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Book, casting, agent : acteur, mode d'emploi

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Paris CinéCampus vendredi 13 juillet


Le journaliste Jean-Pierre Lavoignat anime ce Campus, en présence de comédiens : Catherine Jacob, Jeanne Bischoff et Christine Honrado, toutes deux Talents Cannes Adami 2007, et de professionnels : les agents David Vatinet et Cécile Felsenberg (VMA) et la directrice de casting Françoise Menidrey. Ces différents intervenants représentent des métiers qui sont évidemment liés et l'objectif de cette rencontre est de donner des conseils pratiques et pragmatiques sur le métier d'acteur.

Jean-Pierre Lavoignat : Tout d'abord, avez-vous d'emblée une réponse à la question "que faut-il faire pour réussir sa carrière d'acteur ?".

 

Catherine Jacob : Il faut tomber amoureux de ce métier. Il faut passer sa vie au théâtre, voir des films...Et aller voir Françoise Menidrey ! (rires)

Christine Honrado : Pour une débutante, c'est difficile d'accéder aux directeurs de casting comme Françoise. On n'est pas connu, on n'a pas encore fait nos preuves...

C.J. : De toute façon, c'est difficile tout le temps. On sait que ce n'est pas un métier facile. Parfois, on fait un film, qui a du succès et qui vous ouvre une autoroute pendant quelques mois, quelques années, mais on peut vite être oublié. Et succès ou pas, il y a toujours des gens qui ne sont pas contents de ce qu'on fait. Ce n'est jamais gagné.

J.-P. L. : Comment peut-on percer quand on n'a pas accès aux agents ?

Françoise Menidrey : Il faut démarcher. Personnellement, je conseille de faire un dvd, de 10 minutes maximum, avec deux monologues. Ça me suffit pour me faire une idée et ce n'est vraiment pas compliqué à faire. Le plus difficile dans mon métier, c'est la sollicitation. Paris est la ville au monde où il y a le plus de théâtres, et je ne passe pas ma vie à recevoir les acteurs.

Cécile Felsenberg : On sait que c'est difficile. Sans agent, un acteur peut difficilement percer, et seul, c'est très difficile de décrocher des rôles intéressants. C'est le serpent qui se mord la queue.

F. M. : Je me souviens que Gérard Jugnot, pour Meilleur espoir féminin, ne faisait pas passer d'essai. Il demandait un dvd avec deux monologues et vraiment, je trouve cette technique très bien. Ce n'est pas la peine d'appeler pour nous rencontrer, ce n'est pas possible ! Je crois également que ce n'est pas la peine d'envoyer un CV avec une photo, il faut qu'on vous voit jouer. Un dvd et une photo, c'est parfait. Après, c'est à moi de jouer !

Question : Vous avez réellement le temps de voir ces dvd ?

F. M. : Je regarde tout. La « demotape », c'est quelque chose qui se fait partout en Europe, je vois des trucs super ! C'est un outil de travail indispensable pour un comédien.

J.-P. L. : David Vatinet, vous avez découvert, entre autres, Elodie Bouchez. Comment l'avez-vous rencontrée ?

David Vatinet : Sur un tournage de court-métrage. C'est comme ça aussi que j'ai découvert Romain Duris, Samy Nacéri... Ce qui fait l'intérêt de notre métier, je crois, c'est l'ouverture. Et je marche également à l'instinct, je raisonne dans le long terme, c'est ce qui me plaît.

J.-P. L. : En fait, ce qui est compliqué pour un acteur, c'est la période avant qu'on ait trouvé un agent, non ?

C.J. : Personnellement, c'est un producteur et non un agent qui m'a ouvert la voie des castings. Et finalement, c'est ça l'important : faire l'effort d'aller aux 4000 castings. C'est important.

F.M. : Je le répète, je crois au dvd.

Question : Combien y'a-t-il de directeurs de casting en France ?

F.M. : Environ 60. Mais il y en a une vingtaine qui travaillent. En Angleterre, ils sont plus de 100.

Question : Et comment devient-on directeur de casting ?

F.M. : C'est le destin ! (rires) A mes débuts, ça existait à peine, il y avait juste Margot Capelier. A l'époque, on était content si on faisait trois films par an ! Et puis l'image s'est développée, avec la télé, le cinéma... Mais il n'y a pas d'école. Récemment, on a crée l'ARDA (association des Responsables de distribution artistique), pour appliquer une charte, une déontologie au métier. Nous sommes 9 au bureau et 40 adhérents. On se rencontre pour parler de notre métier, on rencontre les autres associations européennes.

Question : Comment travaillez-vous entre directeurs de casting et agents ?

F.M. : On travaille de fait ensemble, on discute.

Question : Et concrètement, comment on accède aux annonces ?

C.F. : On appelle les directeurs de casting pour savoir sur quoi ils travaillent. C'est un échange d'informations permanent. On a besoin l'un de l'autre et chacun développe son réseau propre et privilégié.

J.-P. L. : Vous recevez directement les scénarios ? ça change quelque chose ?

C.F. : C'est vrai qu'avec le scénario, on a une vue globale du projet et des rôles, de tous les rôles.

F.M. : Mais on ne les reçoit pas forcément.

D.V. : Avec les scénarios, en tout cas, on parle beaucoup mieux du rôle, indéniablement.

C.J. : Je lis souvent dans des interviews, tel acteur américain dire qu'il s'est battu pour tel rôle. Là bas, ils reçoivent tous le scénario. Moi, j'aimerais bien me battre pour un rôle, mais je n'ai ni l'info, ni le scénario ! (rires)

Question : Qu'est-ce que vous pensez de la figuration ? Et faut-il avoir un agent pour en faire ?

C.J. : N'en faites pas ! (rires) C'est réducteur et on est maltraités ! (rires)

F. M. : Il y a des gens pour la figuration, les chefs de file ou les chargés de figuration.

Question : Comment faites-vous la présélection des scénarios ?

C.F. : Je lis en même temps que l'acteur. Ou avant, c'est encore mieux. Et si je peux me permettre, je trouve que plus les acteurs sont « bankable » comme on dit, plus ils sont lents. (rires)

Question : En général de combien d'acteurs un agent s'occupe-t-il ? Vous vous en occupez de la même façon ?

D.V. : Moi, j'en ai entre 35 et 40. Et chacun est particulier.

Question : C'est quoi pour vous le talent ?

F.M. : Il n'y a pas de concret là-dessus. C'est très subjectif.

D.V. : C'est un truc que vous avez en vous et que l'autre n'a pas. Bien sûr, on demande à un acteur de jouer juste, mais il faut le petit plus qui accroche...

F.M. : D'ailleurs, j'en ai marre des acteurs et des actrices pas coiffés, mal fagotés, pas rasés ! (rires) C'est un métier où l'on est dans le désir de l'autre, il faut donner envie ! Et être positif ! Les réalisateurs ont souvent peur des acteurs, il faut avoir la pêche, leur donner envie. C'est très important !

Question : Comment choisit-on son agent ?

F.M. : C'est lui qui vous trouve ! (rires)

D.V. : Les démarches sont classiques : on envoie CV, photo, bande démo. Parfois des invitations à vous voir jouer. Mais c'est un métier de réseau, il faut parler de vous.

C.F. : En fait, c'est une question de rencontre. Tout peut arriver. On ne fait pas que de la prospection, parce qu'on n'a pas le temps. Moi, j'ai commencé avec des jeunes de ma génération, je les ai suivis mais maintenant je n'ai plus le temps de faire de la prospection. Il faut se tourner vers la nouvelle génération d'agents, qui le font.

C.H. : Il y a différents types d'agents. Les agents « star », les débutants... Pour commencer, je crois que ce n'est pas le mieux d'aller vers les « stars ». Aller vers ceux qui débutent est peut-être plus judicieux.

Question : Combien gagne un agent ?

D.V. : 10% de ce que gagne l'acteur. C'est la loi.

C.J. : Et ce n'est pas l'acteur qui paie, mais la production ! (rires)

J.-P. L. : Catherine, ça vous arrive d'aller directement vers un réalisateur ?

C.J. : Oui. Mais je n'écris pas, comme d'autres. Il ne faut pas non plus leur mettre « la main au panier » comme on dit ! (rires) Pas de harcèlement ! Et surtout, il ne faut pas paniquer. Ce n'est pas parce que pendant 6 mois, on ne fait rien, que c'est la fin du monde. La vie d'acteur, ça se gère. Les périodes avec ou sans argent, les doutes...

J.-P. L. : Christine, Jeanne, vous connaissez cette panique ?

C.H. : Oui et c'est pour ça que je monte mes projets, que j'écris. Il ne faut pas être en attente.

F.M. : Oui, c'est bien d'être toujours dans le travail.

Question : Comment se faire remarquer dans un court-métrage ?

F.M. : Le court, c'est un véritable vivier de talent, il faut l'envoyer à l'agent. Et si vous avez 4 minutes dans une demi-heure, il faut extraire votre scène, la monter dans la bande démo.

J.-P. L. : Christine, Jeanne, qu'est-ce que vous a apporté l'expérience Talent Cannes Adami ? Vous avez trouvé un agent après cela ?

C.H. : Moi j'en avais un avant.

J.B. : J'en ai trouvé un après.

Question : Comment peut-on proposer sa candidature à l'Adami, comment ça se passe ?

C.H. : On envoie photo et bande démo en octobre à l'Adami. Et il faut avoir moins de trente ans.

Question : Quel genre de photo doit-on envoyer ?

C.H. : Pas de photos de vacances ! (rires) ça fait rire les assistantes, mais ça ne rime à rien. Juste un portrait de vous, même prise par un copain.

D.V. : La photo est importante parce c'est le premier contact et que vous devez donner envie qu'on vous rencontre.

F.M. : Et la photo doit vous ressembler. Parfois entre la photo et la rencontre, on se demande si on a bien affaire à la même personne... (rires)

Question : on peut travailler sans agent ?

C.J. : Sans agent, l'acteur est flottant. On n'a pas accès à certaines informations, à certains projets.

C.F. : C'est un partenariat entre deux personnes, où tout le monde y gagne. Avec un agent, le métier d'acteur est tout de même plus facile.

C.J. : Ce qu'il faut garder en tête c'est qu'il n'y a pas que la télévision et le cinéma. Un agent vous ouvre d'autres horizons : des lectures, des voix... On se diversifie. Et oui, on a accès à l'information.

D.V. : Percer sans agent, ça me paraît difficile.

C.H. : Avoir un agent, quelque part, ça valide notre position.

F.M. : C'est un gage de professionnalisme, effectivement.

Question : Vous n'avez pas l'impression de passer à côté de talents ?

F.M. : Après 32 ans de carrière, je crois pouvoir dire que le talent se découvre toujours, tôt ou tard.

C.J. : Il faut être volontariste. Comme disait un de mes professeurs de théâtre, ça ne sert à rien de faire Iphigénie dans sa chambre de bonne à 2 heures du matin !

Question : est-ce qu'il arrive que les agents initient des projets ?

C.F. : Oui, mais ce n'est pas dans la culture française. On crée des rencontres, on fonctionne au coup de cœur. Sur Je vais bien, ne t'en fais pas, par exemple, j'ai eu un coup de cœur et j'ai tout fait pour que mes acteurs y aient des rôles.





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