Waël Noureddine, voyage poétique et cinématographique au bout de l'horreur
Mercredi 11 juillet 2007
Waël Noureddine est le troisième invité libanais de Paris Cinéma. Le vidéaste, cinéaste et poète présente trois de ses films à la Filmothèque du Quartier latin. Rencontre avec un artiste engagé au talent novateur.
"Au Liban, face à la guerre, on a le choix : se droguer, mourir, ou faire la révolution." Sinon, on peut partir...
Dans ses trois films, Waël Noureddine explore ces possibilités. Partir ? Mais comme on le voit dans Chez nous à Beyrouth, il faut un visa, et pour avoir un visa... La liste est longue. La révolte et la révolution sont contenues en germe dans Ce sera beau - From Beirut with Love. Quant à July Trip, c'est la mort, l'horreur réaliste de la guerre et de la destruction.
Après la projection, le réalisateur s'asseoit sur la scène, devant l'écran, et répond aux questions du public.
Des films trippants...
Cocaïne, héroïne, haschish, l'omniprésence dérangeante de la drogue interpelle les spectateurs : pourquoi ce rapprochement entre guerre et conduites addictives ?
"Je ne veux pas parler d'addiction, je ne veux pas avoir un point de vue moralisateur." La guerre fait proliférer l'horreur, les cadavres, mais elle incite aussi les gens à se droguer. "Pour faire ces films, pour respirer chaque jour l'odeur des cadavres, j'avais besoin de la drogue ; j'aurais menti en ne montrant pas ce que j'étais obligé de faire pour tourner ce film."
Dans Chez nous à Beyrouth, le réalisteur indique que le gramme d'héroïne est vendu 10$ : "elle est pratiquement subventionnée par le gouvernement ". Les spectateurs sont choqués par la violence, heurtés par les plans sur les shoots d'héroïne, mais la drogue fait partie de la guerre... "La drogue fait supporter l'insupportable", elle endort les consciences.
Un cinéaste engagé
Waël Noureddine cherche au contraire à réveiller les consciences. Ses films donnent la nausée ? "Exactement. C'est fait pour."
Une spectatrice précise : "Tous les Libanais ne se droguent pas ! Pourquoi ne pas montrer des aspects plus positifs du pays ?" Mais ce que Noureddine veut montrer, c'est ce que les gens veulent se cacher ; la guerre incessante, devenue partie intégrante du quotidien. "Il y a des films sur la bouffe libanaise, sur le taboulé, sur le ski... je laisse ces films aux autres, moi je fais des films sur la guerre : quand on pense que le pays est en guerre depuis 1975, il n'y a pas eu beaucoup de films faits dessus !"
La caméra est donc l'instrument d'un cinéma résolument engagée. "Il y en a qui croient en Dieu, en Bouddha... Moi, je crois dans le cinéma". Les images peuvent inciter à la révolution, comme celles de Ce sera beau - From Beirut with Love. Elles peuvent aussi créer un monde meilleur. Elles sont un instrument en elles-mêmes.
"Mais pourquoi si peu d'explications ?" lance un spectateur. "Si j'avais voulu dire quelque chose avec une voix-off, j'aurais écrit un article". Ce qui parle dans ses films, ce sont le rythme des raccords, la texture de l'image... July Trip est ainsi très réaliste, comme le confirme un spectateur-journaliste qui était au Sud-Liban lors des événements de juillet 2006 : "le sentiment que j'ai éprouvé in situ, je l'ai éprouvé aussi devant votre film. C'est très réaliste." Dans ses films, Waël Noureddine nous offre un véritable voyage poétique. Poésie des mots, mais aussi poésie des images : "le rythme des images mime poétiquement la réalité."
Nécessité fait loi
Ces trois films montrent la guerre, au Liban - parce que ces films lui semblaient nécessaires... Mais "ce n'est pas une fascination pour la mort, ni pour la drogue : j'ai filmé la guerre, et dans la guerre, il y a la mort."
La nécessité du film, son effet sur les spectateurs, priment sur toute autre considération : Waël ne se spécialise pas dans le genre documentaire, ni dans un format particulier : July Trip est tourné à la fois en 16 mm et en vidéo. "Chaque format a une certaine poétique, une certaine sensibilité... Je pense qu'il est bon de varier". Artiste polyvalent, visiblement doté d'une sensibilité originale et d'un sens de la poésie, Waël Noureddine ne fait pas de l'art pour l'art ; la forme du film se met au service du fond.
"Il faut que chaque film soit nécessaire : je ne veux pas me spécialiser dans le Liban, ni dans la guerre spécifiquement. Mon prochain film sera une fiction."
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