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La Main sur la gueule |
La Main sur la Gueule, d'Arthur Harari
Les Critiques du Jury du Pari de L'Avenir
Ce Film a obtenu le Pari du Public Paris Cinéma dans la catégorie court métrage.
Belle (en)volée...
Une main sur la gueule, c' est un geste souvent maladroit et insultant... qui répond à une pulsion animale et désespérée qui se moque du discours, une rhétorique qui arrive à son terme. Comme un témoignage amer et humiliant qui traduit en acte la violence des intentions et du non-dit. Instinctive, la relation du père au fils se joue essentiellement dans la violence de ce rapport au Monde et à l'autre. Cette approche radicale nourrit autant de joies que de désillusions. Quand Bruno arrive, accompagné, rendre visite à un père enterré dans une campagne austère où ne survit que l' ennui, ce retour est vécu comme un passage obligé du refoulé, pour cicatriser définitivement les plaies du passé laissées ouvertes et béantes, refermer cette douleur sourde contenue dans une vieille trahison, pourtant nécessaire. En effet le fils s'est libéré de ces paysages monotones de l' enfance pour découvrir les plaisirs de la capitale, s' y installer, échouer, y trouver l'amour... laissant là son père et ses regrets. Mais il faut bien exister. Pour cette visite occasionnelle, il convie Liliane, petite amie malicieuse qu'il trimballe comme un trophée ayant survécu parmi les défaites et les rêves oubliés. Une femme lumineuse qui vient tromper le charme brut de la maison familiale. Elle s'ajoute à ce présent comme un souvenir heureux, hissé entre ces murs nostalgiques. Ce petit comité va s'unir, se réunir et s'affronter dans un présent tourmenté qui vacille entre le ressentiment et la culpabilité. Mais c'est toujours avec subtilité et délicatesse, même dans l'insistance d'un langage familier, que le réalisateur parvient à décrire la complexité des sentiments, l'incohérence des passions et la dureté sauvage de l'émotion. Comme si inconsciemment tout était là filmé pour fuir la simplicité de l' évidence, cet attendu grossier et prévisible. A travers une série de maladresses teintées de provocation et de dérision, on observe très curieux ces retrouvailles à la fois tendres et agitées. On s'interroge aussi souvent sur la sincérité du fils, qui peine à trouver les mots justes pour convaincre le père, de l'aider, d' approuver son choix de paternité... mais ce dernier ne se laisse pas apprivoiser sans résistance, même s' il décide de ne pas rester sourd à ces requêtes intéressées. Dans une belle confusion, entre le doute et l' espoir, la famille va s' éprouver un temps avant de se (re)trouver. Car il y a plus de raisons de s' aimer que de se détester. Et si certaines peines sont inconsolables le temps n'a pas tout détruit. Car la liberté et le devoir du fils c'est aussi de se réaliser, dans la maternité précoce d'une femme, sur un chantier, loin de cet oubli annoncé, du père, d'un quotidien passif et immobile qui se répète pour pas grand chose et aurait avalé ses ambitions. Amputant au passage l' idée d' un bonheur voulu ailleurs, hors de cette tragédie et de ces remparts naturels. Comprendre cela, c'est pour un père accepter un refus déguisé, se priver de son reflet, agoniser silencieusement sans lui, se condamner à la solitude, au manque répété, à l'absence inacceptable et prolongée de ce qu' on a produit et dont on est toujours l'auteur imparfait. Le film fixe cette amibiguité, la mélancolie pénétrante de l'instant et les promesses en germe de l'avenir. Si bien que ce fils égaré est comme un destin libéré des apparences, et sous les traits d' une assurance trompeuse on devine la fragilité de celui qui à défaut d'être ce qu' il devrait être se construit au moins tel qu'il veut être, et ne pas être. Un impuissant qui s'épanouit sans complaisance dans ses erreurs et façonne son parcours plus que son image. N' hésitant pas, quand la vérité ne se laisse plus berner et s'actualise dans une gifle accusatrice, à se perdre tel un enfant fautif dans des larmes confuses et expiatoires. Donner sans se faire voler, c'est un principe pour ce père imprévisible, un reproche tacite à l'origine des conflits inavoués aussi. Les frontière entre vrai et factice étant peu lisibles, même dans les yeux de son fils, ce travail critique est rendu difficile, bancal et incertain. Et c'est dans cette difficulté indépassable que se trouve l' intérêt du film. Un court peut proposer de vrais instants de cinéma, on se surprend ici à sublimer plusieurs scènes rares et intenses, tant dans la poésie inattendue que proposent les images que la qualité irréprochable des prestations d'acteurs; on pense notamment à la séquence généreuse où à travers un jeu de main enfantin le père et le fils trouvent l'occasion d'un pardon et d'une réconciliation, notons aussi ce moment enchanteur captant le jeu de guitare frénétique de Bruno qui dans l' envolée de quelques accords bâclés annonce à son père, sous les regards hallucinés, la venue d'un bébé. Comme si l'intimité rassurante du moment pouvait tout accepter, légitimer et que la nuit amicale pouvait faire oublier les incompréhensions. Mais c' est précisément dans cet entre-temps fragile, cette instabilité vertigineuse entre crédulité et sincérité, composition et innocence, que s' imposent la puissance des images et l'authenticité des personnages. Qui hésitent entre amour et instinct, et se trouvent peut être dans cette entente mutuelle, qui a plus confiance dans les passions que la raison. Sur un thème fédérateur, le film parvient à contourner l'évidence, nos attentes complaisantes, et préfère une route sinueuse, qui emprunte des voies incertaines où peut se risquer le talent de l'auteur et auxquels peu ont accès. C' est dans ces irrégularités, ce choix inconfortable, qu'Arthur Harari le réalisateur, y voit la possibilité et la singularité d'une trajectoire... qui trouve plus de vérité dans le geste que l'insistance bavarde du langage.
Nicolas DUTENT
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