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- le compte-rendu du colloque

Colloque :
"À quoi servent les festivals?"

Les Critiques du Jury du Pari de L'Avenir

 

C'est dans le Grand Auditorium de la Bibliothèque Nationale de France qu'a eu lieu mercredi 4 juillet un débat autour de la question : A quoi servent les festivals ? Il sera diffusé sur France Culture le jeudi 23 août de 20h30 à 22h dans la série "Les Grands Débats contemporains". Animée par Thomas Sotinel du journal Le Monde et Marc Voinchet de France Culture, la table ronde réunissait Gilles Jacob (président du Festival de Cannes), Giorgio Gosetti (directeur de la Fête du cinéma de Rome), Margaret Menegoz (Présidente d'Unifrance) et Vincent Maraval (directeur de la société de distribution Wild Bunch).

Au fil de la discussion ont été évoqués divers festivals, principalement ceux dits de catégorie A (la FIAPF, Fédération Internationale des Associations de Producteurs de Films, classant en trois catégories les festivals selon leur niveau) : celui de Cannes, la Mostra de Venise, la Biennale de Berlin, mais également le festival de Toronto (qui est non compétitif), de Sundance, de San Sebastian, de Locarno...

A quoi sert un festival ?
Les participants du débat sont tombés d'accord : un festival sert avant tout à mettre en avant des films. Avec la multiplication des festivals, il est de plus en plus répandu que certains d'entre eux se gargarisent de leur identité et "utilisent" la qualité des films, ainsi que la renommée des réalisateurs et des acteurs pour se faire mousser. Or, un festival se doit d'être au service du 7e art. Pour des raisons esthétiques d'abord : il s'agit de choisir quels films vont être mis à l'affiche de la sélection. Ce choix est d'autant plus délicat pour les grands festivals qui jouent le rôle de caisse de résonance dans les deux sens. Si un film est vu et apprécié par le public averti d'un festival international, sa renommée est assurée. Mais, à l'inverse, si l'audience de pro et cinéphiles déteste une œuvre, sa projection dans le cadre d'un prestigieux festival peut signifier son acte de mort commerciale. Les festivals de "catégorie A", comme Cannes, Venise, ou Berlin, permettent à deux dimensions de se croiser : à côté des projections offertes à l'œil critique des cinéphiles et des journalistes, il y a souvent un "marché". C'est par exemple, à Cannes que se signent 20% des contrats de distribution des films. Et dès la première édition de la Fête du cinéma de Rome, en octobre dernier, Giorgio Gosetti a mis en place une sorte de "marché" le long de la mythique via Veneto : distributeurs, producteurs et agents peuvent s'y rencontrer. Hier, si Gilles Jacob semblait estimer que la discussion tournait un peu trop autour de considérations d'ordre purement économique, pour Margaret Menegoz, la valeur économique d'un film est liée à sa valeur esthétique. C'est donc toujours simultanément qu'un festival aborde les deux aspects. Selon madame Menegoz, les films porteurs, ceux qui vont avoir du succès, sont nécessairement de bonne qualité. Mieux : ils sont originaux. C'est le rôle des festivals que de servir de vigies et de mener vers cette originalité. A l'heure où Internet, et les réseaux internationaux permettent de découvrir dans les 48 h après sa sortie l'existence d'un grand film indonésien ou thaïlandais, Vincent Maraval estime que les festivals ne jouent plus leur rôle de découvreurs de talents auprès des professionnels du cinéma. Mais si les festivals servent moins à faire découvrir des films à des distributeurs, ils permettent néanmoins de récompenser ceux qui font les œuvres, et leur donnent une bouffée d'énergie à la fin de cette course chaque fois renouvelée qu'est la création d'un film. Réunissant la presse internationale en un point névralgique, les festivals font la renommée de certains films, et en les mettant en valeur, ils permettent de créer le buzz auprès de leur futur public.

Qu'est-ce qu'un festival réussi ?
C'est tout d'abord et assez logiquement un festival qui dure. On pense évidemment à Cannes, Venise ou Berlin, mais aussi dans un autre esprit à Toronto. Les premiers sont des festivals avec compétition et donc remise de prix (où les professionnels constituent la majorité du public) alors qu'à Toronto les acheteurs et le public voient les films en même temps dans un cadre exclusivement hors-compétition.

Ensuite il est important, lorsqu'il y a une compétition, d'être en présence d'un bon jury. Entendre par là des personnes qui vont faire vibrer l'amour du cinéma au sein d'un forte cohésion de groupe, entraînant peut-être par là-même un vote à l'unanimité pour les élus suite au dialogue et au consensus.

Mais ne négligeons pas un point : un festival réussi, c'est aussi (et peut-être surtout...) un festival qui se met au service des films, et non l'inverse!

La réussite d'un festival est souvent aléatoire. Prenons Cannes et Toronto. Le premier est réservé aux professionnels tout en cultivant un côté glamour dû entre autre à la côte d'azur. C'est un festival de légende qui rassemble des légendes. La remise des prix est presque une accession au Graal ! Toronto de son côté est toujours aussi en vue alors qu'il n'y a pas de remise de prix. Mais c'est un festival proche des gens qui rassemble depuis une trentaine d'années des professionnels et des non-professionnels.

Gageons que le Fête du cinéma de Rome, dernier venu des rassemblements consacrés au 7ème art, saura se faire une place au soleil. Son originalité ? Le jury est composé de citoyens, au départ italiens, mais qui pour la prochaine édition seront originaires du monde entier. Une belle perspective pour la fin août...

Les grands festivals et les moins grands...
Très intéressés de découvrir les coulisses d'événements aussi prestigieux que le Festival de Cannes ou la Mostra de Venise, nous avons cependant été un peu déçus que les intervenants n'abordent jamais la question des festivals de taille plus modeste. Alors que ce débat était organisé par Paris Cinéma, qui s'adresse autant aux cinéphiles qu'aux professionnels, l'absence de considération sur le rôle de ce festival nous a frustrés. Aussi sommes-nous allés discuter en fin de séance avec Dominique Bax, la Présidente de l'association Carrefour des Festivals. Cette association facilite les échanges entre les festivals de petite et moyenne taille en France. Madame Bax, elle-même active dans l'organisation du festival "Théâtres au cinéma" de Bobigny, estime que le rôle des "petits" festivals est de tout premier ordre. D'abord parce qu'ils permettent de faire voir des milliers de films à des spectateurs qui n'auraient sinon pas eu l'occasion de les voir, ensuite parce qu'ils créent l'événement dans des petites villes de quelques milliers d'habitants, qui drainent le temps du festival plusieurs milliers de spectateurs. Environ la moitié de ces plus petits festivals sont compétitifs. Mais la compétition n'est pas une nécessité. Le Festival du film de la Rochelle qui a lieu en ce moment n'est pas compétitif et en est à sa 35e édition, avec un succès de fréquentation jamais démenti. Puis, certains festivals comme Clermont-Ferrand, Alès, ou Brest, ne se contentent pas d'une semaine de projection. Tout au long de l'année, ils continuent leur action de transmission de films, notamment auprès des collégiens et des lycéens. Enfin, ces centaines de festivals jouent un rôle économique de premier plan, puisque, comme le rappelle Dominique Bax, contrairement aux festivals de plus grandes dimensions, ils louent les copies des films qu'ils projettent. Madame Bax nous a confié qu'une table ronde spécialisée sur le rôle des « petits festivals » de cinéma avait eu lieu l'an dernier, et qu'on pouvait en trouver un compte rendu de 4 pages dans le numéro de juin 2006 des Cahiers du Cinéma. Nous ne manquerons pas d'aller y jeter un coup d'œil.

Par Marion Pasquier, Géraldine Pioud et Yael Yirsch (jury du Pari de l'Avenir)



 

 

  

 

 

 

 



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