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Elisabeth Tavernier, Miou Miou et Nicole Foucher à l'Espace Paris Cinéma
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Le costume au cinéma
Vendredi 30 juin 2006
Elisabeth Tavernier, costumière, Miou Miou, comédienne Animatrice : Nicole Foucher, maître de conférence mode et cinéma, université Lumière Lyon 2
Tatie Danielle, La vie est un long fleuve tranquille, Tanguy, Nettoyage à sec, Merci pour le chocolat, Place Vendôme... La filmographie de la costumière Elisabeth Tavernier compte un nombre impressionnant de films à succès. Ses costumes pour les films de d'Etienne Chatiliez notamment sont encore dans toutes les mémoires. Vendredi 30 juin, Elisabeth Tavernier, accompagnée de la comédienne Miou Miou qu'elle a souvent habillée, inaugurait le premiers de nos rendez-vous CinéCampus, et dévoilait les dessous de la création de costume au cinéma. Compte-rendu des principaux échanges.
Comment se passe la création de costumes pour un film ?
Elisabeth Tavernier : Je choisis mes tissus, le dessine mes modèles, et je les fais fabriquer. Je refuse de me contenter du shopping, c'est-à-dire d'acheter des modèles tout faits. Il arrive que cela suffise mais c'est rare. Faire fabriquer permet de réaliser exactement son idée. Trouver une jupe noire dans le commerce, c'est facile. Mais le manteau violet bordé de fourrure de la même couleur, très coquet, que portait Juliette Binoche dans Décalage Horaire, ce n'est pas possible. Je réalise des croquis, je recherche les bons tissus, je fouine chez tous les marchands de tissus, malheureusement de moins en moins nombreux. Puis je propose mes croquis accompagnés d'échantillons de tissus au réalisateur (ces documents sont montrés à l'écran). C'est pour cela aussi je ne n'apprécie pas le « placement » de costumes dans un film, c'est-à-dire les marques qui prêtent des vêtements et bénéficient ainsi de visibilité sur leur produit. On se retrouve avec des génériques qui multiplient les noms de marque. Ca casse un peu le mystère, je n'aime pas que l'on sache ainsi d'où ça vient.
Quelles sont les qualités d'une bonne costumière ?
Elisabeth Tavernier : je n'ai pas fait d'école. Je pense qu'il faut surtout savoir lire un scénario, comprendre ce que veut raconter le film, parvenir à en avoir une vision globale, et avoir un œil un peu aiguisé.
Comment est considéré aujourd'hui le travail des costumiers ?
Elisabeth Tavernier : on est souvent la dernière roue du carrosse ! Les costumiers n'ont pas de carte du CNC, à la différence des maquilleurs par exemple. Et c'est Dominique Besnehard qui a imposé une remise des prix aux Césars il n'y a pas si longtemps. Il faut avoir conscience que les budgets sont de plus en plus réduits. Mais il est vrai qu'on accorde aujourd'hui plus d'attention à l'image, au décor et au costume.
Miou Miou, quelle relation entretenez-vous avec les costumes que vous portez dans les films ?
Miou Miou : Il se passe chez moi un phénomène curieux. Très souvent j'achète à la fin du tournage les costumes que je portais pendant le film. Sur le moment, j'ai l'impression qu'ils me vont parfaitement car je suis encore dans le personnage. Et une semaine après, je me rends compte que ce n'est pas du tout mon style !
Arrive-t-il qu'il y ait des conflits entre réalisateurs et comédiens à propos des costumes ?
Miou Miou : Il y a toujours un rendez-vous entre le réalisateur et le costumier. On voit alors si les visions concordent. Elisabeth Tavernier est une excellente costumière, elle sent quand ça ne va pas, elle ne va pas insister. Car un costume doit me plaire immédiatement, je dois m'y sentir bien. Mais il y a aussi des costumières inhumaines ! Récemment j'ai été habillée comme une mémé par une costumière qui ne pouvait pas imaginer qu'une femme de 56 ans connaisse le jean et les baskets !
Comment faire les costumes de films contemporains sans qu'ils vieillissent trop vite ?
Elisabeth Tavernier : C'est vrai qu'il faut faire attention, on peut faire des choix qui font apparaître le film comme démodé dès la saison suivante. Ca peut vraiment nuire au film. J'essaie de faire à la fois contemporain et pas trop à la mode. Il faut trouver un juste milieu. Par exemple 37°2 a bien vieilli, peut-être parce que c'est un film très stylisé, et que pour les costumes je me suis inspirée de l'image, très dorée. Du coup j'avais utilisé des jaunes, des rouges, des oranges qui sont en accord avec l'image du film et contribuent à sa cohérence. Je suis très sensible au travail du chef opérateur, qui peut sublimer ou saccager un film. A moi ensuite de jouer avec ses choix.
Partons d'un exemple : la première scène de Nettoyage à sec, où le costume joue un grand rôle, puisque les personnages tiennent un pressing...
(Visionnage de la scène)
Miou Miou : sur ce film, les vêtements ont beaucoup d'importance. On doit toucher des vêtements sales, on sent leur odeur, on rentre vraiment dans l'intimité des clients. J'ai même fait un stage dans un pressing pour ce rôle.
Elisabeth Tavernier : Miou Miou porte dans cette scène un petit chemisier orange, très pimpant, qui annonce son peps et son énergie. Le couple qu'elle forme avec Charles Berling est bien assorti, cela se voit aussi à leurs vêtements.

Merci à Grégory Morin pour les illustrations ! laitaumiel@hotmail.fr |