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Photo : David Kuraszewski |
La Masterclass de Dario Argento
Samedi 8 juillet 2006
Modérateur : Jean-Baptiste Thoret (Panic)
Le maître italien de l'horreur était à la Fnac forum samedi 8 juillet. Une masterclass qui a rassemblé de nombreux fans, fins connaisseurs de l'œuvre du réalisateur. Un bonheur n'arrivant jamais seul, ils ont pu aussi découvrir en avant-première quelques extraits de Jenifer, l'épisode de Masters of Horror réalisé par Dario Argento.
A propos des Masters of Horror, tu as dit : pour être un vrai maître de l'horreur, il faut être quelqu'un de pur. Peux-tu commenter ?
Je ne fais pas de films politiques comme Joe Dante, même si j'avais annoncé haut et fort que si Berlusconi repassait, je m'installais à Paris ! Mais je ne fais que du cinéma, pour le cinéma, c'est ça la pureté. Il faut une pureté d'âme comme en avaient les maître de la Renaissance. Je fais des films terrifiants mais pour que les gens soient meilleurs. C'est bien différent du cinéma d'horreur commercial de ces dernières années, ces Scream, Scary Movies et autres stupidités uniquement destinées à faire de l'argent, qui s'adressent à un public ado et non pas adulte. Heureusement, aujourd'hui le cinéma d'horreur revient vers les adultes, comme avec ces Masters of Horror, où chacun des réalisateurs présents a eu carte blanche pour faire son film.
Jenifer a été adapté d'une bande dessinée de Bruce Jones. Quel a été le déclencheur pour que tu décides d'adapter cette BD ?
C'est le personnage de Jenifer lui même. C'est un beau monstre qui m'a touché. Sa sensualité terrible, moderne, exigeante. Pas une Lolita. J'ai dit à l'acteur qui incarne le rôle principal : « Moi je tomberais amoureux de Jenifer, et toi ? », il m'a confirmé que lui aussi ! C'est une fille d'un autre monde, arrivée sur terre personne ne sait comment. C'est la belle et la bête dans le même personnage ! Un corps magnifique et un visage monstrueux ! J'ai longtemps cherché une actrice capable de jouer ce rôle, prête à aller jusqu'au bout, jusqu'à l'humiliation. J'ai vu beaucoup de monde, mais Carrie Fleming m'a impressionné. Je lui parlais d'une scène où elle dévore un chat vivant et lui ai demandé comment elle l'imaginait. Elle a pris un oreiller, a mordu dedans et s'est mise à le secouer comme un chat avec une souris. Je suis tombée amoureux d'elle immédiatement.
Qu'as-tu modifié par rapport à l'œuvre d'origine ?
Beaucoup de choses ! Tous les jours je changeais un point ou l'autre du scénario. J'ai insisté sur l'aspect sexuel et le cannibalisme notamment.
Tu as travaillé sur le scénario d'Il était une fois dans l'ouest. En quoi as-tu été influencé par Sergio Leone ?
La scène de la mouche au début de Jenifer est un hommage à ce film, en effet. D'ailleurs c'est moi qui avait écrit cette scène pour Il était une fois dans l'ouest, donc c'est aussi un hommage à moi-même ! Mais Sergio Leone ne travaillait pas du tout comme moi. Il tournait de nombreuses fois la même scène en variant à chaque fois le placement de la caméra, puis décidait au montage. Moi j'ai besoin de voir la scène, je fais des story-boards précis et ne tourne qu'une fois en sachant déjà exactement ce que je veux. J'ai mis une semaine à monter Jenifer alors que Sergio Leone mettait 6 à 7 mois pour le montage.
Tu as apporté quelque chose de nouveau au film d'horreur car chez toi le mal n'est jamais fixe. Il change sans arrêt de place, passe d'un personnage à l'autre...
Mais surtout : c'est quoi le mal ? Jenifer n'est pas le mal à mes yeux.
Tu viens de tourner Pelts, ton 2e épisode dans la série des Masters. Tu as donc été accepté en 2e saison !
Oui, et pourtant c'est moi qui ne voulais pas. Et puis je l'ai fait. C'est un film plus dur, les scènes de sexe sont plus explicites. Il y est question de l'utilisation de la fourrure des animaux. Mais ce n'est pas un film moraliste. Je ne suis pas un moraliste !
Tu as été critique. Que répondrais-tu à la question : « comment reconnaître l'un de tes films ? ».
Je suis le dernier à pouvoir comprendre mes films. Je suis comme en transe quand je tourne. Je vois la scène dans ma tête et je la tourne. Je ne peux pas expliquer comment ni pourquoi. Si nous sommes les rêves que nous faisons, alors chez moi c'est quelque chose d'obscur tout au fond de mon inconscient. Je ne vais pas aller voir, je ne suis pas Freud !
(Question dans la salle) Avez-vous peur quand vous regardez vos propres films ?
Non, jamais, je les connais trop bien. Mais j'ai souvent peur quand je vois ceux des autres, même les plus bêtes !
Vous parliez il y a quelques années des sources d'inspiration que vous trouvez dans les musées. Est-ce toujours le cas ?
Oui. Pour le Fantôme de l'opéra, j'avais vu une exposition de Georges de la Tour. J'étais resté enchanté par cette découverte, j'avais le catalogue de l'expo sur le plateau. Je n'arrêtais pas de demander au directeur photo de s'inspirer de ses lumières. J'aime beaucoup la peinture, l'architecture, la sculpture et la musique. Je crois que ça se voit dans mes films.
Votre fille Asia a tourné dans 3 de vos films. Etait-ce une collaboration difficile ?
Extrêmement, surtout quand nous avons tourné une scène où elle faisait l'amour avec une autre fille et devait être nue. Elle n'en pouvait plus, pleurait et me demandait d'arrêter. Je lui répondais « C'est pas possible, Asia, c'est dans le scénario, il faut le faire ! ». Mais sinon, c'est une expérience magnifique de travailler avec elle, nous sommes très proches. Je viens souvent à Paris pour la voir.
Avec Masters of Horror, vous passez à une réalisation pour la TV. En quoi est-ce différent du cinéma ?
Je ne voulais pas faire un film pour la TV, et le producteur non plus. Pas plus d'ailleurs que les autres réalisateurs. J'ai fait un film pour faire vivre les personnages qui sont dans mon âme, c'est tout ! Mais je n'aime pas voir mes films à la TV, je trouve qu'ils deviennent lents...
Que pensez-vous du cinéma d'horreur aujourd'hui ?
Il y a une nouvelle vague très intéressante qui vient d'Asie, de Corée, du Japon, de Hong Kong. Ils sont très inspirés par notre cinéma, mais avec quelque chose de nouveau. Ils ont des styles différents mais parlent toujours de fantômes. Un fantôme, deux fantômes, trois fantômes...
Que pensez-vous des éditions DVD de vos films ?
Les bonus ne m'intéressent pas. Les interviews qui y sont ajoutées non plus. Je fais le film, le reste ce n'est pas mon affaire ! Mais j'aime bien la possibilité d'écouter le film dans plusieurs langues. Mais je reconnais que c'est grâce au DVD que l'on peut avoir des versions intégrales non censurées de mes films.

Merci à Grégory Morin pour les illustrations ! laitaumiel@hotmail.fr
Photos : David Kuraszewski |