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Cowboys Angels

Les Critiques du Jury du Pari de L'Avenir

Comme auteur, la réalisatrice franco-américaine Kim Massee a déjà travaillé avec Luc Besson et Wim Wenders. Après plusieurs courts, dans son premier long métrage, elle met en scène la rencontre d'un petit garçon abandonné par sa mère et d'un malfrat au poitrail dur mais au coeur tendre. Alors que c'est dans son expérience de mère que Kim Masse dit avoir puisé l'inspiration du scénario de Cowboy angel, elle ouvre son film sur une scène d'éthylisme quotidien de la mère indigne, dans un bar rance de la porte de La Chapelle.

La figure maternelle disparaît dès le début du film pour laisser place à un tête à tête concentré et efficace entre Pablo, le petit garçon de onze ans (interprété avec énergie par Diego Mestanza) et Louis (excellent Thierry Levaret), l'homme solitaire un peu perdu et toujours en quête d'argent. Leur rencontre a lieu dans le fameux bar où Pablo aime jouer aux jeux vidéos. Futé et assez largement mythomane, le petit propose à son nouvel ami un contrat : cinq cents euros pour l'emmener en Espagne retrouver son père. Désoeuvré, et touché par la solitude fière de Diego, Louis accepte. S'ensuit un road-movie à la recherche de cette chimère : le père de Diego. La route défile, l'enfant babille de moins en moins pour écouter les conseils de son ami, qui presque malgré lui, et à l'encontre de tous ses réflexes de vieux garçons solitaires, se prend à jouer le rôle du père. Il est parfois brutal et maladroit, comme lorsqu'il laisse Diego au bord de la route pour lui apprendre à ne pas conduire la voiture sans permis, où qu'il le tance violemment pour ses larcins dans les stations services. Mais dans l'ensemble, son sens des responsabilités croît à mesure que les deux protagonistes s'apprivoisent, de moment de désoeuvrement en crise de fou rire, et d'hôtels sordides en steaks frites mirifiques. Permettant à la superbe Noëlie Giraud de faire une courte apparition pour incarner, le temps d'un week-end, l'illusion la mère et la maîtresse idéale, Kim Masse sait faire disparaître la muse à temps pour ne pas distendre le noeud de son road-movie : les liens électifs et essentiels qui se sont créés entre Louis et Diego. Elle nous livre ainsi une très belle réflexion sur les rapports virils d'amitié qu'un pré-adolescent peut ou doit entretenir avec son père, que celui-ci soit du même sang ou adopté. Tout au long du film, la caméra se fait virevoltante, à l'affût de la moindre émotion qui peut se dégager à chaque instant. Dans le cadre, on ne voit plus que les personnages de Kim Massee. Les rares paysages sur lesquels on s'attarde ne sont jamais anodins. Ils renforcent l'apparent décalage entre ces deux laissés pour compte et les autres, totalement inscrits dans la vie quotidienne. N'ont d'importance que les êtres singuliers qui avec l'amour qu'ils apportent à Diego et Louis, permettent à ceux-ci de s'aimer eux-mêmes, et par découlement, d'aimer les autres. Ils portent le film sur leurs épaules, et leur justesse de ton le rend d'autant plus touchant. La réalisatrice précise d'ailleurs lors d'une rencontre qu'elle a tenu à ce que le film soit tourné dans sa chronologie. Du début à la fin, le spectateur est transporté dans les déplacements de cette amitié qui naît petit à petit. Le montage coupant ne permet pas de reprendre sa respiration, la machine infernale ira jusqu'au bout. Accompagnés par l'envoûtante musique originale de Laurent Petitgand (déjà compositeur pour Wim Wenders et Angelin Prejlokaj), ce parcours initiatique ne peut laisser indifférent.

 

Amina Toukabri & Yaël Hirsch

 

 


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