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Potosi, le temps du voyage
Les Critiques du Jury du Pari de L'Avenir
Potosi, le temps du voyage, le deuxième film de Ron Havilio fouille différentes pistes éclectiques et risquées : quête spirituelle, réunion familiale, retour sur les souvenirs d'un premier voyage, immersion dans une culture étrangère et amertume du passé historique. On embarque avec eux dans une rencontre humaniste, touchante et historique.
Ron et Jacqueline Havillo ont effectué un voyage en Amérique Latine en 1970. Partis pour découvrir la civilisation inca, ils se concentreront sur la ville de Potosi à 4100 m d'altitude, en Bolivie. Couple atypique (lui fils d'un agent du Mossad et elle, enfant de rescapés des camps de concentration), l'exploitation des Indiens dans les mines de cette ville les rapprocherons des souffrances infligées aux juifs. Trente ans plus tard, ils décident de convier leur trois filles ( Naomi, Noa et Yael) à retourner sur les trace de ce périple.
Ce retour fut filmé en famille. Le père tient la caméra tandis que les filles s'occupent des photos et du son. Ce documentaire est difficile à définir. Dès le début, on a plutôt l'impression d'un récit du fait de la voix-off du père qui décrit minutieusement les détails ce qu'il fait. Parfois, on se sent mal à l'aise, gêné devant les membres de la famille dévoilant leur intimité et leurs pensées. Il y toujours une méfiance dans la communication, un sentiment à fleur de peau. Mais c'est sans doute ici la puissance de ce documentaire : retranscrire la réalité la plus brute. La facilité par laquelle Jacqueline Havilio parle avec les boliviens est surprenante. Délicate, rassurante et sensible, elle recueille les confessions et nous devenons les témoins des difficiles conditions de vie (travail des enfants dans les mines, morts inévitables, épuisements...). Progressivement, le métrage devient reportage d'actualités, documentaire historique, carnet de voyage, roman-photo et témoignage. Cette floraison de genres rend le film dynamique et minimise l'aspect fastidieux d'un documentaire. L'apport historique clair et concis se mêle aux souvenirs de la famille et aux photos de leur premier voyage.
Le plus intéressant et interrogateur se trouve bien au-delà de ce simple périple. Cette famille israélienne retrouve dans les souffrances de leur peuple celle du peuple bolivien. Ron Havilio s'interroge sur les souvenirs. Faut-il les fuir comme l'ordonne une amie de la grand-père au début du film ou au contraire les affronter comme le décide de faire le couple ? Faut-il les maintenir tels qu'ils sont pour qu'ils restent des moments de bonheur dans notre mémoire? Il semble que la meilleure réponse à cela soit la caméra et les photos. En effet, ces deux éléments associés permettent de garder une trace d'un moment. C'est d'ailleurs, les portraits en noir et blanc qui les mèneront sur les traces du premier voyage. La réalisation est une preuve de cette association, le film prenant la suite des photos. La vie des années 70 qui se superposent à celles d'aujourd'hui.
Ce beau documentaire est précieux car personnel et humain. On écoute minutieusement les paroles de chacun des membres de la famille Havilio. Leur témoignage plein de générosité et de réflexions sur les atrocités que l'homme peut infliger à son égal sont nécessaires et trouvent une résonance dans chaque conscience. Ron Havilio signe avec Potosi, le temps du voyage une œuvre atypique, singulière, touchante et humaniste.
Clémence Imbert
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