pas adoptée en ces termes, il faut un véritable mouvement populaire et il faut que les professionnels se rassemblent ! Le 15 septembre, nous remplirons un zénith pour manifester notre mécontentement et construire un vrai mouvement d'avenir. Il est nécessaire de se battre pour garder un service public de qualité et arriver à faire reculer le gouvernement dès la rentrée. Il faut d'ici là expliquer au grand public pourquoi la télévision coûte si cher. L'audience c'est une ambition mais ce n'est pas une obsession. Le chiffre à l'avantage de paraître scientifique et neutre et c'est pour cela que les parlementaires se plongent toujours dedans, mais cessons de transformer ce qui est de l'ordre de la création en chiffre car s'ils peuvent refléter un moment donné, les chiffres ne reflètent en aucun cas une réalité précise. Ce n'est pas solutionable ce qu'ils ont inventé ! Le problème de la télévision publique n'est pas celui des nouvelles technologies, il ne faut pas les oublier certes, mais l'histoire de la peinture ne se résume pas à l'histoire du pinceau ! Pour tout ce qui existe, il faut une régulation mais pour tout ce qui est nouveau, il ne faut pas de régulation du tout !

Françoise Benhamou :
Les différents plans B proposés ne sont pas viables, quel que soit le calcul et même si on grossit les chiffres, le compte n'y est pas. Taxer les FAI (Les fournisseurs d'accès à Internet) - car ils proposent des connexions haut débit et permettent aux gens de télécharger des films - pour combler le déficit n'est pas une solution. Il ne faut pas s'asseoir sur des entreprises privées qui font de nombreux bénéfices pour le moment pour réformer et reconstruire un service public de qualité qui soit durable. Même les télévisions sans publicité ont un réel souci d'audience, il ne faut pas se voiler la face, Arte regarde de très près son audimat. Augmenter la redevance TV n'est pas non plus une solution dans la situation actuelle des ménages. Enfin, taxer les chaînes privées serait extrêmement pervers car elles demanderaient de s'affranchir des investissements dans la création. L'ensemble du plan B est cousu de bouts de ficelles, c'est un bricolage qui ne colle pas. L'attitude de Nicolas Sarkozy est démagogique ; il veut simplement être le président qui supprimera la mauvaise qualité du service public.

Gérard Mordillat :
Il existe une inculture vertigineuse de beaucoup de parlementaire sur la télévision car ils ne la regardent pas. Le seul enjeu est celui de la maîtrise de l'information. Moi, je préfère que Nicolas Sarkozy nomme le président de France Télévision car au moins ce n'est pas caché comme à l'heure actuelle. Nicolas Sarkozy souhaite faire de la télévision publique une télévision d'état. Son projet est purement idéologique. Nous pouvons simplement espérer comme avec le gouvernement de Margaret Thatcher que ce choix politique va amener les cinéastes à faire preuve d'une très grande créativité.

Quel est votre position, Nicolas Sarkozy veut-il faire une Télévision de propagande qui soit très regardée ou souhaite t-il au contraire étrangler la télévision publique dans le but de la supprimer sachant qu'il ne peut pas souhaiter les deux ?

Gérard Mordillat :
Il veut d'abord le soutien des chaînes privées. Dans un second temps, il veut que la télévision devienne un faux journal officiel avec une petite audience et dans un troisième temps, il fera la peau à la télévision publique en la supprimant si les audiences ne sont pas au rendez-vous.

S'il y a une baisse des moyens financiers, est-ce que les cinéastes ne vont pas faire preuve d'une plus grande créativité ?

Jean-Paul Salomé :
L'audience éditoriale est vieillissante et le service public ne doit pas se couper du jeune public. Pour cela il faut des financements. Avec le calendrier présenté par le gouvernement, cela ne nous laisse peut de temps pour trouver des solutions. Bien sûr quelques pépites peuvent sortir du lot mais dans la durée ce ne sera pas possible. L'Allemagne et l'Italie refont des choses innovantes mais elles sont passées par des grandes dépressions. Peut-être faudra-t-il une dépression en France pour faire à nouveau preuve d'une grande créativité ?

Claire Simon :
J'ai demandé si je pouvais filmer les débats de la commission Copé, quitte à geler les images pendant longtemps. On me l'a refusé, j'en suis déçue, car les débats ont dû être passionnants. On parle souvent de l'exemple de la BBC à la télévision anglaise qui n'a plus de publicité. Les anglais payent une redevance de 200 € et selon moi ce n'est pas une chaîne qui prend des risques. Ce n'est pas une télévision de création comme Channel 4. D'ailleurs, les cinéastes qui ont fait avancer le cinéma anglais comme Stephen Frears ne sont pas financé par cette chaîne.



Tous les CinéCampus 2008
Leçon de cinéma avec Jean-Claude Carrière
Aki Kaurismäki : quelle leçon !
Le nouveau cinéma indépendant philippin
Nathalie Baye : leçon de cinéma
Lola Montès, histoire d'une restauration
Joseph Kuo : leçon de cinéma
Quelle place pour le cinéma dans la nouvelle télévision publique ?
Quelle(s) vie(s) pour le cinéma sur internet ?
Second rôle : un tremplin pour la gloire ?
les métiers du cinéma




16 15 14 13 12 20 19 18 17 7 6 5 11 10 9 8 1 2 3 4 93 92