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Naissance des Pieuvres
Les Critiques du Jury du Pari de L'Avenir
Premier film (court et long métrage confondus) de Céline Sciamma, sortie tout droit de la Fémis, Naissance des pieuvres est un film prenant. On se laisse d'abord émerveiller par la beauté gestuelle de la natation synchronisée. Puis petit à petit on se laisse submerger par le torrent d'émotions qui envahit l'écran.
Elles ont 15 ans. Elles sont trois. Passent leur temps libre à la piscine. Floriane et Anne font partie de l'équipe féminine de natation synchronisée, Marie est passionnée par ces ballets aquatiques. Elles observent le plafond, et découvrent leurs premiers émois... Ces adolescentes n'existent dans le film que par elle-même, pour elle-même. On ne sait rien de leur famille. Leur vie n'est décrite qu'à travers les relations qu'elles instaurent entre elles. Délicatement, au fur et à mesure des gros plans qui se multiplient, des corps qui se rapprochent, la montée du désir se fait ressentir. Le contact des peaux avec l'eau, avec un simple feutre, puis des peaux entre elles révèle la beauté des personnages, leur tendresse, mais aussi leurs tortures physiques et psychiques. Alors tout n'est plus qu'un bouillonnement des sens, tandis que l'image reste dépouillée, discrète. Ici on ne juge pas: on contemple.
Tout est bleu. Le bassin de natation, la ville, les maisons. Les personnages sont tels des poissons dans un aquarium. Ou telles des pieuvres, s'agitant gracieusement à la surface de l'eau, gesticulant grossièrement dans sa partie immergée. La musique électronique de la bande son, composée par Para One, accentue cette atmosphère à la fois légère et engourdie.
Loin des clichés traitant de la puberté, ce film étrange fascine par sa poésie lyrique mais aussi par le talent des comédiennes. L'absence de réel passé théâtral et cinématographique établie leur première qualité : un jeu simple, épuré, voire même ingénu.
Ce film est une plongée dans un univers hypnotique, une apnée d'une heure et demie. Sorti de ces eaux envoûtantes, on ne peut rester indifférent.
Par Amina Toukabri, juré du Prix de l'Avenir
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