Joseph KuoUne leçon de cinéma sous le signe du kung-fu
Grand maître incontesté des films d'arts martiaux mais encore peu connu en France, le Taiwanais Joseph Kuo est accueilli comme un roi par des fans de toutes nationalités. L'occasion de découvrir une carrière aussi longue que pleine de rebondissements, retracée avec verve et enthousiasme.
Né en 1935, Joseph Kuo suit des études d'architecture malgré son envie de partir étudier la peinture à Paris. A cette époque, Taiwan sort de la Deuxième Guerre mondiale, le cinéma commence tout juste à prendre de l'importance, mais le plus souvent avec des films pessimistes, obscurs, tragiques. Peu à peu, l'envie de faire du cinéma se fait plus pressante chez Joseph. Il commence sa carrière de cinéaste à 23 ans en réalisant des films romantiques et des comédies en dialecte taïwanais ; son premier film Lamentation de l'ancien palais sort en 1958. Il se hisse rapidement au rang des plus grands cinéastes de son pays et devient l'un des plus influents de la période d'après-guerre. C'est après avoir vu les films de King Hu qu'il rencontre le producteur Sha Long-feng, et, séduit, réalise son premier film de Wu Xia (film de sabre) : The Swordsman of all Swordsmen, qui sort en 1968 et devient très vite un énorme succès au box-office. On lui donne alors le surnom de « Million Dollar Director » et rapidement le très renommé studio de la Shaw Brothers lui ouvre ses portes. Après trois films, il quitte le système des grands studios et s'installe à son propre compte à Hong Kong.
80 films, 70 scénarios, 50 ans de carrière... Quel est le secret de la longévité de Joseph Kuo ?
L'innovation, la recherche de nouvelles idées, le changement, la prise de risques !
Joseph Kuo a réalisé trois types de films de kung-fu :
- les films traditionnels, avec des personnages justiciers qui traquent les méchants et une maîtrise de l'art martial de très haut niveau, presque surnaturelle, - les films avec armes, moins centré sur les personnages mais avec un grand travail sur les parades des armes, la dynamique des mouvements, les chorégraphies, - les films historiques, qui situent la narration à la fin du XIXe siècle, au début de la République chinoise, avec des personnages qui donnent leur vie pour leur pays.
Ces films sont souvent vus comme des spectacles ou de simples démonstrations de combat, mais en réalité s'y cachent des actes quasi héroïques qui font partie de la morale et des valeurs chinoises : la justice, la loyauté, l'amitié, la protection de la nation...
Mais surtout, ce qui fait la différence dans les films de Joseph Kuo, c'est l'histoire d'amour qui constitue la trame de fond de la narration. C'est certainement aussi pour cette raison que ses films connaissent un si grand succès ! Le travail sur les personnages et la trame narrative
Les scénarios des films de Joseph Kuo suivent eux aussi une trame particulière, surtout en ce qui concerne la catégorisation des personnages : chacun d'entre eux est classé selon son ancienneté, son niveau d'art martial, ses armes, son école, sa discipline... Dès le départ, le scénariste doit pratiquement faire un tableau de ses personnages ! Quelque temps après The Swordsman of all swordsmen, Joseph Kuo déclenche un séisme dans le cinéma d'arts martiaux de l'époque : il crée un anti-héros, un méchant tueur invincible qui se fait justice lui-même. Il vient d'inventer le personnage de Sorrowful to a Ghost ! C'est tout de suite un énorme succès public à Hong Kong et dans tout le Sud-Est asiatique. Puis il crée des personnages qui s'entraînent longuement, parfois pendant 20 ans, pour atteindre un niveau d'art martial inégalé avant de partir se venger. Ces rebondissements dans la trame narrative sont totalement innovants pour l'époque et donne un piquant certain à la dramaturgie.
A l'époque, après The Swordsman of all Swordsmen et Sorrowful to a Ghost, Taiwan produit au moins 300 films de kung-fu par an ! Le public commence à se lasser, la thématique est surexploitée et Joseph Kuo arrête pendant quelque temps. Il réfléchit à la manière de renouveler le genre, et s'intéresse alors à l'école Shaolin. Au cours de ses recherches, il entend parler de la légende des hommes de bois, il en tirera, après un scénario qui lui prendra un an d'écriture et malgré l'incrédulité des producteurs de son pays, le célèbre Shaolin et les 18 hommes de bronze : une dramaturgie nouvelle avec beaucoup de trucages innovants dans les combats ou les accessoires, une histoire d'amour d'un nouveau style, des renversements de situation...
Un cinéaste qui s'entoure des meilleursJoseph Kuo n'a jamais pratiqué lui-même les arts martiaux, mais a toujours su s'entourer des meilleurs spécialistes et sait très bien reconnaître les différents styles (il en existe plus d'une centaine !)... Pour Born Invincible, il va chercher les conseils d'un jeune chorégraphe hong-kongais inconnu à l'époque, Yuen Woo-ping, qui travaillera par la suite pour les frères Wachowski, Ang Lee, Quentin Tarantino ou Tsui Hark. Il crée alors un personnage plus vieux, sur le point de devenir aveugle, et qui tendra à plus d'humanité et de spiritualité. Un héros qui saura se laisser mourir le moment venu...
Le renouveau des films de kung-fu
Les films de Joseph Kuo ont été très peu distribués en France, malgré un succès certain en Allemagne ou en Espagne par exemple. Ce n'est qu'avec Tigre et dragon (2000) d'Ang Lee que les Français ont réellement commencé à s'intéresser aux films de kung-fu.
La maison de production de Joseph Kuo fait cependant faillite pendant les années 1980, à cause de la prolifération des copies piratées en Chine. Mais il a la chance de rencontrer Tsai Ming-liang, le réalisateur de La Saveur de la pastèque et de The Hole. A son contact, il se met à trouver de nouvelles idées de scénario et de nouvelles voies à donner à son cinéma...
En attendant de bientôt voir le prochain film de Joseph Kuo sur nos écrans, retrouvez mardi 8 et mercredi 9 juillet au Max Linder 4 de ses plus grands films : The Swordsman of all Swordsmen, Born Invincible, Shaolin et les 18 hommes de bronze et Sorrowful to a Ghost.
|  | Joseph Kuo avec Vincent Wang
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