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Le pêcheur et la danseuse de Valeri Solomin

Les critiques des jurés du Prix de l'Avenir
« Perle de Sibérie »
Entre enfer et paradis, le lac Baïkal est au centre du film de Valerï Solomin Le pêcheur et la danseuse mutation lyrique des « Vents du Baïkal », premier titre considéré par le réalisateur. Ce titre final marquera alors un premier clivage symbolique entre les deux personnages principaux du film, réellement météorologue, en même temps qu'il apporte une poésie onirique et renonce à une focalisation sur les éléments. Bien sûr, le lac Baïkal est un lieu quasi mystique célèbre pour être le plus profond lac du monde et pour ses vents traîtres pouvant soulever en peu de temps des vagues atteignant plus de 6 mètres. Mais cette nature belle, puissante, majestueuse filmée seule ne fait qu'installer le mur infranchissable du couple vers la civilisation en même temps que l'aspect photographie de ces plans de natures semble figer le temps. Le portrait de cette famille de météorologue, leurs vies, leurs espoirs, leurs rêves imprègnent le film d'une authenticité profonde avec sobriété, simplicité presque avec évidence. Face à la monumentalité des décors, l'amplitude des sentiments humains plonge dans l'onirisme. Les rêves des personnages deviennent aussi immenses que les obstacles qui les séparent de leurs objectifs. La mère âgée presque d'une cinquantaine d'années, ayant rêvée toute sa vie d'être danseuse, se berce de musique française, soit de l'ouest utopique pour la Russie. Le fils rêve d'être un phoque... La force de Solomin sera d'accueillir ces idéaux absurdes avec un profond respect. Les instants d'une quotidienneté sont captés avec pudeur, transcendant au sublime les rares moments d'extases. Une petite fille reçoit pour le nouvel an des patins à glace, luxe inavoué de la part des parents, joie incommensurable dans l'attitude de l'enfant sincèrement surprise exprimant avec timidité sa joie devant l'importance du geste qu'elle comprend. La famille quitte leur habitation au final de cette séquence poignante, sans que le plan ne s'arrête pour autant, et, avec ce même naturel authentique mais son caractère bien à lui, le chat familial, jusque là dans un hors champs indirect, sort de sa cachette pour apprécier à son tour la cadeau que le chien parti avec la famille a pu lui laisser. Captation incongrue et étonnante, faisant passer avec délicatesse et magie des larmes au rire.
Entre la menace d'une électricité coûteuse qui s'épuise peu à peu et les regrets d'une mère à fleur de peau plongée dans un monde d'oubli et de manque de contacts avec le monde extérieur, les rêves des personnages auront finalement la place la plus remarquable dans la structure du Pêcheur et la danseuse. Scènes de danse ou scènes d'apprentissage, véritablement scènes d'amour, redonnent au film une notion de temps qui passe que l'espace semble vouloir figer et l'emplissent d'espoir. L'espoir de vie et survie s'incarne dans l'image de chatons à peine nés et très maladroits dont l'un d'eux sera emporté par un de ses parents. Cette image touchante étant le miroir probable de cette famille et de cette petite fille rêvant d'autres espaces, rêvant d'être emportée ailleurs. Porté par une surprenante humanité, le film de Solomin est une promesse, promesse d'un monde meilleur, promesse d'un autre vie, promesse d'une liberté extatique n'étant plus rattachée ni à un corps ni à un lieu.
Daniel Dos Santos
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