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This is England de Sheane Meadows

Les Critiques du Jury du Pari de L'Avenir

 

1983. L'histoire d'un pré-adolescent comme les autres, qui fera des rencontres que d'autres ne font pas. Shaun a 11 ans, l'âge des tournants et des tourments, avec une cicatrice en plus: son père est mort pendant la guerre des Malouines. Et s'il y a bien un sujet que Shaun ne veut pas aborder, c'est son père. Pour sa mémoire il se bat, pour son honneur il se révolte. Ce père absent est un manque viscéral à l'âge où commence la vie d'un homme. Cet innommable paternel est symbolisé pendant la première partie du film par un espace vide dans le cadre autour de Shaun, par l'isolement dans les plans d'une mère peu présente, déprimée, débordée, dévastée... mais tendre.
La nature a horreur le vide, c'est un fait. Au son du funk et du reggae (à noter la sublime musique de Ludovico Einaudi), Shaun vivra son premier recueillement auprès d'une bande de skinheads somme toute plutôt sympathique. L'espace vide se rempli alors des visages de ses nouveaux protecteurs/initiateurs. Se succèdent des phases d'apprentissage du désir sous les lèvres noircies d'une jeune punk et des phases de rebellion dans les jeux de destruction du matériel public avec ses pairs. Les révoltes tranquilles cependant ne durent qu'un temps. Shaun voit en Combo (nouveau venu pas forcément bienvenu), tout juste sorti de prison, un père spirituel et initiateur (à plusieurs reprises Combo l'appelera "fils") qui le conduira dans les bas-fonds de sa haine. Avec lui il apprend à détester, à violenter. Deuxième et ultime recueillement. Ce faux-père ira trop loin un soir de défonce : un jeune métisse, pourtant des leurs, perdra la vie sous les coups déchaînés d'un Combo hors de lui. Shaun deviendra par là-même un homme, condamné à être libre. Libre parce qu'il est responsable de ses actes, condamné car il n'a pas choisi d'être vivant. Le film se clotûre ainsi sur cette idée de liberté responsable, avec un gros plan du visage de Shaun, devenu lui parmi les autres.
La pudeur du réalisateur réside dans sa délicatesse à traiter un sujet qu'il connaît bien (Shane Meadows était un jeune délinquant à 14 ans), toujours du côté de la fiction même si certains passages se rapprochent du documentaire. Aux images violentes de l'actualité britannique des années Thatcher ainsi qu'à celles des violences du groupe de skinheads s'ajoutent une bande son non diégétique qui privilégie le piano et les cordes, assurant un décalage efficace. Loin de mettre à distance le spectateur, la musique appuie les images et les sublime, tout en évitant un avilissement des corps. Les images télévisées ne sont pas des imagos, elles sont réelles. La violence est à leurs portes et tous sont responsables. Shane Meadows réalise ici une œuvre poignante, distillant un parfum subtil de haine et d'intolérance, d'amitié et de protection, sans jamais tomber dans le voyeurisme glauque des violences raciales.

Géraldine Pioud

 


 

 

  

 

 

 

 



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