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La coiffure au cinéma, le maître John Nollet

Paris CinéCampus du mercredi11 juillet

 

En présence de Daphné Roulier, journaliste Canal + 

 

Daphné Roulier : Je tiens tout d'abord à préciser que j'aime beaucoup John, être objective sera la principale difficulté pour moi lors de cet entretien. Tout le monde connaît son travail, le carré d'Amélie Poulain, les impressionnantes coiffes aperçues dans le film Ridicule de Patrice Leconte, les dread locks de Johnny Depp dans Pirates des Caraïbes, et j'en passe. Mais qui est vraiment l'homme ? Comment devien-on coiffeur de cinéma ? Pourquoi aujourd'hui les plus grandes stars font appel à vous ? C'est ce que nous allons tenter de comprendre cet après midi. Merci d'accueillir Monsieur John Nollet.

Tout d'abord John, j'aimerais vous demander, Pourquoi vous plutôt qu'un autre ? On pourrait d'abord penser à votre sex appeal mais lorsqu'on voit que vous travaillez également avec Vincent Cassel ou Johnny Depp, on se doute qu'il doit y avoir autre chose. Pourquoi est-ce que tout le monde vous veut ?

John Nollet : Pour que je les coiffe ! Non plus sérieusement, je ne sais pas. Peut être parce que je suis passionné par ce métier et que cela se ressent certainement lorsque je crée. La coiffure est pour moi semblable à l'architecture ou la haute couture. Elle est très importante pour les films dans le sens ou elle défini un peu plus le personnage, souligne sa personnalité, et dans certains films, elle aide même à s'affirmer.

D.R : Quelles sont les coiffures qui vous ont donné envie de faire ce métier, qui ont fait date pour vous ?

J.N : Beaucoup de stars hollywoodiennes, celles des films d'Hitchcock, et celle de la Cléopâtre d'Elisabeth Taylor.

D.R : On va s'intéresser maintenant à votre parcours, vous avez commencé comme coiffeur de province, comment êtes vous arrivé jusqu'aux loges des plus grandes icônes du cinéma international ?

J.N : J'ai commencé la coiffure dans des salons classiques, d'abord dans le nord, mais c'est à Montpellier que tout à commencé. C'est avant tout des rencontres qui m'ont mené au point ou j'en suis maintenant. J'ai commencé à travailler pour la compagnie d'Opéra de Dominique Bagouet, qui m'a conseillé pour le film Le Retour de Casanova. J'ai été engagé et ce fut ma première participation à un film de cinéma. C'est en concluant cette expérience que j'ai vraiment pris conscience de l'importance de la coiffure au cinéma.

D.R : Ensuite en 1992, Caro et Jeunet vous emploi pour La Cité des enfants perdus alors que vous avez 22 ans. Encore une fois, pourquoi vous ?

J.N : Encore une histoire de rencontres, un ami m'a parlé d'une sorte de casting sauvage pour le second long métrage de Caro et Jeunet, une sorte de Star Ac de la coiffure. Ils voulaient du sang neuf, j'ai su tirer mon épingle du jeu... Et j'ai travaillé sur ce film !

D.R : Quel a été le travail fait sur La Cité des enfants perdus ?

J.N : Caro et Jeunet avait une idée bien arrêtée dès le départ sur l'univers du film. La coiffure doit rester le point sur le i, l'univers était inscrit sur papier, à moi de m'adapter.

D.R : Il y a eu ensuite L'Appartement de Gilles Mimouni, l'antipode de La Cité des enfants perdus en matière de style vestimentaire et capillaire. En quoi consiste votre travail sur un film contemporain et qui se veut réaliste ?

J.N : Mine de rien la coiffure joue un rôle important dans ce film qui mélangent histoires passées et instants présents. La coiffure est un détail important qui permet de dater les événements que le spectateur observe. Les différentes coiffures se doivent d'être distinctives les unes des autres afin que le spectateur ne soit pas perdu dans ces allers et venus dans le temps. Mais c'est en effet la première fois que je devais faire des coiffures "réalistes".

D.R : Parlez nous de votre collaboration avec Patrice Leconte pour le film Ridicule.

J.N : Une belle rencontre... J'ai testé pour ce film une technique découverte par erreur, l'utilisation de la paille de fer. Je travaillais, bien avant Ridicule, dans un atelier et je voyais au fond de la salle, entassés sur le sol, des morceaux de paille de fer que j'ai tout de suite vus comme une matière pouvant être exploitée. J'ai fait quelques essais et le résultat a beaucoup plu à Patrice.

D.R : Quelle a été votre inspiration ? Des livres d'histoires ou votre imagination ?

J.N : Des livres d'histoires, des caricatures de l'époque, l'idée de ces coiffes démesurées me passionnait.

D.R : Ce n'était pas trop lourd comme matière ?

J.N : Ceux qui l'ont portée s'en rappellent...

D.R : La Fille sur le pont ?

J.N : Seconde collaboration avec Patrice, puis surtout ma rencontre avec Vanessa Paradis... Dans le film, le personnage en se coupant les cheveux se libère, elle se détache de la personne dépressive qu'elle était, elle devient quelqu'un d'autre... C'était un travail très intéressant mais c'est aussi sur ce tournage que j'ai décidé d'arrêter de travailler sur les plateaux.

D.R : C'est-à-dire ?

J.N : Je suis quelqu'un qui aime le mouvement, la création. Une fois que j'ai crée une coiffure, la refaire tous les matins pendant des semaines ou des mois m'ennuie. C'est pour cela que depuis ce temps je fais appel à une équipe géniale à qui je délègue les tâches au jour le jour. Je crée la coiffure et je suis là lors des grands changements capillaires, eux s'occupent de rester fidèle à la vision que le réalisateur et moi-même avons de la coiffure du personnage.

D.R : Jean-Pierre Jeunet vous contacte, presque 10 ans après La Cité des enfants perdus, pour collaborer sur un nouveau projet, Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain. Parlez-nous un peu de cette seconde collaboration et de ce carré mythique, qui était à l'origine une queue de cheval.

J.N : Vous êtes en effet très bien renseignée ! Ce carré, c'est la coiffure qui m'a pris le moins de temps a créer et qui est restée le plus dans la mémoire des spectateurs. Jean-Pierre avait effectivement prévu une queue de cheval. Mais en lisant le scénario, je ne voyais pas du tout le personnage de cette manière. Amélie ne prendrait pas le temps de se faire une queue de cheval tous les matins. Lorsqu'elle se lève, elle devait être comme ça ! Et j'ai eu instantanément l'image de cette coupe que tout le monde connaît. On en a débattu des semaines avec Jean Pierre, ce fut un bras de fer interminable jusqu'à ce qu'il décide de faire des essais. J'ai coiffé Audrey Tautou de deux manières différents, sans saboter la version queue de cheval. Et nous avons fait des tests devant un public. Jean Pierre qui a fait énormément de publicité a l'habitude de travailler de cette manière. L'avis des gens était clair et unanime, le carré avait gagné.

D.R : C'est à ce moment que les demandes ont commencées à affluer, vous avez travaillé sur Dancer in the dark et Le Pacte des loups. Racontez-nous ces deux expériences si opposées.

J.N : Pour Dancer in the dark, ce n'est pas Lars Von Trier mais Catherine Deneuve qui m'a contacté pour la coiffer, ou plutôt la décoiffer, ce fut un vrai bonheur. Son rôle et le côté ultra réaliste du film ont été un exercice de style pour moi, contrairement au Pacte des loups où mon travail a été beaucoup plus glamour.

D.R : Vous avez été confronté aux difficultés relationnelles qu'ont eu Björk et Lars Von Trier durant le tournage de Dancer in the dark ?

J.N : À vrai dire, oui et non, car je m'occupais uniquement de Catherine, mais qui faisait la modératrice entre la chanteuse et le réalisateur. J'ai donc assisté indirectement à ces conflits entre deux grandes personnalités qui travaillaient ensemble. Peu importe, le résultat est incroyable

D.R : Vous avez ensuite été contacté par Alain Chabat pour Astérix et Cléopâtre. On dit que c'est vous qui avez imposé Monica Bellucci ?

J.N : Imposé est un peu fort. Je ne voyais qu'elle pour représenter la vision que j'avais de cette Cléopâtre. Les essais que j'ai faits n'ont pas mis beaucoup de temps à convaincre la production. C'est aussi le tournage où j'ai rencontré une formidable professionnelle Bilitis Poirier qui accessoirement est devenue ma femme.

D.R : En 2002, vous collaborez avec François Ozon pour coiffer 3 des Huit femmes, Catherine Deneuve, Emmanuelle Béart et Virginie Ledoyen. De qui vous êtes-vous inspiré pour créer ces coiffures ?

J.N : Pour Deneuve, des stars hollywoodiennes comme Marilyn Monroe ou Grace Kelly. Il fallait donner un côté Hitchcockien à ce personnage. Emmanuelle Béart incarne une femme de chambre glamour et très sexy, nous nous sommes accordés pour lui donner un style à la Romy Schneider. Enfin, pour Virginie, ce fut Audrey Hepburn, pour l'innocence que son personnage dégageait.

D.R : Comment vous êtes-vous ensuite retrouvé sur le plateau de Pirates de Caraïbes de Gore Verbinski ?

J.N : J'ai recontré Johnny par l'intermédiaire de Vanessa, et un jour il me parle du projet des studios Disney, il avait l'air passionné et m'a demandé quelques conseils. Nous avons crée ensemble un style pour le personnage et j'ai proposé l'idée des dread locks avec des coquillages à l'intérieur et le bandeau. L'idée a été reprise mais la collaboration n'a pas pu se faire car nous n'avions pas le droit de travailler aux USA sans green card. Je ne suis ni crédité ni même cité sur ce film. Je n'ai donc pas touché un centime mais lui et moi savons que nous sommes à l'origine de cette idée qui je pense apporte beaucoup au personnage de Jack Sparrow.

D.R : Vous avez ensuite retravaillé avec Monica Bellucci pour Combien tu m'aimes et le Concile de Pierre. Quel a été votre travail créatif sur ces deux films où l'actrice joue deux rôles littéralement opposés ?

J.N : Pour Combien tu m'aimes, mon rôle était assez limité. Monica sortait de sa grossesse et était donc sexy au possible, ce qui allait très bien avec le rôle qu'elle avait à jouer. Je lui ai fait une coiffure qui soulignait ses formes et rendait son personnage encore plus sexy. Pour le Concile de Pierre, le réalisateur Guillaume Niclou voulait Monica Bellucci, mais qu'elle semble être une autre personne. Il la voulait la plus naturelle possible, et avec les cheveux courts. Seulement Monica de l'autre côté avait besoin de longueurs pour un autre tournage. La solution qui me vint tout de suite fut la perruque mais fut automatiquement refusée par le réalisateur. J'en ai tout de même fait faire une, et sachez que c'est un véritable travail d'orfèvre, chaque cheveu est réel et non traité. Nous avons montré la nouvelle Monica à Guillaume qui n'y a vu que du feu. Une fois les essais terminés et la coiffure acceptée, Monica a avoué la supercherie. Le réalisateur s'étant laissé prendre au piège a été obligé de céder.

D.R : Et votre actualité ? Que préparez vous pour les mois à venir.

J.N : Je travaille encore avec le couple Cassel/Bellucci, c'est une sorte de ménage à trois. Pour Monica je m'occupe de ses cheveux dans Le Dernier jour où je vais devoir la transformer en blonde... Encore un rôle à contre emploi. Pour Vincent Cassel, c'est également une expérience car il incarne Mesrine, le rôle aux 13 visages. Je devais donc créer plus d'une dizaine de coiffures différentes pour le même personnage, ce qui était une véritable performance, mais aussi un véritable plaisir.

D.R : Vous êtes également photographe même si je sais que vous n'aimez pas trop en parler. Est-ce que vous compter vous diversifier dans les années à venir ?

J.N : J'ai fait récemment un petit film pour l'Oréal.

D.R : Oui, je l'ai vu : il était magnifique !

J.N : Merci beaucoup. C'était une expérience formidable pour moi, j'aime aussi travailler l'image, c'est également une passion. J'apprécie de me mettre dans un appareil photo. Seulement les gens du métier n'apprécient pas vraiment mes photos car mon nom y est attaché et la diversification n'est pas bien vue en France. Depuis peu j'emploie un pseudonyme et j'arrive à travailler à ma guise. J'envisage également de faire des défilés de "haute coiffure". Si on m'avait dit que j'en serai là il y a dix ans je ne l'aurais pas cru. J'aime ne pas savoir sur quoi je travaillerai dans dix ans. J'aime l'imprévu.

Questions du public :

Vous est-il déjà arrivé de décliner une offre ?

J.N : Bien sur. Ne serait-ce que pour des soucis de timing. Quelque fois je ne trouve pas d'intérêt à travailler sur tel ou tel projet. Je ne juge pas le film loin de là, mais je préfère consacrer mon temps à des projets qui permettent d'exprimer ma créativité. Par exemple au moment où je travaillais sur Ridicule on m'a proposé de collaborer au film La Belle verte de Colline Serreau. Bien que le film soit très intéressant, Patrice Leconte était d'accord pour expérimenter la paille de fer. Mon choix fut rapide malgré tous mes respects pour l'autre film. Il me faut une motivation capillaire !

Préférez-vous la simplicité ou la complexité d'une coupe de cheveux ?

J.N : Vous savez, une coiffure simple peut parfois être très compliquée. Mon rôle est d'éviter le pléonasme. Je veux qu'une coiffure de femme sophistiquée soit simple et inversement. Une coiffure naturelle peut parfois durer des heures. Il faut juste que l'ensemble reste cohérent. La simplicité est parfois trompeuse.

Y a –t-il un film dans lequel vous auriez aimé participer ?

J.N : Sans hésiter La Môme. Marion Cotillard m'avait demandé mais à cause d'un problème de co-production, la moitié de l'équipe devait être d'origine étrangère. Je ne critique pas le magnifique travail qui a été fait sur les coiffures, j'aurais juste aimé participer à ce magnifique projet. Sinon, j'aurais beaucoup aimé travailler avec Madonna.

Vous est-il déjà arrivé d'avoir un manque d'inspiration ?

J.N : A vrai dire non. Si cela devait arriver, ce serait sans doute au moment de la lecture du scénario. Et encore, rares sont les scénarios extraordinaires. Je dis extraordinaire dans le sens ou les coiffures doivent sortir du naturel. Je ne passe en général que quelques heures sur une coiffure naturelle. Le manque d'inspiration n'est possible que pour la création de coiffures originales. Et je dois vous avouer que je serais très embêté...

 





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