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Le CV des intervenants

F. Gary Gray fait ses premières armes comme réalisateur de clips. En 1995, il met en scène son premier long métrage, la comédie dramatique Friday. Son deuxième film, la virée féministe Le Prix à payer (1996), connaît le succès grâce à sa bande originale. F. Gary Gray démontre par la suite un certain savoir-faire dans le domaine du film d'action. Il tourne ainsi le thriller Négociateur (1998), le polar Un homme à part (2002) et le très populaire Braquage à l'italienne (2003). En 2004, il se tourne vers la comédie avec Be Cool et donne l'occasion à John Travolta de retrouver dix ans après Uma Thurman, sa partenaire de jeu et de danse dans Pulp Fiction (1994).

 

Scénariste, Jeff Stockwell apparaît aux génériques de The Dangerous Lives of Altar Boys (2001) et de Wilder Days, nominé en 2003 aux WGA Awards pour le meilleur scénario original. Artemis Fowl, Books of Magic, The Devil's Playground, A Child's Book of True Crime, Bridge to Terabithia... sont quelques-uns des projets sur lesquels Jeff Stockwell a travaillé au cours de ces quatre dernières années. Il réécrit actuellement le scénario de Kiki la petite sorcière pour les studios Disney, non pas un remake du film d'animation de Hayao Miyazaki, mais une nouvelle adaptation basée sur le roman d'Eiko Kadano. 

 

 

 

 

 

 

Regard sur le cinéma américain

Samedi 1er juillet 2006
Avec : F. Gary Gray (réalisateur) et Jeff Stockwell (scénariste).
Modératrice : Claire Dixsaut (La Gazette des scénaristes)

Comment, à Hollywood, écrire un scénario et faire en sorte qu'il soit tourné. Comment se lancer dans la réalisation puis, en tant que réalisateur, choisir son scénario et travailler avec le scénariste... Autant de thèmes abordés lors du CinéCampus du 1er juillet en présence de F. Gary Gray (réalisateur) et Jeff Stockwell (scénariste).
Compte rendu de ces échanges très animés.

 

Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

Jeff Stockwell : J'ai toujours eu envie d'écrire des histoires, mais ça a été très long avant que je commence à gagner de l'argent avec ce travail. 10 ans en fait !
Avant Dangerous Lives of Altar Boys (2001), mon premier scénario de cinéma tourné, j'en ai écrit plus de 10 qui n'ont pas abouti. Je voulais vraiment faire ce métier, j'ai mis 10 ans à y arriver, c'est une bonne partie de ma vie ! Comme quoi, si vous avez 10 ans à donner, vous pouvez y arriver !
Je n'ai pas suivi de formation d'écriture de scénario, mais je faisais partie d'un programme d'écriture de poésie, ce qui, vous pouvez l'imaginer, n'offre pas tellement de job par la suite !
Mais finalement je me suis aperçu que la poésie exige de créer des images avec peu de mots, et ce point m'a ensuite été utile pour écrire des scénarios.
Je suis ensuite parti à Los Angeles avec mon diplôme en poche (qui ne m'a servi à rien, bien entendu !). Je me suis acheté quelques guides sur comment écrire un scénario. Puis j'ai trouvé un job mal payé, mais qui m'a permis de lire des scénarios toute la journée pendant 5 ans. Je les racontais ensuite à un producteur très occupé qui n'avait pas le temps de les lire lui-même. Ca m'a permis de repérer quels scénarios marchent, j'en ai lu au moins 2000 ! Et la nuit j'écrivais mes propres histoires.

F. Gary Gray. J'ai commencé dès le lycée à réaliser des projets dans le cadre de mes études. Avant même mon diplôme, j'avais déjà un CV bien rempli. Quand j'ai eu mon diplôme, j'ai simplement enlevé la mention « lycée » et j'ai fait croire que j'étais déjà un pro. J'ai eu ma première proposition de travail à 19 ans, à la télévision. Et j'ai donc laissé tomber la fac.
Mon projet était de gagner de l'argent en travaillant, et d'écrire en même temps mes propres films. A 22 ans, j'ai pris un pari, j'ai arrêté la TV et me suis lancé dans mon premier film.
A Hollywood, on a une seule chance ; il faut savoir la saisir !

 

Jeff, comment Jodie Foster s'est-elle intéressée à votre scénario de Dangerous Lives of Altar Boys ?

C'est une longue chaîne de hasard que l'on ne contrôle pas toujours. J'avais un ami qui était ami avec un acteur de télévision. J'avais écrit un scénario avec un homme qui roulait à moto. Cet acteur adorait conduire une moto. Pas sûr qu'il aimait le scénario, mais il aimait la moto... Donc j'ai pu lui faire lire le scénario.
Malheureusement le projet ne s'est finalement pas fait ave cet acteur. En revanche, il a été tourné 12 ans plus tard avec Peter Falk !
Et puis mon agence, qui jusque là m'ignorait, a eu besoin d'un scénariste désespéré pour adapter le roman d'un écrivain trop cher pour qu'on lui demande d'écrire le scénario. J'ai évidemment dit oui, j'adorais le livre. Et ça a donc été Dangerous Lives of Altar Boys
C'était Jodie Foster qui possédait les droits sur ce livre, nous attendions donc son avis comme si elle avait été Dieu ! Et puis elle a aimé, et le projet a pu se réaliser.

 

Gary, en tant que réalisateur, qu'est ce qui vous attire dans un scénario ?

F. Gary Gray. D'une part la diversité des styles. Très tôt dans ma carrière, j'ai décidé de tourner des films différents : comédie, drame, action etc. Et j'ai envie de continuer à explorer d'autres styles. Pourquoi pas par exemple la science fiction ? mais au-delà de cette question de genre, il faut qu'un scénario me passionne, que les personnages soient bien « campés », qu'ils existent réellement.

 

Comment travaille-t-on avec un scénaristes, ou même entre scénaristes, car plusieurs peuvent intervenir sur un même film ?

Jeff Stockwell. J'ai appris à Hollywood qu'un film est une collaboration, et que mon ego n'en est qu'un parmi d'autres ! Sur un projet, il y a souvent plusieurs intervenants qui travaillent l'un après l'autre pour trouver le bon concept. Il m'est arrivé de réécrire le scénario d'autres personnes, et à l'inverse, mes scénarios ont été retouchés par d'autres. Mais je ne travaille pas en tandem en collaboration avec un autre scénariste. Je préfère écrire seul. En revanche, j'aime bien travailler en tandem avec le réalisateur, quand c'est possible.
Sur Dangerous Lives of Altar Boys, le réalisateur m'a expressément demandé de travailler à ses côtés ; et d'être présent tout au long du tournage, alors que souvent les réalisateurs préfèrent retravailler le scénario avec leur équipe habituelle de scénaristes.

F. Gary Gray : A chaque film, j'ai retravaillé le scénario. Parfois le scénariste laisse une grande marge d'interprétation. Par exemple dans Le Négociateur où le scénario mentionnait comme décor « un grand bâtiment ». Au tournage, nous avons décidé que cela deviendrait un énorme gratte-ciel très connu, ce qui bien entendu corsait la difficulté ! Sinon, je n'ai rien contre le fait de travailler avec le scénariste sur le plateau, à condition qu'il ne me surveille pas en permanence ! Mais cela ne m'est jamais arrivé. C'est plutôt les exécutifs du studio qui se auraient tendance à se comporter ainsi !

 

Lisez-vous volontiers les scénarios que de jeunes scénaristes vous envoient ?

F. Gary Gray. Non ! Il est très rare, pour des raisons de droits, que je lise directement des scénarios. Ca paraît surprenant, mais il est impératif de se protéger des accusations de plagiat, de plus en plus fréquentes.

 

Question dans la salle : Jeff, que se serait-il passé si vous n'aviez pas réussi au bout de 10 ans ?

Jeff Stockwell : Bonne question ! Qui sait ? Mais en même temps que je proposais des scénarios, j'ai participé à de grands concours, à tous ceux qui existent en fait. L'un de mes scénarios a été mentionné par Variety. Ca m'a encouragé à continuer.

 

Avez-vous un métier de réserve ?

Jeff Stockwell : Oui... poète ! (applaudissements !)

 

Et pour finir, quels sont vos projets à tous deux ?

Jeff Stockwell : Je travaille sur le version cinéma (et non animation comme Miyazaki) du roman d'Eiko Kadano, Kiki, la petite sorcière.

F. Gary Gray : je prépare Mariage à la brésilienne, la « suite » de Mariage à l'italienne, mais aussi un long métrage avec le même scénariste que Le Négociateur, et puis j'écris mon premier scénario, dont le titre provisoire est : A la poursuite du soleil.

 

  

 
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Merci à Grégory Morin pour les illustrations ! laitaumiel@hotmail.fr

Photo : Nicolas Lorgeray



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