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Pêche sportive d'Adrian Sitaru
Les Critiques du Jury du Pari de L'Avenir
Ce premier long métrage du réalisateur roumain Adrian Sitaru prend un parti prix radical et nous fait penser à un avenir prometteur.
La caméra est ici subjective. Chaque plan est le regard d'un personnage. On obtient ainsi des champs/contre-champs face caméra. Le spectateur est dès lors tout de suite impliqué dans la situation. Il est témoin, mais aussi acteur de l'action. Quand le couple emmène la jeune fille accidentée, qu'ils croient morte, au fond des bois, c'est nous aussi qui l'emmenons. Adrian Sitaru refuse le regard extérieur pour mieux nous faire prendre du recul. Ce procédé de « caméra œil » peut, en effet, au premier abord, paraître stérile et redondant. Mais une ambiance dérangeante s'installe finalement au cours du film. Et ce, justement due à la caméra subjective. Dans quel genre l'utilisation de la caméra subjective prend-elle un caractère inquiétant ?... Dans le film d'horreur ! Et c'est exactement ce qu'il se passe ici. Les problèmes de couple des deux personnages partant à une journée de pique-nique sont filmés comme un meurtre sur le point de se passer. Plusieurs éléments de la narration viennent confirmer cette impression : la situation dans laquelle se retrouve le couple, un supposé cadavre sur les bras, le traînant au fond des bois ; la noyade de la jeune femme sous les yeux impassibles de l'homme (nos yeux). On pense alors à Délivrance, à Blair Witch... Mais le génie du réalisateur est d'utiliser ce procédé dans un tout autre contexte, mettant en contre point sa mise en scène et son scénario pour étayer son propos. Pêche sportive n'est pas un film d'horreur ! Cette originalité, comparée au manque de moyens que connaît le film pour se finaliser (il n'a pas encore de distributeur), nous amène à suivre de plus près ce réalisateur dans ses prochains projets.
Elisabeth Renault-Geslin, jury du Prix de l'Avenir
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