Juste avant de Anja Salomonowitz
Les Critiques du Jury du Pari de L'Avenir
Le troisième film en compétition est Juste avant de Anja Salomonowitz. Ce premier long métrage aborde le trafic des femmes de façon surprenante et bouleversante.
Aux toutes premières minutes, le film dérange et déstabilise par son aspect peu conventionnel. On suit un douanier à son travail nous récitant le parcours d'une femme, victime d'un trafic sexuel. Le réalisateur adoptera cette technique tout le long du film, méthode parfois un peu redondante et lassante.
Mais ce premier long-métrage se révèle passionnant et brillant, interrogeant sur les différents genres artistiques et sur un sujet encore tabou. Sommes-nous dans un documentaire, dans un film de fiction ou dans du théâtre filmé ? Face à des plans esthétiques travaillés et à des personnages récitant le témoignage d'une victime, on est en droit de se poser la question. C'est évidemment ce travail formel qui enrichit Juste Avant. Mais Anja Salomonowitz ne se restreint pas à une simple démonstration visuelle. Il intervient sur le fond en s'interrogeant sur un problème d'actualité : le trafic des femmes. Abordé ici de façon banale par la récitation, il devient terrifiant justement par le côté ordinaire et par l'atmosphère de psychose dégagée. Le panel de personnages, tous impavides et monocordes s'imposent à nous par la force de leur présence dans l'image. C'est donc un choix judicieux que de faire vivre ce sujet par l'intermédiaire de personnages de la vie quotidienne (douanier, chauffeur de taxi, gestionnaire d'une salle...) captés dans leur travail ou leur intimité. Cela amplifie évidemment l'aspect inquiétant et terrifiant.
Le plus surprenant et audacieux est la structure du film. Le film est loin d'être plat et monotone. Juste Avant possède une argumentation et une construction précises harmonisant le fond et la forme. Après la succession des scènes situées "à la frontière", "dans un taxi", "au consulat" et "au bordel", le chauffeur de taxi nous reconduit à la frontière, le point de départ du film. L'image est toute trouvée : la calvaire que vivent ces femmes est sans fin, comme dans un cercle infernal. Dans un univers de psychose maîtrisé du fait de la caméra discrète et de l'ambiance sonore, les personnages se font le porte parole d'une victime. Les femmes qu'on ne voit pas mais qu'on devine, envahissent notre esprit peu à peu comme des fantômes qu'on finit par ne plus oublier. On est désormais à l'affût du moindre détail qui permette de les imaginer, de mettre un visage et des gestes sur ces mots. Juste Avant a l'avantage de proposer des films dans le film, aussi différents et nombreux que les spectateurs dans la salle.
La force du film est indéniablement l'absence de tout commentaire dogmatique sur le sujet. On n'est ni dans un docu-fiction, ni dans un pur film mais bien dans un concept à part. Film brillant sur la forme et bouleversant sur le fond, Juste Avant trouvera un public avide d'émotions fortes et de sujets poignants.
Clémence Imbert, juré du Pari de l'Avenir
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