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Le Ciel de Paris
de Michel Béna

Les Critiques du Jury du Pari de L'Avenir

 

 

Le Ciel de Paris est l'unique film de Michel Béna, décédé peu après le tournage. Suzanne et Marc vivent ensemble. Marc est homosexuel et tombe amoureux de Lucien, rencontré à la piscine. Mais Lucien aime Suzanne, qui ne cède pas à ses avances. Présentée ainsi, la trame peut susciter une certaine méfiance tant le "ménage à trois" a été souvent traité et peut donner lieu à des lourdeurs. Le film échappe cependant aux clichés, notamment parce que c'est moins la discordance des désirs de chacun des personnages qui prévaut que l'incertitude sur ce qu'il en est. S'il est omniprésent, ce désir semble moins vectorisé qu'à la recherche d'un corps sur lequel se poser. Cette errance est doublée par celle des corps, qui transitent d'une rue de Paris à une autre, de Paris à la banlieue, de la piscine à l'appartement..., en quête de quelque chose qui demeure vague. Pour compenser cette précarité les personnages semblent se protéger, en s'enfermant dans leur appartement ou en se rendant de nombreuses fois à la piscine, lieu d'ancrage connu et rassurant. Seuls, à deux ou à trois, jamais ils ne se perdent dans la foule mais tentent de se trouver une place à l'intérieur d'un cercle clos.
La gravité de cette quête d'un lieu où habiter, d'un corps avec lequel fusionner et l'étouffement dû aux enfermements de diverses natures, sont aussi troués d'une certaine légèreté. Elle est d'abord due à la relative déconnection des scènes : Béna nous raconte moins une histoire à épisodes qui s'enchaînent qu'il ne nous montre ses trois personnages vivre des instants de la vie quotidienne, souvent dans la tristesse, mais parfois aussi dans la joie de partager un même présent. C'est aussi le jeu de Sandrine Bonnaire qui aère le film lorsque, le temps d'une réplique ou d'un sourire, sa mélancolie cède la place à une attention confiante dans le hic et nunc.

Marion Pasquier


 

 

  

 

 

 

 



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