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Une leçon particulière avec Jean-Claude Carrière


Un professionnel d'expérience, un maître des mots et de la précision, et avant tout un maître de l'humour ! C'est 3 personnes (au moins !) en une qu'ont pu rencontrer les spectateurs au cours de la leçon de cinéma de Jean-Claude Carrière.
Animé par Michel Ciment (directeur de la revue Positif et critique au Masque et la Plume).


Un scénariste doit être un cinéaste !

Le scénario n'est pas la dernière étape d'une œuvre littéraire mais c'est la première d'une œuvre cinématographique. C'est essentiel dans la formation d'un scénariste d'avoir fait des stages sur des tournages pour connaître le vocabulaire technique mais c'est encore plus important de maîtriser le montage. J'ai pour ma part commencé à travailler sur Les Vacances de Monsieur Hulot. Pierre Etaix avait réalisé des dessins et j'avais pour mission de rédiger l'histoire du film pour en faire un livre. Il fallait passer du support « bobine » au support « papier », autrement dit l'inverse de l'écriture scénaristique. C'était la première fois de ma vie que j'étais sur un banc de montage. Un scénario n'est pas une œuvre littéraire, c'est une œuvre cinématographique car le travail de scénario est un travail de mise en scène. Un bon scénariste doit absorber les règles d'écriture pour mieux les rejeter, d'ailleurs Kant disait : « Il faut connaître les règles si on veut les violer ».


Pourquoi je ne suis pas devenu cinéaste ?

Je suis né dans le siècle où se sont inventées de nouvelles formes de langages. Je voulais faire partie des premières personnes à avoir travaillé sur ces nouvelles formes. Le cinéaste a une étiquette, il ne peut rien faire d'autre à côté. Je ne sais pas si j'étais doué comme réalisateur mais je n'ai pas le tempérament pour en être un. Je ne pourrais pas passer six ans de ma vie sur un film sans le laisser tomber, je ne suis pas l'homme d'une idée fixe, je n'ai pas cette persévérance par nature ! Je suis partisan des gens qui prennent le train quand il avance.


Un auteur cosmopolite doit savoir s'adapter à chaque metteur en scène !
J'ai la chance de pouvoir travailler en trois langues et d'avoir côtoyé de grands cinéastes. Avec chaque metteur en scène, la collaboration est différente. Quand on me demande d'écrire un film, j'ai besoin de savoir immédiatement quel sera le metteur en scène. Il faut qu'il soit là depuis le début pour être sûr de travailler sur le même film, dans la même direction pour parvenir en fin de course au troisième espace, celui du film.
Avec Buñuel je faisais quelques dessins, si j'imaginais la porte à droite et que lui aussi, c'était gagné, par contre s'il n'imaginait pas les acteurs rentrer par la même porte que moi, nous rentrions dans de longues discussions. On vivait ensemble dans un endroit isolé comme un couvent en Espagne. On était tout seul pendant plusieurs mois, c'est un exercice difficile. J'ai calculé, j'ai partagé plus de 3000 repas avec lui, nous devenions très intimes, peu de couples peuvent en dire autant ! Lorsque l'on travaillait, on déplaçait les meubles dans la salle et on jouait toujours devant des personnages fictifs que nous avions rebaptisé Henry et Georgette, ce sont des spectateurs français moyens qui nous regardaient jouer des scènes. Notre but était de les garder dans la salle le plus longtemps possible. Je revois encore Buñuel se mettre dans la peau d'Henry au moment où une de mes idées ne lui plaisait pas et dire « Partons Georgette, ce film n'est pas pour nous » ou « c'est n'importe quoi ce qu'il raconte le vieux » !

De son côté, Peter Brook me demandait souvent de jouer ce que j'avais écrit pour que je sente moi-même s'il manquait des choses au texte.

Godard, lui, aime filmer les images d'un film. Sur Sauve qui peut la vie, nous avons d'abord parlé longuement, sans écrire puis il est parti filmer 20 minutes d'images. Ce n'est qu'à ce moment là que nous avons rédigé le scénario, en partant de quelque chose de filmé et non d'écrit. Partir d'une matière différente est une autre forme de travail très intéressante !


Mes personnages prennent vie
De manière générale, je préfère connaître les acteurs le plus tôt possible car cela m'aide à écrire. Ils deviennent sans le savoir des collaborateurs mais c'est l'action qui révèle le personnage et non le contraire. Il m'est arrivé trois fois que le personnage que j'avais créé m'échappe et prenne vie. Cela arrive en général après une longue période de maturation. On se demande alors d'où ça vient, il faut à ce moment là écrire ce qu'ils nous disent car c'est toujours juste et c'est un vrai moment de grâce pour un scénariste !


La vie des oies ?
A un spectateur qui lui demande si l'ordinateur a changé sa manière d'écrire, Jean-Claude Carrière répond : C'est pareil que le passage de la plume d'oie à la plume métallique, une chose est sûre, ça a changé la vie des oies !


> voir la vidéo
















Jean-Claude Carrière
© Julia Brechler


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