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© photos : Jean Quelquejeu 

 

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Lire aussi :

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A quoi servent les festivals ? 

Paris CinéCampus du mercredi 4 juillet 

 

Un colloque exceptionnel mercredi 4 juillet en présence de Gilles Jacob (président du Festival de Cannes), Giorgio Gosetti (directeur de la Fête du cinéma de Rome), Margaret Menegoz (Présidente d'Unifrance) et Vincent Maraval (directeur de la société de distribution Wild Bunch.
Cette discussion sera rediffusée le jeudi 23 août de 20h30 à 22h dans la série "Les Grands Débats contemporains" sur France Culture.
Quelques morceaux choisis d'une rencontre riche et animée, modérée par Thomas Sotinel (Le Monde) et Marc Voinchet (France Culture). 

En partenariat avec Le Monde et France Culture

 

Question : Rome, le benjamin des festivals européens, a su se démarquer d'un modèle créé à Venise, puis à Berlin, à Cannes... Rome représente-t-il une alternative aux festivals « traditionnels » ? Giorgio Gosetti, en lançant la « Festa del cinema » romaine, quelle était votre idée ?

GG : C'est vrai que nous avons refusé le terme de festival, pour préférer celui de « Festa », « fête ». Fête, parce que nous sommes dans une grande ville, avec un public qui existe, qui cherche aussi à faire partie de l'événement. Nous nous sommes beaucoup demandés quel modèle suivre, nous avons étudié les formules de Pusan, Londres, Locarno ou Berlin. Notre problème était de trouver le bon équilibre, nous forger une âme pour devenir nécessaire aussi bien au public qu'aux gens de cinéma.
Car c'est bien là l'équilibre à obtenir entre deux demandes différentes : donner aux professionnels une bonne raison d'être là, et au public toutes les occasions de s'amuser, de découvrir des films et des auteurs.

Mais dans un pays comme l'Italie où la production cinéma est moyenne, où la fréquentation n'est pas au beau fixe, est-il bien nécessaire d'avoir 2 grands festivals (l'autre étant bien sûr Venise) ?

GG : « depuis que je suis né, le cinéma italien est en crise », disait Vittorio de Sica ! Mais le pays produit pourtant plus de 100 longs métrages par an, et on assiste à la naissance d'une nouvelle génération de cinéastes. Longtemps la production italienne s'est polarisée sur Cannes, en attendant Venise. Aujourd'hui on a créé un système à 3 volets, avec en plus le festival de Turin dirigé depuis cette année par Nanni Moretti, le tout sur le 2e semestre de l'année.

Et pour vous, Gilles Jacob, qu'est ce qu'un festival ?
Gilles Jacob : pour moi, pendant des années, l'objectif du festival de Cannes a été de montrer des films, pas forcément à tous les publics. Aujourd'hui, il est vrai que le public s'est élargi, avec des amoureux du cinéma curieux des événements, mais aussi les nouvelles technologies, le numérique, l'internet, qui ont accru la diffusion des événements.
Cela dit, un festival comme Cannes sert aussi à redonner aux gens de la fierté. Un réalisateur va d'humiliation en humiliation, il doit trouver des financements, aller voir les télévisions. Etre sélectionné dans un festival lui redonne de l'énergie. C'est important aussi pour les pays producteurs. Quand un film est choisi, c'est tout à leur honneur, cela les incite à mettre plus d'argent dans la production.

Margaret Menegoz, à quoi servent les festivals ?

MM : Il faudrait surtout se demander : « à qui servent les festivals ? », car il y en a des milliers, beaucoup se servent eux-mêmes. Ce sont des fêtes locales où les acteurs et les réalisateurs font souvent de la figuration pour le directeur du festival ! Or l'important est avant tout de servir les films et de les valoriser, en les aidant à rencontrer leur public.

Vincent Maraval : Je ne suis pas si sûr qu'un festival joue encore un rôle de découvreur de films. Car tout va très vite aujourd'hui grâce à internet. Ca n'existe plus, un film thaï génial que l'on découvre 6 mois plus tard dans un marché ! Par exemple les rumeurs sur la Palme d'or 2007 nous sont arrivées dès février-mars, sans attendre le festival.

GJ : mais un festival reste un bon baromètre pour repérer les endroits où il se passe quelque chose, les cinématographies particulièrement dynamiques et remarquables.

MM : c'est le cas d'un film comme La Vie des autres, découvert dans plusieurs festivals, et qui a ensuite obtenu l'Oscar du meilleur fim étranger.

GG : Et puis les pros connaissent Cristian Mungiu, le réalisateur de 4 mois, 3 semaines, 2 jours qui a obtenu la Palme d'or, mais le grand public ? C'est le festival qui leur permet de le découvrir.

MM : Sans compter que pour les distributeurs, apporter le film à son public est essentiel. Un film sélectionné a déjà sa carrière engagée, tout n'est plus à construire.

GJ : et c'est un gain énorme pour les équipes de films, la presse mondiale est à Cannes. C'est pourquoi les pros n'ont pas fini de venir dans les festivals !

VM : je ne discute pas en effet l'effet positif sur la promotion assurée par un festival, qui est indéniable !

Qu'est ce qu'un festival réussi selon vous ?

GJ : C'est quand les 3 conditions suivantes sont réunies :
- un grand rassemblement de professionnels
- une belle sélection, capable de refléter la physionomie du cinéma mondial à un instant t.
- un jury en phase avec les attentes du public, qui réussisse à réunir un consensus pour primer les films les plus réussis.

 

Parlons du jury justement. A Rome, il est choisi parmi le grand public, pourquoi ?

GG : pour être cohérent avec la vocation de notre festival, et permettre à des spectateurs curieux de donner leur avis, conduits par un grand réalisateur, comme Ettore Scola l'année dernière.
Concernant les jurys de professionnels, je me demande depuis longtemps si Cannes choisit d'abord les films ou d'abord le jury, et surtout son président !

GJ : d'abord le président, bien sûr, dont l'agenda est souvent rempli des mois, voire des années à l'avance ! Quant à la sélection, elle ne se décide que beaucoup plus tard. Certains films sont terminés juste à temps pour le festival.

 

Qu'est ce qu'un bon jury ?

GJ : C'est un groupe qui arrive, fait connaissance, s'engueule, puis devient amis quand tout est fini !

MM : ce sont des cinéastes réunis, les batailles sont toujours enrichissantes.

Mais faut-il absolument un jury ou une compétition pour un festival ? Le festival de Toronto prospère sans compétition depuis 30 ans...

MM : Toronto est un concept génial, le seul marché au monde où les acheteurs voient les films en même temps que le public. Et ça change tout ! On ne voit pas le même film seul dans une salle ou entouré d'un public ému ou amusé. Pour les comédies surtout, entendre le public rire, c'est important !

GJ : Mais Toronto est moins un festival qu'une exhibition de 400 films. Pour faire un festival, il faut une sélection, avec le risque de se tromper.

Les festivals développement de plus en plus des activités annexes, notamment l'aide à des projets de cinéastes de pays en développement. Qu'est ce que cela apporte à un grand festival ?

GJ : Il est clair que Cannes a beaucoup évolué depuis 60 ans. On ne peut pas se contenter de montrer des films ! Nous avons créé la Cinéfondation pour repérer les cinéastes de demain, puis la résidence de la Cinéfondation en 2000 pour aider de jeunes cinéastes. Et enfin l'Atelier de la CinéFondation en 2005 pour aider les films en péril à se finir et à sortir.
C'est une question de cohérence de nos actions, aider les jeunes cinéastes à créer et à aboutir, c'est aussi se donner une chance qu'ils nous montrent en priorité leurs films par la suite.

Pour finir, votre définition de la mission d'un festival ?
GJ : Montrer des films qu'on ne verrait nulle part ailleurs, et ensuite partout.
GG : Se retrouver ensemble autour de quelque chose qu'on aime.





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