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Juste avant de Anja Salomonowitz
Les Critiques du Jury du Pari de L'Avenir
Entre fiction et documentaire l'image n'a qu'un seul message, transmettre. La réalisatrice livre un modèle de créativité, raconter est son maître mot, s'informer est notre devoir. Cinq récits sombres d'enlèvements, de séquestrations, de prostitutions forcées, racontés par des personnages aussi divers que significatifs.
Un douanier, une VRP, un directeur de bar, un chauffeur de taxi et une diplomate. 5 personnages pour 5 histoires développées comme une berceuse narrée à des enfants. Mélancolique, lent, fixe, la réalisatrice Anja Salamonowitz dégage un style novateur, très épuré et pourtant porteur d'émotions. Les conteurs sont les voix des personnages martyrisés dans la réalité, mais l'attitude, le trouble et les peines restent propres à chacun d'eux. Quel Pari ! faire vivre des émotions d'un personnage à travers le corps d'un autre, l'exercice est périlleux et dangereux mais Anja Salamonowitz le réussit.
Les décors sont atteints par cet maladie qu'est la tristesse. Les tons des conteurs sont touchés par le vécu des victimes. L'aspect funèbre est omniprésent comme pour dénoncer une condition de vie déplorable, que ce soit dans les mémoires ou dans les rues. "On ne peut pas faire semblant d'être heureux quand on ne l'est pas, comme Anja Salamonowitz ne peut insuffler la vie à des personnages qui ne le sont pas" car ils sont mort ces personnages, meurtris dans l'âme - et leurs expériences l'attestent. Une des grandes forces du film est dans sa créativité, le spectateur s'insurge et se martyrise de question. Quel est le vrai rôle des conteurs ? pourquoi ne voit on pas les victimes qui sont le réel intérêt de ce film ? Anja Salamonowitz a certainement appréhendé son sujet comme elle aborderait un animal blessé, avec délicatesse. Son seul but est de protéger ces filles détruites, derrière ces conteurs qui se font protecteurs et portes parole de leur histoire, ces hommes et ces femmes robustes qui sont les citoyens de tous les jours. Comme un conte dénué de joie mais furieusement animé par l'envie de la réalisatrice, Anja Salamonowitz nous balance son œuvre comme un constat qu'on ne peut plus ignorer.
Nicolas Miram, juré du Pari de l'Avenir
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