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Echo Park L.A.
de Richard Glatzer et Walsh Westmoreland

 

 

Les critiques des jurés du Prix de l'Avenir  

 

En y réfléchissant bien, il est difficile de trouver un mot plus adapté : frais. Une œuvre simplement attachante. Œuvre dont le véritable titre est « Quinceñera », mot espagnol qui désigne une sorte de rite initiatique propre aux communautés latinos des États-unis, marquant à quinze ans le passage de fille à femme. Passage de l'univers des copines, du gloss paillettes et du collège, à celui des copains, de la solitude et de la fécondité. C'est Magdalena (Emily Rios), jeune fille dont la quinceñera approche, que l'on suit tout au long de ces changements. Une jeune adolescente comme les autres, qui tombe enceinte dans des circonstances bien malchanceuses, et qui devra se confronter à sa famille et notamment à son père, policier et homme d'église. Richard Glatzer et Wash Westmoreland mettent placent une narration proche des films de Larry Clark, suivant plusieurs personnages hauts en couleurs dont les destins s'entrecroisent. Le frère Carlos, homo renié par son père et qui vit de petits jobs sans lendemain. Tomas, le vieil oncle célibataire que tout le monde aime bien et qui rassemble les parias de sa grande famille. Le couple de voisins gays qui travaillent pour la télé- et qui rencontrent Carlos. Herman, le petit ami de Magdalena qui sous le joug de sa mère n'assume pas sa paternité précoce et préfère embrasser son destin d'élève modèle et de futur médecin. Echo Park, L.A. a les qualités de ses défauts. Il est complet, d'autres diront trop complet. Portrait sociologique d'une communauté, étude sur la façon d'y vivre ses sexualités, interrogation sur l'adolescence et ses méandres, sur la religion, visite photographique et architecturale d'un district en phase de changements. Bien des pistes... Mais c'est avec beaucoup de talent que sont finalement peints ces personnages et ces rues- de manière naturelle et touchante. La musique, très bien employée, marque l'esprit et met en valeur la personnalité des habitants que l'on rencontre.
Une œuvre qui joue sur plusieurs niveaux et se moque aussi d'elle-même. Ainsi, le couple gay n'est autre qu'une parodie du couple même des réalisateurs. Je parle là de cette nouvelle population plus bobo qui bosse dans l'audiovisuel et qui investit Echo Park depuis quelques années. Plusieurs façons aussi d'interpréter la grossesse inattendue de Magdalena. Pour son père, c'est bien un miracle, une immaculée conception. Pour la jeune fille qui tente même de l'expliquer c'est scientifique- et Herman peut en être fier : « Mon sperme doit être vachement puissant ». Des phrases drôles, beaucoup de situations et de répliques qui font sourire ; beaucoup de dérision quand on visionne des vidéos de quinceñeras pleines de petites roses blanches numérisées et de serrages de robes trop étroites. Toutes ces jeunes femmes sont bien encore des gamines. Ce que l'on retient aussi, c'est un jeu d'acteurs époustouflant de justesse. Emily Rios, jeune comédienne non professionnelle, est vraiment étonnante de sincérité. On doute parfois du caractère fictionnel de la narration tant la mise en scène est réussie. Les personnages sont complexes et particulièrement originaux. Je pense à Carlos (incroyable Jesse Garcia), partagé entre la violence des gangs latinos et son homosexualité enfouie. Entre ses sous-emplois successifs et la volonté d'obtenir un vrai métier pour soutenir une famille reconstituée à trois (et bientôt quatre).
La paternité est en effet particulièrement importante : c'est même le fil conducteur de l'histoire. Tous les personnages sont concernés par une paternité bancale, inassumée ou inexistante. Le père de Magdalena n'assume plus son devoir familial quand il choisit d'exclure sa fille de son foyer. Herman n'est pas en mesure d'élever l'enfant qu'il a fécondé. Magdalena qui n'a plus de père devient mère à quinze ans. Carlos qui ne peut avoir d'enfant propose d'élever le bébé de sa sœur. Finalement, le seul père digne de l'histoire, c'est le vieil oncle Tomas- un véritable « saint qui aime les gens pour ce qu'ils sont » dixit Carlos- qui prend soin de tous les exclus de son entourage et adoucit son quartier depuis des dizaines d'années en y distribuant une infusion très spéciale dont il est seul à connaître la recette. Un « saint » qui connaît paradoxalement le pire des malheurs quand il perd son seul enfant naturel, sa maison et le jardin qu'il a construit et entretenu toute sa vie. Il ne peut se résigner à quitter ce lieu sacré et meurt de chagrin au sein de sa vieille maison.
En somme, Echo Park, L.A. n'est certainement pas un futur classique des cinéclubs ni un exemple de film purement formel. En revanche, voilà un moment juste et humble, bien filmé, souvent amusant ; et toujours sensible. Ce sont largement assez de qualités réunies dans le cinéma actuel pour affirmer que c'est un film à ne pas rater.
Arthur Dreyfus

 





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