La filmographie des intervenants
Santiago Amigorena (Réalisateur, Scénariste, Producteur)
Quelques jours en septembre (2004) Ni pour, ni contre (bien au contraire) (2003) Loup de la côte Ouest, Le (2002) Ma caméra et moi (2002) Tu ne marcheras jamais seul (2001) Bon plan (2000) (scénario) Regarde-moi (en face) (2000) Peut-être (1999) Rien à faire (1999) Révolution sexuelle n'a pas eu lieu, La (1999) Tokyo Eyes (1998) Un fait divers (1998) (TV) Voie est libre, La (1998) Post coïtum animal triste (1997) Silence de Rak, Le (1997) Kini and Adams (1997) Quand les étoiles rencontrent la mer (1996) Afrique, mon Afrique... (1995) Péril jeune, Le (1994) Fils du requin, Le (1993) Gens normaux n'ont rien d'exceptionnel, Les (1993) Maigret et les caves du Majestic (1993) (TV) Samba Traoré (1992) Maigret et la maison du juge (1992) (TV) (dialogue) (screenplay) Jean Galmot, aventurier (1990) Jalousie, La (1989)
Pascal Bonitzer (Réalisateur, Scénariste, Acteur)
Je pense à vous (2006) date Ne touchez pas la hache (2006) Grande vie, La (2006) Temps qui changent, Les (2004) (scénario) Parents terribles, Les (2003/I) (TV) (dialogue adaptation) (scénario) Histoire de Marie et Julien (2003) (dialogue) (scénario) Petites coupures (2003) Comme un avion (2002) Va savoir (2001) (dialogue) (scénario) Homme des foules, L' (2001) Lumumba (2000) Agneaux, Les (1999) (TV) Rien sur Robert (1999) Secret défense (1998) Nuit du destin, La (1997) Généalogies d'un crime (1997) Encore (1996) Voleurs, Les (1996) (scenario collaborator) Trois vies et une seule mort (1996) Haut bas fragile (1995) (dialogue) (scénario) Jeanne la Pucelle I - Les batailles (1994) Jeanne la Pucelle II - Les prisons (1994) (dialogue) Couples et amants (1993) Ma saison préférée (1993) Belle noiseuse, La (1991) (dialogue) (scénario) Nuit et jour (1991) Belle noiseuse. Divertimento, La (1991) (dialogue) Schicksal des Freiherrn von Leisenbohg, Das (1991) "Cadavres exquis de Patricia Highsmith, Les" L'amateur de frissons (1990) TV Episode (writer)
Un jeu d'enfant (1990) (scenario collaborator) Bois noirs, Les (1989) (dialogue) (scénario) Sirènes, Les (1989) Mendiants, Les (1988) Bande des quatre, La (1988) (scenario and dialogue) Innocents, Les (1987) (also adaptation) Golden Eighties (1986) Lieu du crime, Le (1986) Hurlevent (1985) (dialogue) (scénario) Amour par terre, L' (1984) (dialogue) (scénario) Tricheurs (1984) Liberty belle (1983) Jimmy Jazz (1982) Soeurs Brontë, Les (1979) (dialogue) (scénario) Exercice du pouvoir, L' (1978) Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma soeur et mon frère... (1976)
Marc Fitoussi (Réalisateur, Scénariste)
Bonbon au poivre (2005) Illustre inconnue (2004) Sachez chasser (2002) Ma vie active (1999)
Stéphane Giusti (Réalisateur, Scénariste)
Bella ciao (2001) Pourquoi pas moi ? (1999) Insoumis, Les (1998) (TV) (adaptation) Mauvaises affaires (1997) (TV) Homme que j'aime, L' (1997) (TV) Ballade de Titus, La (1997) Si je t'oublie Sarajevo (1997) (TV) Femme rêvée, La (1996) (TV) Facteur VIII (1995) (TV) Éclats de famille (1994) (TV)
Tonie Marshall (Réalisatrice, Scénariste, Productrice)
"Vénus & Apollon" (2005) TV Series (additional dialogue) (creator) (writer) France Boutique (2003) Au plus près du paradis (2002) (idea) (scenario and dialogue) Vénus beauté (institut) (1999) (dialogue) (screenplay) Enfants de salaud (1996) Pas très catholique (1994) Pentimento (1989)
Frédérique Moreau (Scénariste, Dialoguiste)
Meurtrières (2005) J'ai vu tuer Ben Barka (2005)
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Ecrire pour le cinéma : le métier de scénariste
Dimanche juillet 2006 Avec : Santiago Amigorena (auteur-réalisateur), Pascal Bonitzer (auteur-réalisateur), Marc Fitoussi (auteur-réalisateur), Stéphane Giusti (auteur-réalisateur), Tonie Marshall (auteur-réalisateur), Frédérique Moreau (scénariste).
Modérateur : Frédéric Krivine (vice-président de l'UGS)
Comment devient-on scénariste ? Comment travaille-t-on et évolue-t-on parfois vers la réalisation ? 6 intervenants aux expériences multiples et variées pour confronter leurs visions de leur métier. Les principales interventions de ce CinéCampus exceptionnel.
Quel regard portez-vous sur la condition de scénariste ?
Santiago Amigorena (S.A.) : être scénariste, c'est faire un travail de proposition. Frédérique Moreau (F.M.) : Les différenciations entre le cinéma d'auteur et le cinéma commercial importent peu. Quand je collabore avec un réalisateur pour l'écriture d'un scénario, il s'agit d'abord d'élaborer un dialogue qui prend en compte l'identité artistique du réalisateur, bien sûr, mais aussi prendre en compte les conditions de production du projet. Je dois être vigilante, dire quand on est ou non dans le domaine de l'infaisable. Mais ma principale mission vis-à-vis du réalisateur, c'est de l'aider à définir son désir. Petit à petit, exprimer ce qu'on veut raconter, instaurer le dialogue. Marc Fitoussi (M.F.) : Le scénariste de cinéma a davantage de liberté que le scénariste de télévision, où l'histoire disparaît devant les contraintes d'audience, de temps... Au cinéma, l'histoire est plus considérée. Et le projet peut être même initié par le scénariste. Tonie Marshall (T.M.) : Oui, mais c'est rare.
Abordons les relations scénariste-réalisateur. Vous pouvez être les deux, mais dans tous les cas, au stade de l'écriture, on entend souvent parler d'accouchement ?
S.A. : Personnellement, mon désir de réalisation est neuf. Je suis scénariste depuis 20 ans et ce n'est que depuis 3 ans que j'ai des envies de mise en scène. J'ai travaillé avec une trentaine de réalisateurs. Parfois mon travail consistait juste à changer une virgule, parfois on passait 3 ans avant d'écrire la première phrase.
Tu es déjà venu voir des producteurs, des réalisateurs avec un projet élaboré ?
S.A. : A 90%, on est venu me chercher. De toute façon définir ce qu'est un scénario, c'est très difficile. Ce n'est pas nécessaire au financement d'un film, c'est une étape, parmi d'autres, de l'état d'avancement du projet. Même si l'écriture cinématographique commence dès le scénario, ce n'est pas sa forme ultime.
Stéphane Giusti, vous avez réalisé votre premier film Pourquoi pas moi, racontez-nous votre expérience.
Stéphane Giusti (S.G.) : J'ai fait scénariste pour réaliser. Au cinéma, l'échange, la maturation peuvent prendre plusieurs années. A la télévision, on a trois mois pour travailler, on est dans une logique de production. Au cinéma, il n'y a pas de date précise, on peut prendre son temps.
Quelles sont les inquiétudes, les angoisses du scénariste ? Frédérique Moreau, votre expérience sur votre dernier film, Meurtrières, réalisé par Patrick Grandperret ?
F. M. : Grandperret n'aime pas tropl'étape du scénario, j'étais force de proposition. Le scénario n'était en fait qu'un support pour improviser avec ses comédiennes. C'est Sylvie Pialat, productrice, qui nous a présentés. C'est une véritable sparring-partner, une productrice qui sait lire les scénarii. Là, on partait d'une quinzaine de pages écrites par Maurice Pialat, relatant le fait divers d'époque qui nous a inspirés : deux jeunes filles en rupture, errent et tuent finalement. On s'est mis à écrire avec Patrick Grandperret juste après les repérages, dans l'urgence. Ça a duré six mois, dont les deux derniers à travailler avec les deux comédiennes. Mais généraliser sur les relations réalisateur-scénariste, c'est difficile. En tout cas avec Grandperret, ce qui m'intéressait, c'est qu'il n'aimait pas l'étape de l'écriture. Finalement, le film n'est pas si éloigné du scénario, c'est la "mise en bouche" des dialogues, pour lesquels Granperret a travaillé seul avec les comédiennes, qui a le plus évolué.
Sur le dialogue réalisateur-scénariste, Pascal Bonitzer, avez-vous quelque chose à ajouter ?
Pascal Bonitzer (P.B.) : ça peut se passer bien ou mal, et dans ce dernier cas, quelqu'un disparaît, puisqu'il n'y a pas dialogue, puisqu'on ne parle pas de la même chose. En fait, c'est comme dans les couples, et on peut parfois s'apercevoir très tard que ça ne colle pas. Moi, j'ai eu la chance de travailler avec des gens avec qui la sauce prenait. Et à partir du moment où on trouve ensemble un système qui satisfait et celui qui écrit, et celui qui va filmer, l'alchimie se crée. Il peut même se former un échange particulier qui fidélise finalement. C'est mon cas avec Rivette et c'est vrai dans d'autres secteurs : on sait que certains réalisateurs travaillent souvent avec le même chef opérateur, le même ingénieur du son... S. A. : Pour rebondir sur ces propos, je pense qu'on n'écrit pas un scénario, on le travaille. P.B. : Oui, avec Rivette, on passe beaucoup de temps à parler. Sur certains projet, l'écrit se faisait même pendant le tournage : on déterminait une liste de séquences, quelques notes et c'est pendant le tournage qu'on écrivait les scènes. A l'inverse, sur notre dernière collaboration, comme nous tournions chacun nos films simultanément, nous avons écrit avant le tournage.
Et vous Tonie Marshall, comment appréhendez-vous le scénario ?
T. M. : Moi, je ne suis pas scénariste, je n'ai jamais écrit pour quelqu'un d'autre, mais je fais souvent appel à des co-scénaristes. Pour ma part, le film naît d'une idée, d'un thème, d'une personne ou d'une image qui persiste, qui creuse un sillon dans mon imaginaire, bref d'une intuition. Par exemple, pour Au plus près du Paradis, je pensais à Catherine Deneuve, au film Elle et Lui et à la scène du café. S'il ne fallait pas obligatoirement passer par un scénario, je m'en passerais ! Mon expérience personnelle, mon apprentissage de l'écriture, a été beaucoup influencée par mon travail d'actrice. La scénariste de métier qui m'a le plus appris, c'est Catherine Breillat : c'est elle qui m'a appris à écrire mes idées, toutes mes idées, aussi peu élaborée et fugace soient-elles. Elle m'a appris qu'il ne faut pas se censurer, qu'il faut laisser sortir les choses. Et ce que j'attends maintenant d'un scénariste, c'est qu'il m'éclaire sur la mise en ordre de mes désirs, qu'il m'apporte des choses, un détail qui ferait naître en moi des images. M.F. : En tant que scénariste, je suis au service du réalisateur, je dois accepter ses choix. Mais j'ai eu aussi l'expérience d'une réalisatrice qui n'est intervenue qu'à la fin de la première version, qui avait pris la décision de tourner un film qu'elle n'avait pas écrit. Elle a rebondi sur les dialogues, mais la structure globale a persisté.
D'où viennent les histoires ? Quand on est bloqué, est-ce qu'il ne vaut mieux pas écrire à plusieurs ?
S.A. : Ecrire seul, c'est de littérature. Le scénariste est de fait intégré à une équipe. Même si l'inspiration est personnelle, elle aboutit à un travail collectif.
L'écriture est un processus, mais comment l'enclencher ? Lorsqu'on patauge, comment se relancer ?
P.B. : Chaque expérience est particulière. En ce qui me concerne, pour mes films, je ne connais pas la fin de ce que j'écris, je n'écris pas de synopsis, je suis toujours au bord de partir dans tous les sens. Mais c'est crucial d'être surpris par ses personnages : ce qui m'empêche d'abandonner, c'est mon attachement à eux. T. M. : Quand ça ne vient pas, je me couche par terre un moment. S.G. : Moi, je vais au BHV ! Ce qu'il faut, c'est sortir de soi un moment.
Comment se déroule un travail d'adaptation ?
P.B. : Il existe deux conditions d'adaptation : les cas où l'on adapte un livre qui n'impressionne pas, les cas où on s'attaque à un grand classique, et ici, l'auteur de départ impose un défi. Dans tous les cas, c'est un ménage à trois, entre l'œuvre, le scénariste et le réalisateur.
Quels conseils donneriez-vous à un débutant ? Comment passer de la solitude de l'écriture à la production ?
F. M. : J'ai une expérience récente. La première fois, j'ai proposé mon sujet à un producteur, qui m'a présenté le réalisateur. La deuxième fois, Sylvie Pialat, la productrice est revenue vers moi et m'a proposé autre chose. La troisième fois, j'ai proposé mon sujet au réalisateur. Et la quatrième fois -en cours -, je suis allée voir Alain Guiraudie que j'admire. Ça marche au désir. Il faut oser : à 17 ans j'ai écrit une lettre à Vecchiali et il m'a pris en stage. P.B. : J'ai eu plusieurs premières fois. A 13 ans, des films que j'ai vus m'ont déterminé à faire du cinéma. Je suis ensuite rentré aux Cahiers du Cinéma, par hasard, en rencontrant le directeur. Je suis devenu ami avec Téchiné, qui m'a proposé d'écrire autre chose que des critiques. Il faut faire des rencontres à tous les niveaux : des gens, des films... M. F. : Moi, je sors d'une école de scénariste. Mais c'est en tournant mes propres courts métrages que je me suis fait connaître. J'ai le sentiment que les gens ne lisent pas, préfèrent voir tout de suite des images.
A quel moment est-on prêt ?
F.M. : Il faut avoir lu et vu énormément, pour savoir où se positionner, vérifier que c'est un enjeu de vie.
Sylvie Pialat, productrice, intervient dans la salle : Mon désir de produire est passé par Frédérique Moreau. Cette association m'a donné envie de produire des films, et c'est une vrais joie de travailler avec une scénariste qui a des idées et de la gaîté. C'est une vraie rencontre.
Une fois le film terminé, quelles sont vos émotions, en tant que scénaristes ?
S.A. : Je n'ai jamais compris le film tiré de mon premier scénario ! Mais le scénariste n'est pas l'auteur, nous sommes au service du réalisateur. Mais si nous nous y retrouvons, c'est qu'il y bel et bien eu dialogue. De toute façon, si je veux retrouver quelque chose de moi, je fais mes films, mes livres. F. M. : Le scénario est de toute façon un objet destiné à être sacrifié sur l'autel de la réalisation. Il est caduque dès le premier jour de tournage. Il y a une fin à l'aventure, pas d'ego en jeu et puis il y a le regard d'un cinéaste.

Merci à Grégory Morin pour les illustrations ! laitaumiel@hotmail.fr
Photo : Nicolas Lorgeray |