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Liban/guerre de Rania Stephan

Les Critiques du Jury du Pari de L'Avenir

 
L'art et le cinéma sont universels : la réalisatrice nous le prouve.
Caméra numérique au poing, elle descend dans les rues de Beyrouth, prendre la température, rencontrer des hommes et des femmes pour qu'une vision réaliste de la situation soit montrée à un large public. L'image n'est pas esthétique mais pourtant elle partage une approche inédite du sujet comme aucune autre caméra ne l'aurait pu, sans jamais prendre parti elle expose et nous informe avec une authenticité si puissante que l'on se retrouve projeté en plein coeur de Beyrouth : nous spectateurs, souvent mal avisés, sommes happés par la puissance des images et du son, à tel point que nous entendons le bruit des mouches passer.

Premier jour, première image : un centre ville désert, un homme ramasse quelque déchet dans la rue.
L'homme est heureux car il a enfin la possibilité de travailler dans ce Beyrouth déserté, mais l'homme est triste car il est loin de sa famille et qu'il ne peut même plus les rejoindre puisque les routes sont détruites.
Un autre jour elle suit un camion de l'assistance civile qui tente de sortir des décombres d'un immeuble des survivants, les dégâts sont monstrueux et le choc est immense lorsque nous voyons de si près les pierres qui engloutissent ces familles, quelques jouets d'enfants traînent au sol, les visages des hommes sont imprégnés de rages, lors de l'interview du responsable de l'assistance civile sa désolation est masqué par le bonheur d'être en vie, son sourire est forcé, peut être parce qu'il n'a pas dormi depuis 24 heures, les cadavres des nuits passées subsistant dans sa mémoire.

Il y a ces femmes et ces enfants qui ont fuit leur habitation, la joie de vivre est le dernier recours à la survie car les sourires sont présents sur les visages mais les regards dégagent une tristesse considérable, Rania Stephan film les émotions de ces personnages avec tendresse et réalité, elle chante la gloire de leur peuple alors qu'il ne leur reste plus rien. Abdallah, Tarek, Rawa, Zahra... ces enfants qui jouent avec un ballon crevé dans une cour aux allures de fort de protection.
Des "mômes" qui parlent des guerres avant de parler de paix, qui parle de perfusion, d'empoisonnement et de mort à l'âge ou un enfant apprend à s'amuser avec les autres, à les aimer.

Puis cette femme devant la tombe de son neveu, une tombe ou une seule photo est posée, une simple bougie l'éclaire. La caméra nous montre ensuite qu'il n'y a pas qu'une tombe mais des centaines qui lorgnent le sol.
Tous les récits sans exception ont une aspiration et une efficacité particulière. Ici il n'y pas de trucage, d'illusion ou d'évocation singulière, Rania Stephan nous présente dans la plus grande humilité la vie à Beyrouth, les hommes, les femmes et ses enfants.
Un constat absolu mais nécessaire d'une situation qui mérité d'avoir sa place dans nos mémoires. Souhaitons maintenant que chaque conflit ait sa Rania Stephan, apportant une vision réelle et nécessaire de la réalité.

Nicolas Miram

 

 

  

 

 

 

 



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