Souvenirs, humour et anecdotes : Patrice Leconte présente Monsieur Hire
Mardi 10 juillet 2007
Patrice Leconte était hier soir à l'Arlequin pour la présentation de son film Monsieur Hire, dans le cadre de l'hommage à Sandrine Bonnaire.
"Deux conseils aux jeunes réalisateurs"
Pour présenter son film, Patrice Leconte offre au public deux anecdotes. "A la fin de la rédaction du scénario, l'idée m'est venue de faire incarner le personnage d'Alice par Sandrine Bonnaire, que je connaissais en tant que spectateur". Or l'agent de l'actrice l'informe qu'elle souhaite faire une pause dans son travail et qu'elle ne fera plus de films pendant quelques temps, mais qu'une rencontre serait néanmoins envisageable. L'ayant invitée à dîner dans un restaurant, Patrice Leconte propose à Sandrine Bonnaire de ne pas parler du film ni de son refus de le faire : " à un premier rendez-vous, vous ne pouvez pas me dire non : c'est un mauvais début ; la semaine prochaine, le même jour, je vous inviterai dans ce même restaurant, et vous pourrez me donner votre réponse." Sandrine Bonnaire accepte. La semaine suivante, elle parle du film, du personnage. "Mais Sandrine, puisque vous ne voulez pas faire ce film...", dit Patrice Leconte... "Ah, je ne vous l'ai aps dit ? Je vais le faire, en fait !"
Conclusion : "conseil à un jeune réalisateur face à une grande actrice : ne pas lui laisser dire non dès la première rencontre !"
La deuxième anecdote : à Cannes, Monsieur Hire représentait la France. Projeté en fin de festival, il fut bien accueilli par les journalistes et autres professionnels : " Ah, monsieur Leconte, vous avez fait court !" Après tant de films longs, la fatigue du festival aidant, tout le monde en apprécia la concision... "Deuxième conseil aux jeunes réalisateurs : Faites court !"
Sur ce, Patrice Leconte laisse la place à la projection, car "un film doit se suffire à lui-même"...
Un air de ciné-club...
Après la séance, Patrice Leconte propose au public de rester pour parler du film. On n'aura aucun mal à le croire lorsqu'il évoque son expérience d'animateur d'un ciné-club ; avec aisance et humour, il enchaîne réponses aux questions et anecdotes.
En guise de remarque préalable, petites réflexions techniques : Monsieur Hire est sorti il y a 18 ans, en son Mono (aujourd'hui, tous les films sont tournés en Dolby)... "un dinosaure" ! Or le film avait reçu le César du meilleur son... "En 1989, on pouvait encore remporter un prix sur le son alors qu'on avait tourné en mono !"
Secrets de tournage
"Justement, en parlant de son, comment en êtes vous venu à travailler avec Nyman pour la musique de votre film ?" demande un spectateur.
Nyman, compositeur attitré de Peter Greenaway, auteur de la musique de La Leçon de piano et autres grands films restés célèbres pour leur musique originale...
Réponse de Patrice Leconte "Ca ne coûte rien de demander ! Je rêvais de cette musique, j'aurais adoré travaillé avec lui, alors je suis allé à Londres, et je lui ai demandé si le projet l'intéressait... Il a dit oui ! Ma seule exigence était qu'il se marie avec la musique de Brahms, que Monsieur Hire écoute chaque fois qu'il regarde la jeune Alice par la fenêtre". A chaque fois que Monsieur Hire observe Alice, il met un disque de Brahms... cette musique est passée sur un gros plan du tourne-disque. Un secret de tournage intéressant et surprenant ; ces plans, suggérés par la personne responsable du montage, ont été tournés en fin de tournage, dans l'idée qu'il serait possible de choisir une musique réservée à ces moments, mais avant même de l'avoir choisie !
"Comme quoi, dit P. Leconte en souriant, pour avoir du talent, il faut être entouré de gens qui ont du talent !"
"Et pour les décors ? vous avez tout tourné en studio ? "
Au studio, le réalisateur est roi ; il crée son propre environnement, ouvre les portes dans le sens qu'il préfère, déplace les murs... "C'est merveilleux" Tous les intérieurs ont donc été tournés en studio. Une nécessité pour un film souhaité intemporel : aucun repère géographique, et aucun repère historique. Le film aurait pu se dérouler dans n'importe quelle ville française ; certaines scènes ont été tournées à Bruxelles (comme celle dans le tramway), d'autres à Paris... De même, le roman de Simenon Les Fiancailles de Monsieur Hire se déroule dans les années 1940, mais il n'était pas question de faire une reconstitution historique.
Des acteurs exceptionnels
Monsieur Hire est le premier film de Leconte tourné avec Sandrine Bonnaire. Le deuxième fut Confidences trop intimes : Patrice Leconte rêve d'en tourner un troisième. "Sandrine Bonnaire est une des trois ou quatre personnes les plus talentueuses que j'aie eu l'occasion de rencontrer dans ma vie professionnelle - avec également, entre autres, Daniel Auteuil et Vanessa Paradis ! Il y a dans son travail une telle intensité d'émotion, de complicité, de rire ! C'est idiot de n'avoir tourné que deux films avec elle !"
Quant à Michel Blanc, comme l'a rappelé Delphine Agut (programmatrice de Paris Cinéma) lors de la présentation du film, on le voit ici dans un rôle à contre-emploi par rapport à ses films précédents (plutôt des comédies). Son personnage est sombre, solitaire et taciturne. "Pendant le tournage, je crois qu'il n'est jamais aussi peu sorti !" Ce film a également été inhabituel pour Michel Blanc pour sa cascade de la fin du film, sur les toits des immeubles : "c'était inimaginable, incroyable ! Il était déjà impensable de le faire monter sur un tabouret !". C'était en outre un rôle inédit parce que peu expressif, pour lui qui d'ordinaire s'appuyait tant sur l'expressivité vocale.
Références de cinéphiles : un film aux accents asiatiques ?
Un spectateur avoue retrouver dans Monsieur Hire certains éléments du film de Wong Kar Wai, In the Mood for Love : les frôlements, les scènes silencieuses sans dialogue, les éléments esthétisants...
"Pourquoi pas ? chacun a sa culture de cinéphile, plus ou moins inconsciente... C'est flatteur en tout cas !" D'ailleurs, ce côté esthétisant, Patrice Leconte le trouve, dans son propre film, un tantinet affecté, un peu "le petit doigt en l'air !... Mais je ne joue pas du tout à la maîtresse de maison qui arrive avec un beau gateau, qui dit que tout est raté... Je ne vais pas à la pêche au compliment !"
Sur les traces de Georges Simenon
Une référence inévitable est celle au roman Les Fiançailles de Monsieur Hire, mais aussi une première adaptation du livre au cinéma par Julien Duvivier, Panique. "J'adorais ce film : quand un producteur m'a appris que je pouvais acheter les droits du roman de Simenon pour en faire une nouvelle adpatation, j'ai sauté sur l'occasion !"
Mais toute adaptation de roman pose le problème de la fidélité au texte, et à l'image que chacun se fait du livre. "Chez Simenon, Monsieur Hire est un petit bonhomme, une sorte de culbuto bouleversé : moi, je n'imaginais pas ça du tout... Chacun fait à son idée : on adapte et on adopte."
Un film intrigant...
"Mais pourquoi cette scène avec la souris morte ?", "Et pourquoi le tatouage ?", "Que fait inscrire Monsieur Hire sur son dos ?"
"Ce sont des éléments faits pour intriguer, pour créer un mystère autour du personnage..." La souris morte qu'il jette d'un pont ? "Un enterrement solennel" Le tatouage ? "Ce sont des piques énigmatiques, captatrices : ça vous a intrigué ? c'est déjà ça !"
Le réalisateur n'est pas là pour apporter les réponses aux questions qui restent en suspens pendant son film... Malgré sa façon amicale et sympathique, Patrice Leconte est aussi là pour nous le rappeler.
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