|
|
Début de Pascal Rambert
Les Critiques du Jury du Pari de L'Avenir
Début est un court métrage réalisé par Pascal Rambert, visible dans le programme n°3 de la compétition du festival. Il s'agit du 3ème film d'une personnalité travaillant dans l'écriture, le théâtre et la danse. Mais il s'agit surtout du court métrage sûrement le plus ambigu, le plus troublant et aussi le plus provocateur de la sélection.
Cette oeuvre nous plonge dans les instants d'une classe de neige, et nous présente tout d'abord un groupe de pré-adolescents en train de se suivre, de partager, de communiquer... Dès les premières images, le ton est donné: ce n'est pas une trame narrative conventionnelle qui essaye de nous accrocher par l'histoire; il s'agit plutôt d'une description cherchant seulement à capter des sensations, des émotions, à cette période de vie où nous avons du mal à nous situer, où nous ne sommes ni enfant, ni adulte. L'action du film se focalise sur un couple qui s'égare du groupe, et s'arrête dans un endroit calme et désert dans les montagnes enneigées. Des plans très larges nous montrent le blanc infiniment étendu, empêchant le relief d'apparaître, et renvoyant symboliquement à la profonde pureté de l'innocence. Et il s'agit bien de partage et de sensation, quand nous découvrons que le réalisateur s'intéresse de manière encore plus proche à l'appréhension du premier acte sexuel et à son passage.
Je dois avouer qu'écrire une critique est quasiment une ironie en soi, car le film se ressent plus qu'il ne s'explique verbalement. Effectivement, les sensations profondes qui ressortent de cette intimité, deviennent pratiquement indescriptibles. Je pourrais évidemment évoquer le travail du son (Erwan Kerzanet) qui nous permet d'approcher au plus près des émotions, grâce à la présence forte des souffles et des bruits de baisers. Je pourrais aussi développer le choix de la longue durée de ces bruits et des gestes, qui dérangent même par leur effet réaliste et révélateur d'un acte capté comme s'il était violé par la caméra. Et c'est justement de cette sensation de réalité dans l'intimité de l'action qui est amplement réussi.
Certains peuvent être déroutés, se demandant l'intérêt du film et en y voyant simplement une forme de provocation. Mais là réside justement la prise de risque assez honorable du réalisateur, d'aller à l'encontre ce tous ces autres courts métrages qui veulent habilement séduire le spectateur par une action lisible et variée, et par des personnages attachants. Ici, les personnages du film sont les sensations seules, ce qui peut rebuter forcément les spectateurs essayant trop d'intellectualiser.
A mon sens, Début n'a pas besoin de justification en soi, puisqu'il est de l'ordre du ressenti pur, de l'émotion brute. Et c'est à la perte de l'innocence que les sensations sont les plus fortement ambigues, surtout avec ce qui nous anime par le corps et l'esprit à la fois: l'amour et le sexe.
Par François Barbier, juré du Prix de l'Avenir
|