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Robin Wright-Penn
Les Critiques du Jury du Pari de L'Avenir
Alcoolique perdue, mère de famille malheureuse, femme névrosée... Robin Wright Penn présente, en quelques films, toute l'étendue de son jeu, à la fois mesuré et instinctif. On peut d'ailleurs regretter que l'hommage qui lui est fait à Paris Cinéma ne projette que deux de ses films... Mais quels films !
Deux films à dix ans d'intervalle. Sorry, Haters, sorti en 2006 aux Etats-Unis, y fut très mal accueilli et détruit par la critique. Il reste à ce jour inédit en France, n'ayant pas trouvé de distributeur. C'est donc un privilège de pouvoir le découvrir durant ce festival. Personnage isolé, avec comme seule compagnie celle de son chien, Robin Wright n'a pu trouver un sens à sa vie que le jour du 11 septembre, où, pour la première fois, sa meilleure amie l'a appelée pour être rassurée. Elle serait donc prête à tout pour revivre la sensation d'être utile, aimée, mais son obstination va prendre un tournant psychotique. Sorry, Haters nous montre de manière peu ordinaire les stigmates du 11 septembre. Le choix de la caméra DV et de la lumière naturelle marquent autant un manque de moyens qu'une esthétique pertinente. Les images sont sales, sombres, surtout de nuit où les formes sont parfois à peine discernables. Mais elles rendent compte d'une certaine âpreté du monde, une beauté et une innocence perdue. Les couleurs sont presque complètement absentes, le monde est devenu gris, à l'image du dessin de Robin Wright Penn, collage de visages défigurés par une pluie de peinture grise, représentation de l'aspect apocalyptique du 11 septembre. Les couleurs vives ne persistent que dans l'habillement de la meilleure amie/ennemie de Robin Wright, à la fois enviée et détestée car image de la réussite malgré les épreuves. Sorry, Haters est un film désespéré, noir, un appel au secours. La crise identitaire, dont Robin Wright est l'objet, se serait-elle exprimée de manière aussi violente sans le 11 septembre ? (La capacité incroyable des Etats-Unis à extérioriser leurs peurs dans leur cinéma n'est plus à démontrer.) Le retournement de situation au milieu du film, où l'on découvre petit à petit les vraies intentions du personnage, est un choc émotionnel important pour le spectateur. En effet, Robin Wright passe d'un personnage serviable, et même un peu trop zélé, à un personnage destructeur et autodestructeur (elle se scarifie). Mais toujours avec subtilité, Robin Wright Penn nous fait comprendre la personnalité complexe de son personnage. She's so Lovely de Nick Cassavetes, réalisé en 1997, représente un autre aspect de la crise identitaire, celui de l'amour destructeur. Mais là où Sorry, Haters masquait un temps la folie de son personnage, le scénario de John Cassavetes pour son fils montre clairement la folie dans laquelle les deux personnages (Robin Wright et Sean Penn) plongent ensemble. La jeune femme assume un amour déraisonnable mais plus fort que tout. Ainsi Robin Wright Penn, par ses choix radicaux, interprète-t-elle un certain mal-être de l'Amérique. De Forrest Gump à Sorry, Haters, en passant par She's so lovely ou Incassable, elle déploie une palette de jeu nuançant chacun de ses personnages pour que fonctionne l'empathie avec le spectateur. Ses personnages ne sont pas infaillibles, ils font des erreurs, mais ils ne sont qu'humains après tout...
Elisabeth Renault-Geslin
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