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Shara de Naomi Kawase

Les Critiques du Jury du Pari de L'Avenir


 

Les toutes premières images du film l'annonçaient pourtant clairement... Le cinéma de Naomi Kawase n'est pas celui de la narration. Rejetant le descriptif au profit de la mise en place d'une subtile mécanique de l'évocation, la réalisatrice se focalise sur la cellule familiale en adoptant une démarche de captation de l'instant. Les bouleversements engendrés par la disparition d'un être ne sont dès lors jamais mieux suggérés que par ce qui compose l'espace même dans lequel évoluent ces individus confrontés aux blessures du passé. Espace dans lequel la caméra, prolongement de l'œil de la réalisatrice, se déplace avec une subtile vivacité visant à capturer l'instantané sans artificialité aucune.

Cinéma de la contemplation ? Certainement pas. Au contraire, l'œuvre de la cinéaste est affirmation de l'environnement en tant que corps cinématographique et ne saurait en aucun cas réduire le paysage à l'état de simple décor. Positionné comme lieu de connaissance du monde, le paysage se fait renforcement d'une réalité et induit dès lors un rapport fort entre les hommes et leur environnement.

Cinéma de la sensibilité ? Cela est plus probable. Si, comme Jonas Mekas, Naomi Kawase pose son regard sur des instants du monde et inscrit son œuvre dans un cinéma du personnel, les vibrations perçues à l'image ne sont pas tant celles de la caméra que de son regard. Quand la réalisatrice filme les espaces vides, c'est pour faire vivre ces objets hantés par les souvenirs du passé. L'environnement acquiert, comme chez Jean-Daniel Pollet, une dimension humaine. Le paysage vit sans l'homme et s'affirme dès lors comme présence sensible témoignant d'un morceau de l'histoire du monde.


Aurélien Dirler, juré du Pari de l'Avenir

 


 

 

  

 

 

 

 



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