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Shotgun Stories

Les Critiques du Jury du Pari de L'Avenir


Le premier long métrage du talentueux Jeff Nichols aborde les thèmes du conflit familial sous l'angle viril et émouvant de la fratrie : après l'abandon du père qui est allé recréer un foyer et s'est trouvé une nouvelle foi, les trois frères du premier mariage sont liés aussi étroitement par le sang que par un ressentiment féroce, alimenté par la mère.

Leur haine éclate au grand jour lors de l'enterrement du père. Le leader des trois frères abandonnés, Son (qui malgré son nom est le seul à avoir su enfanter) maudit son père sur sa tombe ouverte. Ce blasphème est le détonateur d'une tragédie dont les fondations avaient été enfouies pendant des dizaines d'année. Dans un paroxysme de violence, les demi-frères vont se battre à mort, sous les yeux de leurs fiancées effarées.

Puisant dans les paysages et les mythologies de son Arkansas natal, Jeff Nichols met en images une tragédie d'un genre nouveau. Certes, les personnages vont au bout de leur caractère, certes, il y a du Caïn, du Abel, du Etéocle et même du Polynice dans ce film : Son, le héros, a le dos laminé de tirs de balles, comme s'il avait été, tel Siegfried, plongé dans un sang qui rend l'invincible. Mais reste la feuille posée sur le dos, la peau lisse et le désir de bonheur, entre les traces de balles. Cette volonté de vivre réside peut-être à la hauteur du cœur ou qui sait ? dans les arcanes de la raison. C'est cette valeur affirmée de la vie qui permet échappée belle, et c'est par cette béance salutaire qu'entre avec fracas l'émotion. L'émotion dans le film, et l'émotion que procure le film. Par ce point aveugle dans l'inflexible, les rouages de la machine peuvent se mettre à grincer, et dès lors, l'hécatombe a une fin. La malédiction ne touchera pas la troisième génération, puisque la diplomatie des lâches bonifiés permet la survie de certains membres de la famille Hayes. Dans Shotgun Stories, Jeff Nichols a su réinterpréter certains éléments de la tragédie classiques : par exemple, il compare le personnage de « Shampoo » dont les dires relancent la violence, à un chœur grec. Mais en même temps, il a su adapter aux paysages du Sud des Etats-Unis et aux préoccupations de sa génération. Selon Jeff Nichols, Shampoo est aussi un personnage extérieur, presque comique. Sa présence loufoque détend les fils narratifs d'un huis-clos familial étouffant. Inspiré d'auteurs du Mississipi comme Larry Brown, et de cinéastes grandis au texas comme Terence Mallick, Jeff Nichols a pour ambition de donner un nouveau souffle au cinéma du Sud des Etats-Unis. Pari réussi avec Shotgun Stories dont les thèmes trop surannés pour ne pas être d'une brûlante actualité (la fratrie, la non-reconnaissance du père...) et dont la beauté non gratuite des paysages rappellent le génie des « grands » réalisateurs américain des années 1950, que ce soir Elia Kazan (A l'est d'Eden) ou Vincente Minelli (Celui par qui le scandale arrive).
 

Par Yaël Hirsch, juré du Prix de l'Avenir



 

 

  

 

 

 

 



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