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Ratatouille
Les Critiques du Jury du Pari de L'Avenir
La madeleine de Proust. Les derniers films Disney se placent autant dans la recherche expérimentale que dans la tradition de ses premiers longs métrages. C'est donc à la fois un retour aux sources qui s'enclenche et une avancée technique, autant au niveau du scénario que de la mise en scène.
On retrouve dans Ratatouille la rondeur, et donc la sympathie, des personnages animés d'antan, un temps oubliée à cause de dessin trop anguleux (Atlantide, etc.). Ici chaque détail morphologique est signifiant dans la mise en scène. Rémy, le rat sympathique et ambitieux, est tout en lignes courbes et gracieuses. Le critique culinaire diabolique personnage est, au contraire, dessiné de traits secs et anguleux. De manière générale, les humains semblent moins amicaux que les rats, même si Linguini, l'apprenti maladroit, et Colette sa dulcinée, sont plus arrondis que les autres, puisque au final amis avec Rémy. Sans jamais être parodique, comme trop souvent maintenant chez son concurrent vert de DreamWorks, Ratatouille joue très justement sur les références cinématographiques, puisant l'inspiration chez Disney autant que dans les grands mythes. Il y a, en effet, déjà eu des rats chez Disney, antipathiques ceux-ci, dans La Belle et le Clochard. Ils y sont représentés en ombre chinoise avec des yeux lumineux sans pupilles. Dans Ratatouille, les rats apparaissent à plusieurs reprises de la sorte, dans l'ombre, mais ils viennent rapidement jusqu'à la lumière et perdent tout leur aspect monstrueux. Les rats ne sont désormais plus des nuisibles. Ils passent dans le film à l'état de personnages à part entière, et même, de héros. Le critique culinaire, quant à lui, est un comte Dracula aux allures monastiques, très maigre, vêtu de noir, le visage très pâle, tenant toujours un livre serré entre ses mains, comme un livre de prières. Son bureau, « filmé » en plongée verticale, montre une pièce en forme de cercueil, capitonné de velours bordeaux. Toutes ces références ne sont pas gratuites et rajoutent du sens aux personnages et aux situations. On sait que la recherche expérimentale a toujours été importante chez Disney, de La Belle au bois dormant à Cars, en passant par Fantasia. L'aspect expérimental se retrouve ici notamment dans l'expression des sensations culinaires de Rémy, et plus tard de son frère, après un mélange d'ingrédients de son cru. L'arrière-plan s'estompe peu à peu en fondu au noir pour laisser la place au personnage isolé sur l'écran et à la matérialisation de sa réaction papillaire sous forme de feu d'artifice plus ou moins fort à l'arrière plan, selon l'intensité du « plat » goûté. On retrouve dans ces plans la forme primitive du dessin animé, sans arrière-plan de décor, mais aussi le cinéma expérimental dans l'abstraction de la représentation d'un sens particulier : le goût. Idée simple et géniale qui nous fait comprendre bien plus vite l'état d'esprit du personnage que toute autre expression du visage. On goûte avec les yeux ! C'est aussi un retour en enfance, que nous offre Brad Bird, où tout est possible. On nous propose de croire qu'un rat peut devenir grand cuisinier, et qu'il peut dicter comment faire au jeune apprenti Linguini en lui tirant sur les cheveux de différentes manières. Et pourquoi pas ! Tout est vu avec des yeux d'enfant (ou de rat, c'est à voir). Tout est plus merveilleux ou plus énorme et effrayant qu'en réalité. La reproduction de Paris est faite de telle manière que la ville, bien que très réaliste, est dessinée bien plus lumineuse et brillante qu'elle ne l'est déjà. Tout est légèrement exagéré. Jusqu'aux visages des humains dont les traits sont appuyés selon leurs personnalités, beaucoup plus que les rats, qui sont beaucoup plus réalistes et uniformes. Le scénario est d'une subtilité incroyable pour un film d'animation pour enfant. Si l'on compare avec les dessins animés de notre enfance, où les résolutions finales étaient vite « ellipsées », ici le scénario prend son temps, tout en gardant un rythme soutenu jusqu'à la fin. Ceci est très certainement dû à la durée du film (deux heures) qui a bien augmenté depuis Blanche-Neige. Les ellipses de Ratatouille ne sont pas des raccourcis pour finir plus vite le récit, mais des manières intelligentes de faire comprendre sans forcement « mâcher » l'information au spectateur. L'instant où le rat vole un testament au chef cuisinier pour l'apporter à Linguini montre très bien cela. Lorsque, après l'avoir poursuivi, le chef rentre dans son bureau, dépité, Linguini est déjà là avec le papier. Le film ne montre pas le rat lui apporter le papier, mais c'est inutile. L'ellipse fait participer le spectateur à l'action. Enfin, dans la résolution du climax, le génie de la narration trouve son apogée. Le critique culinaire, craint de tous, vient manger chez Linguini où le rat fait la cuisine. Jusqu'ici cynique et de marbre face à tout, le critique ouvre pour la première fois les yeux derrière ses lunettes et retombe, comme nous, en enfance, après avoir goûté la fameuse ratatouille. Un flash back nous montre le critique enfant avec sa mère lui préparant le même plat, et tout est dit. La madeleine n'est pas loin... Le scénario et la mise en scène usent donc de tous les effets pour rendre l'histoire ludique, haletante et jubilatoire. A la fois classique et moderne, Ratatouille garde les valeurs chères à Disney. « Everybody can cook », private jock des scénaristes à « everybody is a writer » de Syd Field ? L'espoir et la persévérance anime l'état d'esprit du film, et le nôtre, en sortant de la salle...
Par Elisabeth Renault-Geslin, juré du Prix de l'Avenir
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