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In Between Days de Kim So-yong

Les critiques des jurés du Prix de l'Avenir
Le besoin d'être
Elle, c'est Aimie : un petit bout de femme un peu perdu, dans une ville trop grande du Canada. Fraîchement émigrée de Corée, elle vit seule avec sa mère. Elle, c'est Aimie : une adolescente pataude et rêveuse, accrochée à son portable, qui veut vivre, grandir mais pas trop vite. Secrètement amoureuse de son meilleur ami, Tran, énigmatique jeune homme à la gueule d'ange, elle veut lui faire part de ses sentiments nouveaux. Mais comment lui dire quand ce dernier lui préfère une autre? Elle, c'est Aimie : l'héroïne du premier film de Kim So-yong.De cette épure de trame, la réalisatrice signe un film touchant et dresse un portrait moderne de l'adolescence. Loin du monde bleuté, offert par les « teen movies » superficiels et crédules, In between days propose de s'arrêter un instant et de ré investir un univers complexe et fascinant. Ce film rassemble deux solitudes à l'écran. Deux êtres, dans une profonde errance qui se cherche l'un et l'autre sans y parvenir. Evoluant dans un monde clôt, qu'aucun élément extérieur ne vient perturber (école, parents), Tran et Aimie semblent figés. Rien ne se passe dans leur vie. Seul transparaît cette volonté d'être ensemble, de créer leur propre bulle, refuge rassurant d'une vie menaçante. L'intelligence d'In between days réside dans la justesse avec laquelle sont filmés tous les moments de la vie quotidienne, les lieux souvent impersonnels, du café aux longues rues enneigées et vides, la répétition mécanique des journées. La caméra omniprésente, piste les personnages, au plus près, jusqu'au point de rupture symbolisé par le départ de Tran. Puis, une scène magnifique. Le récit s'étoffe et prend une autre direction. La mère, pleure, seule, dans la pénombre du salon. Aimie l'écoute, la regarde mais ne bouge pas. Un seul regard, furtif, celui d'une adolescente qui prend conscience d'un état à changer. La bulle implose. Le film « s'ouvre » brusquement et donne à voir. Ce personnage, pusillanime, va insuffler un nouveau rythme, se mettre en mouvement, s'affirmer, combler le vide qui l'entoure et affronter ses propres peurs. Filmée en gros plan, la jeune fille est traquée à l'aide de longues focales qui captent jusqu'aux aspérités de sa peau. Mais ce ne sont pas tant les expressions de son visage ou même ses paroles qui la révèlent, que ses actes et les chemins qu'elle emprunte. Comprendre la démarche de Aimie, ce qui l'anime, c'est se rapprocher un peu plus et saisir sa peur de disparaître dans la « cour des oubliés » - on pense aux frères Dardenne- des mal-aimés. Sa mère l'ignore, son père est ailleurs, ne reste que Tran qui, lui, doit relever la tête et enfin poser ses yeux sur elle. Clamer son amour, c'est clamer son existence. Peut-être que si, l'adolescence est si bien mise en valeur, par Kim So Yong, c'est parce qu'elle n'a pas la prétention de l'analyser, de la disséquer, de la décortiquer. Elle se contente simplement de la filmer dans ce quel à de plus terrible et à la fois de plus beau. Chaque plan du film résonne comme un instantané de vie, débarrassé de toute anecdote, valant comme un ultime instant qui va basculer de l'enfance vers l'age adulte. La cinéaste, dont c'est la première œuvre, nous fait pénétrer doucement, sans voyeurisme dans l'intimité de ces jeunes. La dernière scène, inattendue laisse le spectateur seulavec ses doutes. A lui d'apporter ses réponses quand à l'avenir de la jeune fille. Charlotte Sohm
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